Sous la pression des eaux de pluie, une digue vient de lâcher dans l’arrondissement de Kay-Kay, dans le Mayo-Danay, province de l’Extrême-Nord, alors que les habitants de la région avaient lancé un SOS moins de 48 H plus tôt, auquel les autorités administratives n’ont pas réagi. Ce mercredi matin, les digues ont donc lâché, libérant des milliers de m3 d’eau sur les populations.
La digue qui longe le fleuve Logone dans cette région, est vétuste et menaçait de se rompre depuis longtemps déjà. Conscients de ce danger qui menace non seulement les vies mais aussi la santé des populations, les Lawans (chefs traditionnels) de certains villages ont pris l’initiative d’écrire au président de la république en février 2012 pour l’interpeller sur cette situation d’insécurité (voir l’annexe au présent communiqué). Ce courrier n’a apparemment pas été pris au sérieux ; il faut dire que le président résidait alors en Suisse…
D’autres appels aux différentes personnes pouvant de droit prendre des mesures d’urgence avant le retour des pluies, sont restés lettres mortes.
Pourtant aucun des responsables de la région n’ignore la situation de ces populations, déjà exposées en 2010 à des catastrophes dues aux pluies diluviennes. On se souvient des victimes directes de l’inondation et de l’épidémie de choléra qui s’en était suivie.
Quelques originaires de la région ont esquissé des solutions anticipatives, craignant le pire, à savoir la catastrophe qui se joue en ce moment. Mais sans moyens ni pouvoir, leurs solutions sont limitées.
Quand les demi-milliard de m³ d’eaux se déverseront, les exutoires vers le lac et les vannes au niveau de Djafga ne suffiront pas pour assurer la décrue nécessaire.
Cette fois-ci, ce ne sont plus seulement les habitants immédiats mais aussi ceux de la plaine du Logone qui sont victimes de ces inondations. Les millions de tonnes d'eau qui menacent et ont commencé à se déverser sur Doreissou, Djafga, Bégué-Plam, Dougui, Kay-Vélé, Grong, Gaya , Kay-Kay , Maga, Pouss, Tékélé et au–delà, ne touchent plus quelques centaines de personnes, de bétail, de champs de mil et de riz qui seront dévastés, mais des milliers. Les survivants à une telle catastrophe seront confrontés aux maladies telles la typhoïde, le choléra et aux conditions alimentaires difficiles.
Actuellement la petite commune rurale de Kay-Kay a distribué quelques sacs de jute aux habitants de la région pour les remplir de sable et colmater les zones les plus dégradées de la digue mais c’est une peine perdue face à la fureur des eaux. Il fallait anticiper et non attendre la période de pluies diluviennes.
En 2003, la World Meteorollogical Organization attirait déjà l’attention des autorités publiques camerounaises sur ces risques, en l’occurrence les Ministères de l’Environnement et des Forêts, le Ministère de l’Eau et de l’Energie, le Ministère de l’Agriculture, le Ministère de la Recherche scientifique.
Qu’a donc fait le Secrétariat Permanent à l’Environnement du Ministère de l’Environnement et des Forêts du Plan National pour la Gestion de l’Environnement. Dans ce plan figurait l’étude et la gestion des eaux de crues de la plaine du fleuve Logone.
Depuis, le danger s’est accru du fait de la réalisation d’une immense digue construite par le Tchad voisin le long de ce même fleuve.
Faudra-t-il envisager la déportation de ces populations, mauvais souvenir de l’époque du développement de la SEMRY ?
Pourquoi aucune réfection n’a été entreprise depuis la construction de la digue dans les années 70 ?
Pourquoi les autorités publiques n’ont pas accordé la moindre attention à ce qui s’annonçait comme une catastrophe environnementale et humaine exprimée par doléance par les chefs locaux ?
Faudra-t-il encore attendre que les dégâts soient commis pour venir distribuer quelques milliers de francs CFA aux survivants, alors que ces derniers auraient préféré que l’on prévienne plutôt ces inondations ?
L’impact d’une telle catastrophe est immense.
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