CAMEROUN::ECONOMIE

Cameroun : Relance économique et sociale du Cameroun (suite et fin)

Commerce:Camer.beIl n’est pas question de la nationalisation des grandes banques et assurances, mais d’une politique se traduisant par une reprise en main et réorientation forte de leurs missions et activités. En particulier : La surveillance par l’Etat des départements qui interviennent sur les marchés financiers et autorisation donnée par l’Etat à ces organismes d'opérer sur ces marchés, que ce soit pour leur compte propre ou pour le compte d'un tiers (le marché obligataire étant traité comme un cas à part, y compris le marché des bons du Trésor), le plein développement de la vocation initiale des banques : assurer un crédit à court, moyen et long terme, à un taux garanti, aux "particuliers", et ceci sur la base des dépôts en revenu et en épargne dont ces banques assurent la gestion.

Accès à un marché obligataire "sain", étroitement contrôlé pour éviter tous produits dérivés et spéculation, visible en tant que tel, donc dissocié des "marchés financiers", dont la mission centrale résidera dans le financement des investissements des entreprises. On pourrait renommer ce marché obligataire : "marché de financement des investissements réels par emprunt".
Création en parallèle d'un pôle public spécifique dédié au financement des investissements à visée sociale et écologique. Ce pôle se constituerait par regroupement opéré entre certains organismes financiers publics, prenant en main, tout en l'élargissant, le financement du logement social (respectueux des normes écologiques), du cadre de vie urbain et des collectivités territoriales. On pourrait le renforcer par l’augmentation des parts de l’Etat dans certains groupes qui jouent un rôle clef dans la délivrance des services urbains (eau, électricité, transport, déchets, etc.) et l'implication directe des grandes entreprises publiques ou parapubliques actuelles de telle sorte que ce pôle se trouve renforcé, en moyens financiers et en moyens d'action.
 
Les projets et prises de décision quant à l'usage des fonds venant de ce pôle associera, non seulement les élus, mais les citoyens concernés, selon une problématique autogestionnaire et un fonctionnement régulé selon le principe des "parties prenantes".

• Répercuter, par les banques commerciales, la baisse des taux directeur et créditeur, passé de 4,75 à 4,5%, depuis le 26 mars 2009  notamment sur les crédits à accorder aux opérateurs économiques, et que par l'effet de levier, cette mesure permette de soutenir l'activité économique et l'emploi.
• Eliminer l'ensemble des frais implicites de tenue de comptes et autres commissions pesant sur le coût du crédit (frais de gestion, assurance, etc.).
• Faire appliquer la règle d'affichage des conditions de banques.
• Promouvoir les mécanismes spécifiques d'accès au crédit en faveur des petites et moyennes entreprises et industries (PME, PMI).
• Permettre aux compagnies minières de bénéficier ponctuellement des réductions/exemptions des taxes d'importations sur les équipements, outillages et autres produits nécessaires aux activités de recherche, exploration ou exploitation;
• Accorder des allègements fiscaux aux entreprises intégrées (exploitation forestière et industrie) à celles engagées dans l'aménagement forestier ainsi qu'aux industries du bois ne possédant pas de sources propres d'approvisionnement, concourant à l'augmentation du taux de transformation des bois. Ces entreprises bénéficieront en cas de besoin de financements ad hoc et/ou de l'échelonnement de leurs dettes fiscales;
• Réduire les taxes sur le bois vendu localement en vue de stimuler la consommation intérieure (taxe sur la valeur ajoutée égale à zéro);
• Créer un fonds de soutien aux secteurs touchés par la crise économique actuelle (industrie du bois) au sein de la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (BDEAC).
• Simplifier les formalités de création des entreprises, notamment en mettant en place des guichets uniques et en renforçant l'efficacité de ceux qui existent;
• Sécuriser le cadre juridique et judiciaire notamment par la création des structures adaptées (tribunaux de commerce, chambres d'arbitrage, Observatoire régional, etc.) par l'interdiction de saisie-attribution des comptes bancaires à la BEAC avant tout jugement définitif, l'adoption des mesures de raccourcissement des délais de jugement et la prise des sanctions disciplinaires à l'encontre des magistrats et auxiliaires de justice indélicats ( corrompus);
• Eliminer tout prélèvement ayant un caractère obligatoire sur la circulation des biens et des personnes dans la sous-région, non autorisé par un dispositif légal et réglementaire.

V- Contreparties réelles et publiquement énoncées et contrôlées pour le financement des secteurs en difficulté.

Les secteurs en grave difficulté immédiate doivent recevoir une aide de l'Etat remboursable, mais avec des contreparties clairement énoncées et notablement différentes des plans actuels :
• Une interdiction de licencier pour les secteurs aidés, les progrès dans le domaine des coûts étant à rechercher dans des plans de montée en compétence et modernisation technologique, lorsque nécessaire, mais aussi dans une meilleure organisation du travail, tant sur le plan des conditions de vie au travail que d'efficience des processus productifs, l'organisation du travail étant désormais pensée en tant que "mise en coopération" de travailleurs et de métiers compétents, reposant sur l'économie du savoir et de la prise initiative. Et en supprimant progressivement toutes les formes d'intensification du travail et de montée du stress.
• Des objectifs ambitieux et de réalisation la plus rapide possible sur le plan de l'impact écologique, contrepartie obligatoire des aides, énoncés explicitement lors du soutien financier public.
• Si besoin est donc : des projets de reconversion des compétences et des installations, pour les réorienter vers des usages sociaux et écologiques, se substituant, au moins en partie, aux "biens" actuels.
• Un rejet du chauvinisme économique et l'ouverture des secteurs et entreprises aux besoins africains et mondiaux, définis par les attentes, cultures et traditions d'usages des peuples concernés. Loin d'un retour au protectionnisme, il s'agit de réaliser, de manière concrète, une ouverture vers la mondialité, vers notre appartenance à la fois commune et diverse au même monde global. Cela passe par des accords de coopération clairement définis (et non pas par la seule "loi du marché"), construits autour de "propositions d'usages", correspondant à ces attentes et cultures. Chaque pays, ici le Cameroun, devra explorer, avec les Etats, mais aussi les mouvements sociaux concernés des autres pays, les biens et services utiles qui leur sont proposés (et réciproquement), en veillant à ce que la "vente" de ces biens et services, soit explicitement destinées à des besoins et usages définis en commun.
 
Ce cadre inter-pays (voire inter-régions du monde) doit servir de repères obligatoires aux échanges portés par les entreprises privées.

VI- Valorisation des instruments populaires de mobilisation de l'épargne et de distribution du crédit

Un des fondements économiques du redressement du Cameroun est la dynamisation de l’épargne volontaire. Le rôle irremplaçable de l'épargne est à souligner si nous voulons encourager l’investissement local avec moins de dépendance. L'épargne, l'investissement et la formation du capital sont des phénomènes fondamentaux du développement économique.

Des diverses formes d'épargne (L'épargne intérieure brute, l'épargne réelle, l'épargne potentielle, l'épargne volontaire, l'épargne réinvestie, l'épargne forcée), nous retenons l'épargne volontaire qui résulte de la décision des individus et des ménages de mettre de côté une partie de leurs revenus; Ce qui reste essentiel à l’essor de l’économie est l’épargne privée volontaire. Elle signifie une amputation de la consommation avec, comme corollaire, le maximum de la production à son niveau, voire même son augmentation.

Pour les sociétés comme pour les individus, l'épargne est « le prix de l'autonomie, de la liberté, de la croissance et de l'épanouissement» (6).  L’épargne intérieure est indispensable et a comme objectifs :
• Permettre l'accumulation d'un capital physique et humain (technologique);
• Constituer un rempart et une protection contre les contraintes aléatoires des marchés internationaux des capitaux;
• Favoriser l'intégration des circuits financiers et économiques dans une même communauté, une même région, un même pays;
• Permettre aux collectivités la maîtrise de la filière technologique et la créativité;
• Encourager l'action auto-éducatrice et forger les futures femmes d'affaires, les futurs entrepreneurs, les futurs dirigeants et dirigeantes du pays.
• Se transformer en une source permanente de motivation et de dynamisme.

Le capital disponible est l'épargne dite « informelle », la seule qui puisse être orientée vers l'investissement productif. Ce système financier jouit dans les localités rurales et urbaines d'une confiance considérable et s'insère parfaitement dans l'environnement socioculturel national.

L'Economie solidaire prend en compte les deux systèmes financiers (formel et informel)  parallèles bien que s'ignorant, se rejoignant et se complétant. Concernant le système financier « informel », on peut citer (i) les composantes de la tontine que sont la tontine mutuelle, la tontine d'affaires (tontine des entrepreneurs, tontine de marché, tontine commerciale), la banque traditionnelle, les banques populaires, les financières nationales, les coopératives d'épargne et de crédit.

Ainsi, de nombreuses études scientifiques révèlent que les tontines mobilisent annuellement des capitaux équivalents à 25% du PIB, c’est-à-dire  cinq fois plus que les banques. Si l’on y ajoute les capitaux transitant par les tontines simples, l’on arrive sans difficulté à environ 35% à 50% du PIB mobilisés par les tontines au Cameroun.

Bien qu’offrant de nombreux avantages, les tontines demeurent inaptes à financer des opérations de longue durée et se doivent de rester arrimées aux banques dont la plus grande spécialisation dans les opérations économiques de long terme en font un complément évident.

Il est aussi nécessaire de relever le phénomène des coopératives d’épargne et de crédit (COPEC), la micro-finance. Selon une récente étude du ministère de l’Economie et des Finances du Cameroun, les établissements de de la micro-finance réclament 20.000 clients, 95 milliards FCFA de dépôts, 61 milliards de crédits octroyés. Pour l’ensemble des COPEC(7) qui ont pignon sur rue, il existe un stock d’épargne journalier de 20 milliards de francs CFA. Soit 10% des dépôts bancaires, essentiellement collectés auprès des couches défavorisées de la population qui étaient délaissées par les banques. Il suffisait que les Camerounais qui ont déjà perdu plus de 200 milliards dans les banques au cours des années de faillite bancaire, perdent de nouveau confiance dans le secteur financier actuel, pour que tout bascule.

Il est plus qu’urgent d’explorer les voies et moyens pouvant permettre d’accroître la contribution du secteur de la micro-finance à la réalisation de l’objectif de réduction de la pauvreté (notamment celle des femmes et des jeunes). Dans ce cadre, cinq axes sont à considérer :
1. Une meilleure insertion socio-économique des femmes et des jeunes à travers des programmes de micro-crédits ;
2. La réduction du coût de l’offre des services financiers, c’est-à-dire des taux d’intérêt  en faveur des femmes et des jeunes;
3. L’intervention des systèmes financiers décentralisés sur toute l’étendue du territoire national ;
4. L’assainissement du secteur ;
5. Le renforcement des capacités financières sur toute l’étendue du territoire national.

Il est impératif d’aboutir à terme à la définition et à la mise en place d’un système financier dual et efficient, étroitement relié au système financier international. Cette orientation souhaitable aura pour premier effet d’intéresser de nombreux Africains à une pratique qui cadre mieux avec leur culture et leur préoccupation, de manière à accroître l’efficacité économique du système produit par l’élargissement de la base ou de l’assiette de l’épargne privée, et l’accès plus facile aux mécanismes de crédit et aux crédits eux-mêmes.

Pour rendre le système bancaire officiel plus efficace dans l'intermédiation financière, certaines conditions sont à remplir:
• Efficience dans la mobilisation et la sécurisation de l'épargne nationale;
• Absence de tracasseries bureaucratiques à l'égard des besoins de financement des petites et moyennes entreprises;
• Facilité de courtage (mise en relation positive des prêteuses et des emprunteurs); mutualisation des risques; capacité de créer des marchés financiers locaux, régionaux et nationaux.

Face aux défaillances du système financier officiel, l'Economie solidaire s'approprie le processus d'innovation financière à l'œuvre au Cameroun et en Afrique, Les informalités tontinières (banques, organismes de financement, mutuelles de protection...) constituent le fondement de nouvelles pratiques et institutions financières.

Des expériences de mobilisation informelle, il est permis de dégager des facteurs communs de réussite devenant les principales lignes de forces du système à mettre en place au Cameroun (8):

• Respect des comportements d'épargne du milieu;
• Multiplication sur le terrain des points de collecte de l'épargne;
• Intégration de l'épargne et du crédit dans les mêmes institutions et avec les mêmes objectifs d'accumulation, de gestion et de mise en valeur du capital;
• Rémunération efficace de l'épargne;
• Mise en réseau progressive des ressources humaines et financières, à l'échelle locale d'abord, puis sur les plans régional, national et continental;
• Réhabilitation du secteur privé comme moteur du progrès socio-économique;
• Priorisation de la formule coopérative ou mutualiste.

Il sera donc salutaire pour l’Afrique de trouver des solutions salvatrices aux problèmes fondamentaux que sont: le financement du développement par les Africains en prenant en compte le système de la tontine (leur épargne); ensuite, la prise en compte du secteur de proximité ou « informel » (70% de la richesse produite dans certains pays africains) dans le cadre de la planification globale du développement (en bref, la participation du secteur « informel » à la création des richesses); enfin, la symbiose entre l'économie rurale et l'économie urbaine, entre l'économie traditionnelle et l'économie moderne dans le processus de développement du pays.

VII- La question écologique comme point de départ pour repenser la production et les usages.

La question écologique signifie la connaissance du mode d'habitat sur la planète Terre. C'est pourquoi la vie économique ne doit pas seulement être réorientée vers des finalités écologiques. Il convient que l'écologie conduise à repenser la vie dite économique, en soit le point de départ.
Ce n'est ni une question de modes de production, et moins encore de modes de consommation. C'est une question de rapport instauré entre humanité et nature.
 
Au regard des ressources naturelles du Cameroun, on peut développer une puissante industrie agroalimentaire, pharmaceutique, diamantifère, pétrolière, gazière, électro-métallurgique, électro-chimique, chimique, pneumatique, d’aluminium, de bois, huileries-savonneries, etc.
1. Faire du Cameroun un des moteurs de l’industrie agroalimentaire en Afrique. En 2035, notre pays comptera 40 millions d’habitants. L’Afrique en 2025 verra sa population passer à 1,5 milliard d’hommes et de femmes.  Il faudra nourrir toutes ces populations. Notre pays riche en intelligences, en agriculteurs et en entrepreneurs devra occuper une place de premier rang dans ce marché stratégique. 
Cette politique pourrait reposer sur les piliers suivants :
• Introduire dans les programmes de formation de nos ingénieurs agronomes un volet entrepreneurial et de gestion obligatoire. Il faudrait en effet que ces personnes soient préparées à construire des entreprises agricoles et agroalimentaires.
• Mettre sur pied un fonds spécial dont l’unique mission consisterait à financer le démarrage de PME de l’industrie agricole et agroalimentaire.
2. Créer une industrie diamantifère, car le Cameroun, avec 736 millions de carats, devient la plus grande réserve mondiale de diamants. Le Cameroun sera un producteur de  luxe par des experts dans la fabrication du diamant. Ce qui nécessite la création d’une école de formation des travailleurs des métiers dans le domaine du diamant. Il s’agira de ne pas le vendre en brut pour bénéficier de la valeur ajoutée.  Cela contribuerait à durablement diversifier notre économie.
 
3. Faire de notre Diaspora des partenaires viables de l’industrialisation du Cameroun par :       

La création d'un fonds de financement des meilleurs projets des Camerounais (de la diaspora et ceux de l’intérieur). Chaque année le gouvernement pourrait attribuer un montant de 100 millions de Francs CFA (150.000 euros ou 210.000 $US) pour financer les 5 meilleurs projets camerounais. Le capital attribué à un entrepreneur est remboursable dans les conditions pouvant lui permettre d'atteindre de bons résultats.
• L’assouplissement des conditions de création des Start-up. Il faudra surtout réduire considérablement la pression fiscale qui est de manière à annihiler toute initiative privée et établir un régime fiscal préférentiel pour les Start-up.
4. La présence assurée de l’Etat dans les sociétés d’État stratégiques privatisées.

Notes de références

1) BABISSAKANA, Arithmétique de l’allègement de la dette extérieure du Cameroun et implications de politiques économique, Prescriptor, Yaoundé, 30 mai 2006.
2) BABISSAKANA, Ibidem.
3) NJOUENWET I., « Après l’atteinte du Point d’Achèvement par le Cameroun, quelles sont les mesures d’accompagnement nécessaires pour le succès ? » in Cameroon-tribune N°8713 Page N°12 du 27.10.2006
4) La Nouvelle Expression n°2414 du lundi 01 juin 2009.
5) BABISSAKANA et ABISSAMA, O., Les débats économiques du Cameroun et d’Afrique, Yaoundé, Prescriptor, 2004.
6) GELINAS B. J., Et si le Tiers Monde s'autofinançait: De l'endettement à l'épargne, Paris, Les Éditions Ecosociété, 1994, p, 131,
7) Il existe 420 coopératives d’épargne et de crédit au 1er janvier 1999 selon La Nouvelle Expression N°470 du 27 janvier 1999.
8) GELINAS B. J., Et si le Tiers Monde s'autofinançait: De l'endettement à l'épargne, Paris, Les Éditions Ecosociété, 1994, pp, 170-172

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© Correspondance : LE DIRECTOIRE DU MAP
Paru le Lundi 08-02-2010 14:48:48   Lu : 1382 fois
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