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Le CL2P, La politique électorale et Le surplus de citoyenneté au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • CL2P : Olivier J. Tchoauffe, PhD, Porte-parole du CL2P
  • vendredi 07 septembre 2018 11:00:00
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Le CL2P, La politique électorale et Le surplus de citoyenneté au Cameroun :: CAMEROON

L'affrontement désormais légendaire entre Jackie Moiffo de JMTVPLUS Media, Joël Didier Engo, président du CL2P puis chroniqueur politique sur JMTV PLUS et Joshua Osih Nambangi, candidat du Social Democratic Front (SDF) à l’élection présidentielle, est très révélateur des processus actuels d'inclusion politique et de la crédibilité de l'élection elle-même au Cameroun.

En effet M. Osih a construit et vendu un récit selon lequel le processus électoral au Cameroun, bien que non parfait, était suffisamment crédible. Lorsque les sieurs Engo et Moiffo ont insisté sur plus de détails pour étayer ses arguments, M. Osih est devenu défensif et condescendant, recourant même aux vieux clichés selon lesquels les Camerounais vivant dans la diaspora ne sont pas pleinement informés sur les «réalités locales» de leur pays d’origine. Ce cliché est très symptomatique de la nature de l'inclusion politique au Cameroun, où le régime en place depuis 36 ans, voire 60, depuis que le RDPC est la continuation de l’UNC d'Ahmadou Ahidjo qui a choisi M. Biya pour le poste de président. Un poste pour lequel Mr. Biya n’a jamais été élu de manière régulière.

Ainsi, le régime de Yaoundé ne croit pas en une sphère publique inclusive où les médias, tels que JMTVPlus, jouent un rôle essentiel dans la pratique de la reconnaissance mutuelle. La sphère publique officielle est plutôt réduite à une sphère publique privatisée, que M. Osih a reconnue en affirmant que M. Engo n’était pas informé de la réalité camerounaise simplement parce qu’il vit à l’étranger, tentant désespérément de légitimer la longue tradition du régime de Paul Biya; celle qui laisse souvent entendre que les Camerounais ordinaires ne vivant pas dans le triangle national ne sont pas membres à part entière de la citoyenneté camerounaise. Cela est explicitement inscrit dans la constitution taillée sur mesure pour Mr.Biya et instrumentalisée pour excommunier les binationaux Camerounais qui font de l’ombre à Mr. Biya. Par contre, beaucoup d'autoproclamés «grands serviteurs» et de nombreux membres haut placés de ce régime ont la double nationalité et ne sont nullement inquiétés tant qu’ils sont reconnus comme loyaux au régime.

De plus, M. Osih continue précisément comme ces membres du sérail de légitimer les hiérarchies du régime de Yaoundé; plutôt que de travailler pour une communauté politique unifiée. En pratique, l’indépendance du pays n’a été transformée que dans les changements cosmétiques des modes de domination.

Il n’est donc pas surprenant que le président du CL2P, Joël Didier Engo, ait qualifié M. Osih et son parti «d'allié objectif» du régime de Paul Biya. Car il est clair que M. Osih soutient le mécanisme de production des inégalités de Biya à travers sa prolongation annoncée du système politique et juridique despotique. Ainsi, M. Engo ne pouvait pas être d’accord avec M. Osih, car au fond, M. Engo comprend comment les processus d’accumulation politique et de jouissance de ce qu’un spécialiste américain, Hector Amaya, appelle «excès de citoyenneté» sont créés au Cameroun par le régime Biya.

En agissant de la sorte, comment les mécanismes de privation politique de Mr. Biya produisent notamment des prisonniers politiques reconnus par le CL2P et excommunient complètement toutes les régions anglophones du Cameroun, qui ne peuvent même plus voter, ce que M. Osih n’a clairement pas compris ou fait semblant de ne pas comprendre. Comme dans le cas de la théorie de l’excès de citoyenneté, il est essentiel de comprendre comment le régime Biya produit sa propre hégémonie politique, juridique et culturelle.

Fondamentalement le problème pour le régime de Biya, est que nous avons maintenant des organisations de droits de l'Homme, telles que le CL2P, et des sociétés de médias indépendantes telles que JMTVPlus, qui sont désormais des acteurs majeurs et à part entière depuis l'étranger de la scène politique, juridique et culturelle camerounaise; et ne seront jamais réduits au silence.

07sept.
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