Monsieur le Président de la République, J’ai appris avec gravité par la voie de médias publics nationaux et internationaux l’intention du gouvernement camerounais d’envoyer des troupes militaires (une centaine d’hommes) en République Centrafricaine. Si cette volonté était traduite en action concrète, il s’agirait selon mon estime d’un acte de guerre ou de déclaration de guerre dirigée contre un peuple étranger (Centrafrique) dont une partie au moins ne souhaite pas l’intrusion des troupes étrangères sur son territoire.
J’en suis consterné - je crois ne pas être seul- et m’interroge comme la plupart de nos concitoyens avertis quant aux enjeux politiques, sociaux et culturels qui en résulteraient pour notre jeune nation éprise de paix et de valeurs de non- ingérence dans les conflits internationaux en l’absence d’une cause de légitime défense absente en l’espèce.
Je m’interroge tout naturellement et davantage sur le sens ou le bien -fondé d’une telle intervention militaire et ses avantages éventuels pour notre pays en dehors d’un cadre mandataire international des nations Unies (Chapitre 7 de la Charte) ou d’une résolution non biaisée de l’organisation de l’unité africaine.
Vous conviendrez avec moi que la tradition politique de notre Etat indépendant, fidèle aux valeurs de non-agression ne peut être rompue uniquement pour satisfaire quelques égos en territoire voisin en proie à des disputes internes qu’il est capable de gérer ou de juguler lui-même.
En effet, le Cameroun dont vous avez la charge des Armées ne peut se satisfaire d’une volonté politique étrangère de courte vue pour engager délibérément ses forces armées en dehors de ses frontières.
Notre constitution dans ses interprétations formelles les plus larges n’autorise pas l’institution présidentielle à couvrir le risque de perte humaine fut-ce minimale pour des raisons qui ne permettent pas de détailler à son peuple les intérêts concrets d’une guerre ou ses dangers en cas de refus d’engagement de nos troupes militaires pour la survie de nos populations.
Au contraire la constitution camerounaise en ce point précis exige la plus grande lucidité et le courage politique pour prendre des décisions justes et protectrices de notre stabilité nationale et le respect de nos frontières internationalement reconnues.
Ma crainte exprimée ouvertement à votre autorité serait de voir poindre d’éventuels appétits justifiés ou non en représailles à la mémoire de l’engagement de nos troupes sur le sol étranger centrafricain sans cause de légitime défense ou de juste mandat.
Je crains aussi de voir la création d’un précédent au sein de l’ordonnancement juridico politique de notre pays au nom de la recherche des actes héroïques à titre individuel ou collectif.
Ces craintes fondées et partagées par nos concitoyens doivent par leur intensité et leur nature vous retenir lourdement dans l’exercice de l’acte administratif par lequel la vie de nos frères et sœurs militaires pourraient être préjudiciée.
Je vous invite de ce fait à préserver nos concitoyens militaires de tout acte gouvernemental illégal ou illégitime dont les conséquences seraient difficilement réparables pour eux-mêmes ou les membres de leurs familles démunis à ce jour face à la carence des outils juridiques destinés à assurer éventuellement leur protection.
Je crois que notre pays peut se distinguer en offrant davantage sa médiation en vue de la paix et la concorde entre les groupes centrafricains rivaux dont l’un au moins est susceptible d’être prochainement l’interlocuteur de notre République sur la table internationale des nations.
Monsieur le Président de la République, les familles de nos concitoyens sont déjà en souffrance et en difficulté tout au long de l’année. Notre pays et son organisation sont des défis à relever comparable à de véritables engagements militaires.
J’aurais souhaité que la vie de nos frères militaires fut épargnée à la faveur d’une plus grande initiative diplomatique pour relever dignement et de manière utile sinon leur nombre à tout le moins le contenu de leur mandat recouvert du sceau de la protection internationale acquise du vœu notamment de Gaston Deferre investi de ce combat dont nous revendiquons aujourd’hui encore les bénéfices à savoir le droit des peuples ( en ce compris le peuple centrafricain) à disposer d’eux-mêmes.
Notre nation est trop fragile sur le plan économique pour assumes les besoins d’une guerre dont on mesure à peine les dénouements au-delà de la simple stratégie militaire lisible par avance.
Notre pays ne peut non plus agir par mimétisme ou simplement pour forcer l’admiration de ses voisins.
Le Cameroun n’a pas les moyens de mener cette guerre fut-ce si près de ses frontières, nous en avons d’autres plus urgentes, plus ravageuses encore de l’équilibre de nos populations sur le plan intérieur.
Ce sont notamment la famine, la malnutrition, la pauvreté doublée du chômage massif en ville comme en campagne sans préjudice d’autres fléaux.
Nos frères et sœurs militaires demeurés au pays pourraient éventuellement jouer un rôle déterminant quant à la sécurité de nos frontières menacées par l’avancée des groupes dits islamiques dans le sahel.
Tous ces défis connus de votre équipe gouvernementale depuis plusieurs décennies m’obligent à vous suggérer la plus grande prudence et l’immense restriction de vos actes souverains en vue de protéger notre Etat du danger suscité par une intervention militaire en République Centrafricaine comme en l’espèce.
En cas de doute, l’histoire veillera à rétablir la justice pour la sauvegarde des valeurs utiles à notre peuple.
Vous avez déclaré avec beaucoup de raison que l’Etat camerounais n’était pas la chasse gardée d’une civilisation quelconque mais il faut se souvenir au quotidien de celle qui constitue la nôtre.
Pour le P.U.R.S.
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