Camer.be
La gestion de la polygamie politique au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE La gestion de la polygamie politique au Cameroun :: CAMEROON
  • Correspondance : Fo’o Tekongmo, Notable Bafou et Successeur testamentaire
  • mardi 04 septembre 2018 16:09:00
  • 949

La gestion de la polygamie politique au Cameroun :: CAMEROON

L’exemple illustratif de la gestion de la polygamie politique au Cameroun est celui d’un chef de famille qui hérite d’une succession dans un foyer qui compte six lits, soit donc six femmes. Malgré les efforts du successeur issu d’un premier lit, par exemple, les autres enfants des autres lits vont toujours l’accuser de gérer les biens communs dans le seul intérêt des enfants du lit de sa mère.

Ainsi en est-il des enfants du second lit qui accusent le successeur de favoriser les enfants de son lit issu de sa propre mère. Ils soutiennent que leurs enfants sont marginalisés, que le successeur ne paie pas la scolarité de leurs enfants, ni ne leur donne des emplois aux enfants alors que ce sont eux qui, grands commerçants et grands agriculteurs, nourrissent toute la famille.

Quoique l’on peut penser que leurs récriminations soient fondées et faire reproche au père-successeur de faire la combine, force est de relativiser une telle complainte quand on écoute aussi les enfants du troisième lit qui crient à la famine en disant qu’ils sont peu représentés dans le conseil familial où ils n’occupent que des fonctions subalternes, que pourtant ce sont eux qui possèdent la forêt et ce sont leurs arbres qu’on coupe pour alimenter l’essentiel du budget familial, fabriquer les tables et les chaises de la famille, y compris les cahiers de tous les enfants. Ils soutiennent qu’ils n’ont même pas une seule route goudronnée alors que leur lit produit le diamant, de l’or et du bois dans le budget familial. Ils ajoutent que le deuxième lit qui se vante de nourrir la famille n’a ni or ni bois ni diamant, que certains de ses fils, délinquants, pas tous heureusement, sautent la douane, et ce lit a paradoxalement toutes leurs routes goudronnées.

Toutes ces plaintes parviennent au père-successeur qui, malgré tous ses efforts pour partager tout avec équilibre, en bon père de famille, ne parvient pas à satisfaire tout le monde. Il n’avait pas fini d’expliquer ses difficultés pour faire des compromis aux enfants des deuxième et troisième lit que ceux du quatrième lit lui envoient un mémorandum du Nord lui disant combien leurs enfants souffrent le calvaire depuis qu’ils ont perdu la succession. Le père-successeur croyait avoir tout entendu lorsque les enfants de son propre lit, qu’on croyait à l’abri du besoin et mieux lotis que les autres enfants de la famille, sonnent à leur tour la charge contre le père-successeur dans un acte d’accusation pamphlétaire sur le paradoxe du pays organisateur. Voilà que cinq lits sur six se plaignent de n’avoir pas suffisamment à manger pour leur progéniture. Le sixième lit, d’habitude silencieux, leur rappelle qu’il est le nombril fondateur de la famille, ses ancêtres ayant signé les Accords fondateurs de la famille, et que devenu minoritaire, il a été envahi par des allogènes des cinq autres lits qui viennent s’enrichir chez eux, si bien qu’il n’a plus le moindre espace pour pratiquer ses rites traditionnels et culturels.

Voilà la situation dans laquelle se trouve le père-successeur ayant hérité, malgré lui, d’une succession dans une famille polygamique. Il doit satisfaire tout le monde et tout le monde croit que c’est lui qui est incapable de nourrir toute la famille. Tout le monde l’accuse de toute part. On lui demande de vendre une parcelle du terrain familiale pour construire les routes, les écoles et les hôpitaux. On lui demande de vendre les régimes de plantains récoltés pour pouvoir nourrir tout le monde. Il explique que la conjoncture sur le marché extérieur est difficile et que là-bas la valeur du terrain a baissé plus qu’à Ebolowa où le terrain se vend à 1.000 francs le mètre carré depuis trente ans contre 20.000 francs à Douala. Quant au plantain dont le régime coûte 3.000 francs, les clients blancs veulent l’acheter seulement à 100 francs (Cent francs). Quel père irresponsable braderait les biens de la succession pour satisfaire des enfants qui ne cessent de crier « Maman j’ai faim » alors que le dernier repas remonte seulement de midi ? Quelle mère irresponsable céderait aux cris hypocrites de ses enfants en leur servant aujourd’hui le repas de demain ? C’est pourquoi les Mamans répondent invariablement « Mange-moi ! ».

Devant cette situation, on a vu des enfants délinquants de certains lits insulter le père-successeur au risque de porter la malédiction sans comprendre qu’il travaille dans l’intérêt de toute la famille. Ceux qui ne pensent qu’à leur panse croient qu’il faut chasser le père-successeur pour arracher les biens et vendre aux étrangers pour manger l’argent. Ils ne pensent pas à leurs propres enfants ni à leurs petits enfants. Le Cameroun s’arrête avec eux. Après eux le déluge. Or comme le père-successeur a hérité de la famille dans toute la diversité de sa composante, il a prêté serment dans le La’akem de garder et conserver les biens de la famille et de ne point les dilapider afin de les transmettre intact à un autre successeur qui continuera, ainsi de suite pour les siècles des siècles.

Mais c’était sans compter les enfants indignes qui veulent le pousser à vendre toutes les plantations et toutes les terres pour peindre la maison familiale, acheter les belles voitures et mener la vie de luxe. Certains fous furieux ont même pris les armes contre le père-successeur disant qu’ils veulent leur part d’héritage pour aller s’établir ailleurs, dans un autre village. D’autres fils de la famille, dont les vampires ont mangé le cerveau, les soutiennent clandestinement dans leur tête ou allument le feu sous cape, en douce, en se cachant et en espérant que les premiers fous vont tuer le père-successeur pour qu’ils héritent à leur tour par la force. Cela est le moyen le plus sûr d’attirer la malédiction sur la famille et sur leurs progénitures jusqu’à la dixième génération au moins.

Il faut revenir à la raison et avant d’exiger de tout bouffer, examiner sa propre contribution au budget familial avant d’exclure les autres. Aucun lit ne peut diriger seul la famille. Dans une famille polygamique, les enfants d’un même père et de différents lits font la grandeur de la famille par leur unité.

Chaque parent au soir de sa vie prie que ses enfants restent dans une famille unie, une et indivisible. C’est aussi notre souhait.

Bassessa le 20 Août 2018

04sept.
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Vidéo