CAMEROUN::ECONOMIE
Cameroun : Relance économique et sociale du Cameroun
Après les crises internes des années 1980 suivies par les ajustements structurels du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui ont connu leur point d’achèvement en 2006, le Cameroun se devait de relancer son économie malgré la résurgence de la crise financière internationale en 2008. C’est une mission impérative que de relancer l’économie pour le développement durable du Cameroun.Pour ce faire, les nouvelles orientations de la politique économique s’articulent comme suit : (i) Les mesures d’accompagnement post Ppte, (ii) Les propositions pour faire face à la crise économique mondiale, (iii) Le plan de revalorisation du revenu global, (iv) Une reprise en main des Banques, des assurances et de la politique d’investissement, (v) Des contreparties pour le financement des secteurs en difficulté, (vi) La valorisation des instruments populaires de mobilisation de l'épargne et de distribution du crédit et (vii) La considération de la question écologique.
I- Mesures d’accompagnement post point d’achèvement PPTE
Après le point d’achèvement de l’initiative Ppte, « les options de politique économique du Cameroun doivent être calibrées de manière à satisfaire les attentes des marchés, des citoyens (ménages) et des investisseurs nationaux et internationaux » (1). Il est donc question de la capacité de l’Etat à restaurer « sa crédibilité et son leadership ». Pour cela, il faut insister sur les axes suivants :
• La renonciation au reliquat du crédit du FMI et
• L’impulsion d’une nouvelle politique économique (2).
L’atteinte du point d’achèvement PPTE en avril 2006 devrait permettre à notre pays de se réapproprier l’autonomie de son agenda économique. Par conséquent, un certain nombre de mesures d’accompagnement s’impose à savoir :
• La planification indicative et stratégique,
• La réduction des besoins de financements externes, et
• Le décrochage des institutions de Breton Woods (3).
II- Propositions pour juguler les effets néfastes de la crise économique internationale
Pour juguler, sur le plan interne, les effets de la crise économique internationale, nous reproduisons l’essentiel des propositions du GICAM au sujet de la lutte contre la crise (4).
A court terme,
1) L’établissement du diagnostic des secteurs déjà sinistrés et l’élaboration des mesures de soutien. Pour ce faire : a) l’initiation des rencontres sectorielles pour analyser chaque secteur et trouver des solutions idoines, b) la suspension provisoire du paiement de l’acompte d’impôt sur les sociétés et c) la déduction sur 4 ans environ des pertes des exercices 2008 et 2009, la période exacte devant être fixée en fonction des secteurs touchés.
2) La réduction des coûts des facteurs de production (énergie, télécommunications et intrants agricoles). Cette action porte sur des mesures fortes : a) la mise à jour de la loi sur la réforme du secteur des télécommunications, b) la transmission de la gestion de la fibre optique à un opérateur neutre et c) la subvention des engrais destinés à la production agricole.
3) La réalisation de tous les projets structurants. Cela suppose : a) la modification des dispositions relatives au régime fiscal particulier des projets structurants, dans le sens d’un allègement des conditions d’éligibilité, b) la finalisation du dispositif sur les contrats de partenariat public-privé et c) la clarification des récentes mesures relatives aux codes sectoriels et au code des investissements.
4) L’allègement des procédures et le coût de création des entreprises,
5) L’effectivité des incitations fiscales,
6) La promotion et le soutien des Pme,
7) Le renforcement de l’intermédiation financière,
8) La lutte efficace contre le commerce illicite,
9) La gouvernance publique.
Sur le moyen et long termes, trois actions essentielles :
1) Le soutien des Pme,
2) Le développement de la gouvernance publique
3) et l’accélération de l’intégration régionale.
Pour aider la levée des obstacles contre l’industrialisation, il sera question de mettre en place une politique de développement des filières de croissance. Il s’agit, en identifiant les filières à fort potentiel de croissance au Cameroun, de les structurer et des les intégrer pour parvenir à une industrialisation progressive du pays en mettant en valeur l’ensemble des atouts économiques du pays à travers deux démarches:
1)Prendre des mesures et effectuer des investissements permettant à chaque filière de disposer de tous les atouts des performances depuis la formation des ressources humaines jusqu’à la structuration des marchés à la mise en place des infrastructures,
2)Prendre des mesures traversables permettant à toutes ces filières de s’intégrer dans une même dynamique économique. Ce, à travers la mise en œuvre d’une masse critique d’interventions sur les filières identifiées comme étant à fort potentiel (reformes, incitation, investissements en infrastructures, soutien aux entreprises).
Au-delà de ces mesures il va falloir lever quelques contraintes structurelles liées au climat des affaires : le harcèlement administratif, les procédures broussailleuses, la pénurie d’énergie électrique, la non utilisation à saturation de leurs capacités techniques par les usines.Cet environnement difficile fait en sorte que les coûts de production sont très élevés (coûts unitaires autour de 0,8 franc).
Face aux facteurs qui alourdissent les coûts des entreprises camerounaises (matières premières, énergie, loyer et entretien, personnel et fiscalité), il est impératif de diminuer le ratio coûts de production/chiffre d’affaires dans le but d’augmenter la capacité à investir de nos entreprises.
III- Plan de revalorisation du revenu global
Priorité donnée à la question du salaire, cohérente pour le développement durable du Cameroun. C’est un Programme de revalorisation du revenu salarial global orienté sur le service. Nous considérons le salaire pour ce qu'il est : non pas un salaire individuel direct, mais un salaire global, concernant l'ensemble du salariat, et qui englobe :
•Le salaire direct, mais aussi le salaire socialisé, s'exprimant en particulier par les prestations sociales et englobant l'ensemble des effets redistributifs des services publics,
•Le revenu des salariés actifs, mais aussi celui des retraités, qui restent membres du salariat.
On entend par service toute transformation dans le mode de vie et dans les dispositions des personnes qui soit doublement favorable à leur bien-être et à l'amélioration des écosystèmes et de la biosphère.
Un tel programme ne peut pas passer, au départ, par le marché : il doit passer par une réflexion citoyenne démocratique concernant les grands axes à promouvoir de manière positive dans la transformation des modes de vie et des capacités, physiques, intellectuelles et psychiques de personnes, à l'aune de ce que l'on connaît en matière d'urgence sociale et écologique. C'est une fois ces grands axes établis que le marché, grâce à sa souplesse, reprend ses droits, tout en visant à développer, du plus possible, les zones et domaines de gratuité.
Sans entrer dans les détails, ce programme comprend :
•L'instauration d'un plan prioritaire de lutte contre la pauvreté et pour l'initiative sociale, incluant la prise en compte à la fois de la pauvreté monétaire, mais aussi de tous les aspects qui la concerne (dont l’alimentation, l’éducation, le logement, l'accès aux transports, aux soins, etc.). Un tel plan impose de fixer le montant d'un revenu d'existence, qui sera accordé sans conditions autre que l'objectif de sortir de la situation de pauvreté monétaire et globale et de permettre à chacun de vivre dignement.
Le revenu d'existence est inconditionnel dans son principe, puisque sa raison d'être est de permettre à chacun de vivre dignement. Il faut substituer la confiance à la méfiance, l'accueil généreux à la stigmatisation.
Ce revenu sera associé à la mise en place d'un programme d'aide à la réinsertion dans une vie sociale et professionnelle, en appui et à la demande des intéressés pour les personnes qui sont sans emploi. Et pour les salariés pauvres, des mesures fermes seront prises pour supprimer à la racine la cause de leur pauvreté.
Le revenu d'existence mobilisera en premier lieu l'inventivité et l'énergie des personnes et, le cas échéant, des communautés concernées. Les services de l'Etat et des municipalités localisés au plus prêt du terrain leur viendront en soutien, ainsi que tout le tissu associatif, avec la garantie d'une action cohérente et durable, mais toujours soucieuse de partir des projets personnels et collectifs des personnes aujourd'hui en situation de pauvreté, de s'appuyer sur leur potentiel, leur inventivité et leurs désirs.
Tout type d'activité, y compris les activités locales à l'initiative des personnes, activités se situant en général en dehors du salariat, seront encouragées. Ce soutien sera piloté par une agence publique, doté de crédits pour l'appui et le financement de projets d'activités non salariées. La formule du microcrédit sera explorée et encouragée.
•Une nette revalorisation des salaires directs, par le biais d'une grande conférence salariale permanente, fixant les règles de revalorisation progressive et durable du revenu salarial net, et donc modifiant durablement le partage entre revenu salarial et profit. Il importe, non seulement de réaliser une revalorisation immédiate du salaire (mais que les conditions objectives de la crise limiteront), mais de tracer, dans la durée, les lignes d'un repartage profond et durable entre profit et salaire et de s'assurer de son suivi dans le temps. Pour cela, cette conférence se prolongera dans la durée, sous forme de réunions régulières (tous les ans par exemple) qui feront le point sur les progrès de cette revalorisation. L'Etat en sera le garant. Ces règles fixeront le cadre des nécessaires négociations décentralisées que les partenaires sociaux auront la responsabilité de mener. Une revalorisation du Smig fixera le minimum de manière interprofessionnelle, mais elle ne saurait être dissociée de cette conférence et des négociations concrètes.
•Une création, une réforme et un renforcement du système de sécurité sociale et de ses différentes branches, fixant des montants homogènes et justes sur tout le territoire et pour l'ensemble de la population bénéficiaire. Dans ce système, les prestations gratuites sous forme de services offerts par les administrations et services publics concernés (par exemple, l'ensemble du système de soins) l'emporteront en tendance sur la redistribution monétaire. Cela devra permettre de contrôler, mais aussi de personnaliser la qualité et pertinence des services rendus.
Il s'agira d'associer un élargissement de l'application du principe de la gratuité à la pertinence des services offerts et aux moyens donnés, par la puissance publique, aux institutions offrant et réalisant ces services. Il comprendra un vaste programme de dé-bureaucratisation et de décentralisation, au plus près de la vie sociale et individuelle réelle, de l'ensemble des institutions liées à la Sécurité Sociale et de montée en compétence des personnels concernés, compétence servicielle (de qualité de la démarche professionnelle de service rendu aux bénéficiaires) autant que technique. La revalorisation de la rémunération, sur fonds publics et sur la base des cotisations sociales, de ces personnes accompagnera la montée en compétences et en débureaucratisation.
•Une réforme profonde des diverses mesures appliquées au service public de l'emploi (le pôle emploi) pour réintégrer pleinement les droits inconditionnels des chômeurs, tout en soutenant et amplifiant l'accompagnement personnalisé du retour à l'emploi (avec offre de bilan de compétences, offre de formation lorsque nécessaire, etc.). Cet accompagnement personnalisé sera gratuit. Priorité sera donnée aux souhaits et désirs des chômeurs quant à leur devenir professionnel personnel.
•La création d'un nouveau type de contrat de travail permettant d'associer et alterner temps de travail (salarié ou indépendant) et temps de disponibilité pour se ressourcer en termes de connaissances, d'activité personnelle, de créativité désintéressée. Ce contrat assurera, selon des modalités à déterminer, une continuité de revenu pour les personnes concernées et des plages d'alternance.
•Le pacte national pour la croissance durable et l’emploi est un instrument juridique souple qui consacre l’accord des principales composantes de la société à coopérer et à coordonner leurs actions dans le but d’atteindre de meilleures performances économiques et sociales sur une longue période. La réussite du Pacte repose sur quatre principaux déterminants (5)
1.Les partenaires (l’Etat, le Patronat, les Travailleurs)
2.Les intérêts réciproques bien compris
3.Le consensus sur les réformes économiques et sociales nécessaires (renforcement de la croissance économique et meilleure répartition des fruits entre toutes les couches de la société camerounaise)
4.L’instauration et la préservation d’un climat de confiance entre les partenaires au pacte (a) l’établissement et le respect des règles du jeu par des mécanismes clairs pour toutes les parties, b) la coordination effective des activités économiques et sociales dans des conditions de haute qualité et de transparence, c) l’adoption du principe de mise en place des institutions appropriées et performantes).
En parallèle à ce vaste plan global et cohérent de revalorisation du revenu global, on associera de manière systématique, une visée d'amélioration du "bien vivre", respectueux de la santé biologique et psychique des personnes et des populations, et respectueux des équilibres (et rééquilibres) à trouver dans la relation aux éléments de la nature, tant en terme de reproduction des écosystèmes, de rétablissement des conditions de développement de la biosphère (sphère de la vie sous toutes ses formes) que d'esthétique des lieux de vie et d'art de vivre. ( A suivre)
© Correspondance : Le Directoire du MAP,(Mouvement pour une Alternative Patriotique
Paru le Dimanche 07-02-2010 11:56:29 Lu : 1630 fois
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