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PAYS-BAS :: CPI : LA JURISPRUDENCE BEMBA PROFITERA-T-ELLE À GBAGBO ? :: NETHERLANDS
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  • L'Observateur Paalga : Hugues Richard Sama
  • mardi 09 octobre 2018 10:02:00
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PAYS-BAS :: CPI : LA JURISPRUDENCE BEMBA PROFITERA-T-ELLE À GBAGBO ? :: NETHERLANDS

Telle une rencontre palpitante de la Champions league , le match se joue à la Haye, mais il passionne et est suivi en live sur écran géant à des milliers de kilomètres de là à Abidjan. Sauf qu’il s’agit d’une partie de toute autre nature. Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé étaient en effet la semaine dernière de nouveau devant les juges de la Cour pénale internationale (CPI).

Arrêté manu militari à sa résidence de Cocody le 11 avril 2011 à l’issue de la violente crise postélectorale et transféré à la juridiction internationale en novembre de la même année, l’ancien président ivoirien et son ex-ministre de la Jeunesse, qui le rejoindra plus tard, sont poursuivis pour quatre chefs de crimes contre l’humanité : meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains.

C’est en tout cas ce que s’emploie à démontrer l’accusation depuis l’ouverture du procès en janvier 2016. Malgré les 82 témoins à charge et les 3000 pages de mémoires déposés par les différentes parties, elle ne serait pas parvenue à administrer la preuve irréfutable de la culpabilité des mis en cause.

Il faut reconnaitre que la procureure, Fatou Bensouda, a souvent pataugé dans ce dossier, ce qui a contribué à semer le doute dans la tête de bon nombre d’observateurs.

On comprend dès lors que la défense, qui, à la suite du bureau du procureur, lequel avait bouclé la présentation de ses preuves en janvier 2018, devait à son tour présenter ses témoins à décharge, ait décidé de plaider l’acquittement en demandant un non-lieu total. Le simple fait d’avoir obtenu à cet effet l’autorisation des juges constitue en soi une première victoire pour Gbagbo, Blé Goudé et leurs armées de conseils. Si les juges devaient définitivement faire pencher la balance judiciaire en leur faveur, en décembre 2018 ou janvier 2019 selon les projections, en allant dans le sens qu’ils souhaitent, le procès ne se poursuivrait tout simplement pas. Mais on en est encore loin, surtout qu’après la décision de la Cour, l’une ou l’autre partie peuvent toujours interjeter appel.

Autant dire que les partisans de « l’enfant terrible de Mama » qui pensaient le voir libérer immédiatement, et pourquoi pas faire son grand retour au pays, devraient prendre leur mal en patience, car, quand bien même cela se ferait, ce ne serait visiblement pas pour maintenant.

Dans ce dossier qui exhale un fort parfum politique, quatre faits majeurs, rappelons-le, sont reprochés au prestigieux pensionnaire de la prison de Scheveningen : la répression de la marche vers le siège de la Radio télévision ivoirienne (RTI) le 16 décembre 2010, celle de la manifestation des femmes d’Abobo le 3 mars 2011, le bombardement du marché du même quartier le 17 mars 2011 et des tueries à Yopougon le 12 avril 2011 au lendemain de son arrestation.

Mais si ces faits devaient être établis, reste à la partie qui attaque, et cela semble plus difficile, à établir la preuve que les crimes ont été commis dans le cadre d’un plan conçu et exécuté froidement contre les civils partisans d’Alassane Dramane Ouattara dans le seul but pour Gbagbo de conserver le pouvoir.

En tout cas, hier à l’audience, la parole a été donnée à l’accusation, qui a répondu point par point aux multiples éléments soulevés par la défense en s’attachant à démontrer qu’il n’y a aucune faille dans le dossier qu’elle a monté contre l’ex-chef d’Etat ivoirien. Les avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire avaient, eux, fustigé dans un communiqué un « coup de bluff ».

En fait, ce qui nourrit l’optimisme, qui sait démesuré, des « Gbagboïstes », c’est le récent acquittement de l’ancien chef de guerre congolais Jean-Pierre Bemba, preuve qu’on peut se soustraire de l’étreinte de cette juridiction internationale.

Seulement, comparaison n’est pas vraiment raison ici : l’issue de ce bras de fer judiciaire, au-delà du prétoire de la Haye, se jouant dans d’autres cercles, politiques cela s’entend, tant une libération du « Woody », comme on l’appelle également du côté d’Abidjan, provoquerait un véritable tsunami sur les bords de la lagune Ebrié déjà bien agitée depuis quelque temps.

09oct.
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