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Cameroun: DÉCRYPTAGE DE LA RÉPONSE D'UN CERTAIN MAURICE DJIONGO, SUITE À LA LETTRE OUVERTE DU PROF. TIGOUFACK À PAUL BIYA SUR LA QUESTION BAMILEKE :: CAMEROON

Alice Sadio:Camer.beÉtant moi-même apprentie philosophe, j’ai spontanément éprouvé le besoin de lire l’approche qui pouvait être celle d’un groupe se revendiquant de la « philosophie camerounaise » sur une question qui préoccupe à n'en point douter les camerounais d'ici et d'ailleurs : la question tribale, bien que par pudeur ou par peur d'ouvrir la boîte de pandore, certains intellectuels préfèrent observer un black-out permanent sur la question. Il reste et demeure que cette problématique est on ne peut plus omniprésente dans le conscient, l'inconscient et le subconscient des camerounais, si l'on s'en tient aux écarts plus ou moins maîtrisés qu’engendrent certains lapsus, certaines blagues, ou coups de gueule qui perturbent les conversations quotidiennes de l'homme de la rue.

Par delà les idées reçues et stéréotypes populaires, certains intellectuels ont tout simplement jeté un pavé dans la mare durant les « années de braise » en théorisant leur approche de la question. Dans le champ philosophique notamment, l’une des sorties qui n’a laissé personne indifférent est bien celle du Philosophe Hubert Mono Ndjana dans son Essai : l’Ethnofascisme bamiléké décrit par ce penseur et appliqué au peuple mis en cause comme « L'automarginalisation d'un groupe ethnique, qui dès lors se mobilise activement pour la conquête du pouvoir, non sans quelque affectation sadomasochiste (...). Il s’agit d'un fascisme qui menace l’État, technique de mobilisation, tactique pour la conquête du pouvoir. ».

Il a bien fallu que ce peuple identifié comme ennemi de l’Etat et mis au banc des accusés de manière aussi péremptoire ait droit à un avocat de préférence du même acabit. Le penseur Sindjoum Pokam, en réaction à cette indexation stigmatisante de toute une communauté, commet La philosophie camerounaise trahie: le cas du « Monofascisme » à travers lequel il soulève ce questionnement qui interpelle tout vrai philosophe :  « Est-on philosophiquement et juridiquement fondé à refuser à un peuple de désirer le pouvoir, c’est-à-dire d'avoir des passions politiques ? [...] Le philosophe est ici sommé de réfléchir sur les conditions, les procédés, les procédures qui, historiquement nous ont constitués comme des sujets politiques ».
 
Venons-en au fait. Je me suis arrêtée comme bon nombre de camerounais lecteurs du quotidien "La Nouvelle Expression" sur la "lettre ouverte à Paul Biya" signée du professeur Léon Charles Tigoufack. Ayant remarqué que ce dernier, peutêtre par soucis de se faire comprendre de la masse, a opté pour les concepts (haoussa, Kirdi, grassfields, etc.) qui ont permis au fil du temps de stéréotyper (soit par extrapolation, soit par des désignants issus d’un accident historique, ou encore du fait des rapports avec les colons successifs) les communautés  par des désignants qui n'ont très souvent pas grand-chose à voir avec leur réalité anthropologique, culturelle ou linguistique…, je me demandais encore, vue la haute sensibilité du sujet, s’il était utile d’enchainer dans ce débat, notamment en plaidant pour plus de rigueur méthodologique, car je crois mordicus que l’intellectuel camerounais a le devoir de rendre compte de la véritable histoire des camerounais pour mieux éclairer la masse.

Le « connais-toi toi-même", n’est-ce pas la pierre angulaire de toute quête de vérité ? En effet, le nom Cameroun dont a été baptisé notre triangle national (découpé comme tel selon les désiderata du colon) est déjà lui-même le fait d'un accident de l'histoire des pêcheurs portugais qui trouvèrent beaucoup de crevettes sur nos côtes. Je m’apprêtais donc, disais-je à apporter un complément d’analyse purement scientifique suivant ainsi l’assertion d'Alain qui dit dans Vigiles de l'Esprit qu'"un homme savant a compris un certain nombre de vérités, un homme cultivé a compris un certain nombre d'erreurs».  Et que d’erreurs obstruent encore au 21ème siècle la maitrise par nous-mêmes de ce que nous sommes à l'origine !  La doxa (masse) a le droit de savoir (et c’est le devoir de l'intellectuel !) qu'elle est dans l’erreur lorsqu’elle désigne par le concept "Haoussa" tous les camerounais venant du septentrion, qu’elle est dans l’erreur lorsqu’elle pense que le grand nord est constitué essentiellement des musulmans, que les anglophones sont une entité ethnico-culturelle en soi, que les eton sont des mangeurs de savon, que les bamiléké font des sacrifices humains à des fins lucratives, etc.

C’est en méditant sur ces déficits d'appréhension de nous-mêmes, de notre « Que sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? », que je suis tombée sur cette curieuse réponse voulue « philosophique » et portée comme telle par un certain Maurice Djiongo au nom de ce qu’il appelle « la philosophie camerounaise ».

En effet la lettre ouverte à Paul Biya signée du Prof. Tigoufack se résume en une dénonciation de certaines prises de position à connotation tribaliste à outrance par des hauts commis de l’Etat et certaines élites, qui à chaque fois, sur les questions aussi diverses que la DÉMOCRATIE (qui s’est quasiment imposée comme une valeur universelle en ce siècle), L’ÉCONOMIE (qui est dominée par libéralisme c’est-à-dire la loi du marché, que l’Etat canalise et tempère en temps de crise et au nom de la sécurité sociale), les REVENDICATIONS SOCIALES (qui sont reconnues comme le rouage par excellence d’initiation aux droits et libertés de l’homme et peuvent engendrer comme partout ailleurs des débordements), la crise de l’INSUFFISANCE ALIMENTAIRES (dont les mécanismes de résorption – subventions, octroie des crédits à taux préférentiels et accompagnement technique des opérateurs des secteurs sensibles, etc. -  sont maitrisés et mis en application par beaucoup d'Etats modernes dans le monde) trouvent toujours une excuse pour indexer une communauté bien ciblée: les Bamiléké. Par cette lettre, la Dynamique Orange a cru devoir interpeller le désormais encore Chef d’Etat du Cameroun pour les  7 prochaines années à se prononcer et surtout à expliquer aux ayant droit comment il se fait qu’à aucun moment d’un règne de 30 ans, aucun poste stratégique n’a curieusement été confié à un ressortissant de cette communauté. Sachant que la conservation du pouvoir sous le règne Biya a été et est encore régie et régulée par un système de partage du "gâteau" suivant une répartition tribale,  ce professeur à la retraite questionne le Chef de l’Etat en s’appuyant sur la raison d'être de son propre système de gouvernance pour démontrer la pertinence de la problématique que je me permets de paraphraser ici : est-ce que oui ou non monsieur Paul Biya est à la tête d'un régime de ségrégation tribale visant spécifiquement les Bamiléké ?

En lisant les conclusions du Prof Tigoufack (« Orangiste, nous restons fondamentalement convaincus qu’un Etat qui marginalise la méritocratie au profit du principe de discrimination et d’exclusion ne peut pas prospérer dans un monde guidé de plus en plus par les vertus de la Mondialisation, un monde où chaque Nation ne peut se mouvoir que grâce à ses meilleures compétences. C’est pourquoi le mérite et l’égalité de chances doivent rester les piliers fondamentaux de l’ascension sociale dans notre pays. ») J’ai du mal à opérer le glissement accusatoire qui prétend dénoncer un plaidoyer orangiste pour une répartition tribale des postes au sein du gouvernement.
  
Après avoir qualifié de tribaliste cette lettre interpellative du Chef de l’Etat sur les déclarations graves de xénophobie de certains de ses collaborateurs, à l’encontre d’une communauté ciblée, on surprend le « philosophe » fermant à double tour les initiateurs de la lettre ouverte dans un huis-clos sartrien très inapproprié, pour mieux tirer dessus par des envolées déclaratives dont la passion n’a d’égale que la candeur, voire même l’irresponsabilité.

En voici quelques extraits. Le bamiléké EST: « intellectuellement hégémonique parce que par tricherie, [il] a refusé d’enseigner l’enfant d’autrui ou parce que papa a, à coup de millions, corrompu le fonctionnaire véreux, » ;  il serait économiquement dynamique parce qu’ à coup de « fraude à la douane ou parce qu’[il] a réussi à corrompre le fonctionnaire véreux pour récupérer les terres du domaine de l’état et inscrire au nom des autochtones », il a conquis toutes les richesses immobilières.  Le « philosophe » conclut même que « les ethnofascistes Bamiléké (Ceux qui veulent accéder au pouvoir au nom des bamilékés), à défaut de trouver les gens qu’ils peuvent corrompre et prendre le pouvoir attisent la haine pour un soulèvement. Car les Bamiléké sont reconnus comme des gens qui payent tout. ».

Tantôt il prend appui sur les évènements de Deido qui, comme on le sait, ont découlé de l'assassinat d'un jeune homme par des malfrats qui d'après témoignages étaient sur une moto-taxi. L’on aurait attendu du « philosophe » qu’il instruisit la doxa (masse) sur la notion de la responsabilité individuelle en droit pénal et qu’il usa de ses compétentes de « philosophe » pour alerter l’opinion sur les dangers liés à la tribalisation des faits de société qui, lorsqu'ils sont délictueux sont de la compétence de la justice dans un ÉTAT DE DROIT. Le philosophe aurait pu partager avec la doxa cette définition Kantienne du droit comme étant "l'ensemble des conditions qui permettent à la liberté de chacun de s'accorder avec la liberté de tous". Mais non ! Le « philosophe » va même jusqu'à dire que « ces jeunes qui s’attaquent non à une communauté mais à une activité qui représente l’essence même de ce dynamisme bamiléké, viennent de montrer que même au niveau social, le dynamisme bamiléké est rejeté ». Or Paul Valéry notait déjà dans Regards sur le monde actuel que « le droit est l’intermède des forces » et c’est pour cela que nul ne peut se faire justice au sein de l'Etat. Car nul n’a le monopole de la violence.

Tirant par les cheveux l’existentialisme sartrien qu’il présente comme l’alpha et l’oméga d'une réflexion sur la complexité du donné sociétal camerounais, le « philosophe » tente lamentablement de l’adapter en contexte et justifier ainsi un courant de pensée qui repose sur la nécessité de se méfier, de canaliser, sinon de comprimer la volonté d'auto-détermination des composantes de la communauté bamiléké et leur quête légitime d'un mieux être, très honnêtement pour beaucoup et parfois malhonnêtement pour d'autres ( et ces malhonnêtes ne se recrutent pas seulement au sein de la communauté bamiléké, n'en déplaise à la "philosophie camerounaise") et  ces derniers se réfugient très souvent derrière le pagne du Parti-Etat RDPC pour s'immuniser contre leurs devoirs et redevances vis-à-vis de l'Etat.

Jean Jacques Rousseau dans le Contrat Social démontre bien que : « L’ordre social ne vient pas de la nature, il est fondé sur des conventions.". Qu’est-ce à dire ? C’est-à-dire que tout citoyen camerounais, toute collectivité camerounaise, fut-elle ethnique, tribale, associative, non gouvermentale, etc., est tenue de se plier à l’ORDRE SOCIAL dont l’État, à travers ses instruments est le garant et dont le régulateur objectif est la loi fondamentale et ses diverses ramifications. C'est-à-dire que la stigmatisation d'une communauté fut-elle bamiléké ou non, ce n’est pas encore de la philosophie, ça s’appelle de la masturbation pseudo-intellectuelle, qui INTRINSÈQUEMENT ne décline aucune rigueur logique dans le raisonnement, SCIENTIFIQUEMENT, fait montre d’une pauvreté et d'une étroitesse criarde du champ philosophique en la matière, et POLITIQUEMENT, est vectrice de désordre social pour ne pas dire de chaos.

Monsieur le « philosophe » ! Lorsque vous faites l’apologie de « l’ethnofascisme bamiléké », lorsque vous validez les déclarations xénophobes des hommes d’Etat, les déclarations des « forces vives du Mfoundi », les attaques de masse avec pour cible intentionnelle des originaires de l’ouest, perpétrés ici et là, de temps à autres, il faudra penser à regarder les courts et long métrages réalisés sur les horreurs du génocide Rwandais.

Vous comprendriez alors deux choses importantes :
1- Que ces graines que vous lancez sous le prétexte de la pensée philosophique sont les germes sur les quels va s'appuyer le profane (prisonnier de la caverne) demain, lequel profane étendra sa passion sur le champ physique avec une plus grande amplitude, et dès lors, ça ne s'appellera plus de la philosophie, mais la guerre. et comme dans toute guerre, il n'y aura ni gagnant ni perdant, il y aura juste, comme au Rwanda, un peuple traumatisé par son propre reflet, et nécessitant l’intervention des psychiatres du monde entier pour panser les blessures de l'âme qui, comme vous devez le savoir (puisque vous jouez de temps en temps aussi au psychologue), ne guérissent vraiment qu'au passage de la vie à trépas.
2- Que le Prof Tigoufack qui se fait le devoir d'attirer l’attention du représentant de l’Etat sur ces travers des hauts cadres de la République, alerte en fait sur la virulence à court, à moyen ou à long terme des thèses xénophobes. En cela, il fait œuvre utile, car il vaut mieux en parler maintenant, et avec beaucoup de rationalité, pour ne pas avoir à gérer les conséquences d’une réaction collective susceptible d’aller dans tous les sens. Étant donné le respect accordé par les citoyens ordinaires aux intellectuels et « élites » politiques en veste et gandouras richement brodées venus de la ville que les villageois appellent même "les blancs", il ya lieu de tourner et retourner nos langues et nos plumes plusieurs fois avant de nous positionner en chantres des classifications à caractère tribale ou raciste. ça n'a réussi nulle part dans l'histoire. L'Allemagne, les USA, la Rép. Sud Africaine, le Rwanda, le Burundi, la RDC, la Libye, la Cote d'ivoire, et j’en passe, en savent quelque chose.
    
Vous semblez faire une fixation sur l’horizon 2035 et le projet du régime actuel de faire du Cameroun un pays émergent d’ici à là. Mais je ne puis m'empêcher de penser à la parole d'un homme politique camerounais qui disait qu’un « tronc d’arbre a beau séjourné dans la rivière, il ne deviendra jamais caïman ». Attention ! Je ne parle pas d’une ethnie, je parle bien du RÉGIME qui nous gouverne depuis trente ans. Il s'appelle le RENOUVEAU. Il ya des pères et mères de famille qui sont nés, ont grandi, se sont mariés, ont fait des enfants, en ne connaissant que ce Régime. Conceptuellement, ceux là ont du mal à rendre compte du sens et de l’essence de ce concept « Renouveau ».

La mêmeté du même a piloté notre pays durant plus d’un quart de siècle avec une recrudescence de la corruption, de la kleptomanie, du tribalisme, du trafic d’influence …, bref, le « Renouveau » est même allé jusqu’à fouler au pied (au nom de la conservation du pouvoir par des deals inavouables) les acquis du processus de construction de l’Etat-nation en introduisant dans la constitution la notion d’autochtone-allogène. Et Celestin Bedzigui fait bien d’alerter dans son analyse des évènements de Deido en ces mots : « D’un ‘’tribalisme informel’’ que la pratique sociétale a banalisé, on a glissé vers un ‘’tribalisme constitutionalisé" avec l’inscription dans la Constitution de deux mots qui peuvent tuer la Nation : Allogènes et Autochtones. ». Et dire qu’il ne s’affuble pas du titre de représentant de "la philosophie camerounaise" ! Ce concitoyen plutôt clairvoyant sur la question va plus loin dans l'analyse pour dire que : « Ces termes portent en eux même la négation des principes républicains de l’égalité, de la liberté d’activité et de résidence de tous les citoyens camerounais en tout lieu du territoire national, garantis par la loi. Ils confèrent des droits inégaux à des citoyens en fonction de leur origine et de leur lieu de résidence. Plus grave, ceux là qui sont catalogués ‘’allogènes’’ en un lieu déterminé se voient chargés du soupçon d’être potentiellement porteurs de tous les germes d’abus et de crimes. ». 
A la suite de Bedzigui, il est tout aussi bon de noter pour le déplorer que l’impréparation des acteurs de la démocratie que nous étions durant les années de braise ont contribué à aiguiser les discours tribaux de parts et d’autres (on disait alors ici que si les anglo-bami prennent le pouvoir, ils extermineraient ceux qu’ils ont destitué, et là on identifiait tout originaire du centre et du sud comme un partisan du pouvoir en place, et donc comme un pion). Tout ceci du fait des prismes qui ne reflétaient malheureusement pas toujours la réalité du peuple profond. Aujourd’hui, 20 ans après, alors qu’on croyait ces travers loin, très loin derrière nous, surgissent de nulle part, et des « professeurs de droit », et des « philosophes » pour nous rappeler qu’on n’est pas sorti de l’auberge.

D’après eux, quand ces ministres théorisent l’exclusion d’une communauté de la conquête légitime du pouvoir, ou quand un juriste dit dans les médias qu’ils étouffent à cause des « envahisseurs », ça passe. Mais si, offusqué, un originaire de cette communauté interpelle le représentant de l’Etat qu’est Paul Biya sur la question, c’est du tribalisme. Décidemment, l’enfer c’est les autres !

Le « philosophe » aurait mieux fait de questionner un peu les injustices dont s’est rendue coupable la politique des quotas qui, qu'on le veuille ou pas, laisse sur son passage des jeunes citoyens lésés dans leur bon droit.
En effet, comment demander à un citoyen qui a fait montre de très bonnes performances à un concours et qui voit quelqu'un qui a fait moins que lui être retenu et lui recalé, de ne pas entretenir un sentiment d'exclusion injuste ? Comment disculper sans risquer de verser dans la promotion des inégalités sociales, le régime qui trente ans durant a utilisé les populations du grand nord comme du bétail électoral sans rien faire en retour pour améliorer leurs structures et infrastructures scolaires basiques ?

Ces Camerounais de « seconde zone » à qui l’on accorde une école normale au rabais avec des recrutements complaisant peuvent-ils un jour dans un tel système rattraper le grand retard qu’ils ont accusé au fil des décennies à faire semblant d'aller à l'école sous les arbres, sous les pailles, assis sur des mottes de terre et obligés de plier ce qui leur sert de bagage et rentrer à la maison dès l'annonce des pluies? Non ! Je ne pense pas qu'il suffit de diaboliser les Bamiléké (qui ne sont pas l'Etat) pour résoudre ce problème de disparité dans la répartition du fruit de la production nationale.
Pour finir, je me demande comment le « philosophe » a réussi l’exploit de minoriser une question d'une haute importance soulevée par cette lettre ouverte.

La question du génocide Bamiléké aujourd’hui reconnu par tous les historiens sérieux qui se sont donnés la peine de chercher.   Max Bardet, pour ne citer que celui-là, l'un des officiers du corps expéditionnaire français, acteur, témoin oculaire et auriculaire de cette barbarie fait cette déclaration dans OK Cargo, paru en 1988 : " En deux ans, de 1962 à 1964, l'armée régulière a complètement ravagé le pays BAMILÉKÉ. Ils ont massacré de 300 000 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques, les BAMILEKE n'avaient aucune chance(.) Les villages avaient été rasés, un peu comme Atilla ".

Lorsqu’on sait que l’ONU a clairement défini le génocide comme « l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales » et que des voies de réparation, tout au moins symboliques, s’offrent aux Etats et aux peuples à travers les instruments onusiens, l'on se demande pourquoi l'Etat du Cameroun n'a jamais fait la démarche d'enquête et de demande de réparation au nom de la mémoire des disparus, au nom du peuple camerounais et au nom de l'humanité?

Si dans une certaine mesure l’on peut comprendre que ce génocide ayant directement servi la consolidation du pouvoir d’Ahidjo sous la 1ère République, ce dernier n’avait pas intérêt à ébruiter l'affaire, comment expliquer qu’en trente ans de règne, au siècle des droits de l’homme, monsieur Biya n'ait jamais jugé opportun d’en faire cas. Monsieur le « philosophe » ! Vous êtes mal dans votre peau parce que, suivant naturellement les lumières des villes qu’offraient Douala et Yaoundé aux lendemains des indépendances, nous sommes devenus vos voisins ? Nous sommes mal dans notre peau parce que ces morts hantent toujours nos sommeils, la reconnaissance et deuil n'ayant jamais été faits.

Lorsqu’on sait que sous la pression des États et/ou des peuples, les génocides arméniens, juifs, kurdes, Tutsi, Bosniaque, etc. sont aujourd’hui reconnus comme tels par la communauté internationale, on est en droit de s’inquiéter. Pour ce qui est du génocide bosniaque notamment, les conclusions des enquêtes ont retenus qu'il ya eu entre 6500 et 8000 morts. Comment comprendre que le génocide bamiléké qui s'évalue à plus de 400 000 morts ne soit pas un problème historique de la République du Cameroun et donc digne d’un plaidoyer de l’Etat pour une reconnaissance?

Devrait-on déduire, face à ce silence coupable du gouvernement Biya  que les bamiléké sont passés du statut d’ « une minorité ethnique qui représente un caillou bien gênant dans la chaussure de la France " (d’après Jean Lamberton, dans son essai intitulé " Les BAMILEKE dans le Cameroun d'aujourd'hui " publié en 1963) à une majorité démographique envahissante dans l’espace réservé des « autres » ? et ceci dans une république dont les textes disent que tout citoyen est libre d’aller et venir, de se regrouper, de s’exprimer, d’être électeur et éligible partout où il établit domicile ? Hier c’était la france, aujourd’hui nos propres frères de sang et de couleur ?!

Cette démographie bamiléké qui semble donner des sueurs froides à des politicards qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez n’est-elle pas un faux problème à l’ère des grands frottements intertribaux qui engendrent des enfants culturellement et tribalement métisses qui ne se reconnaissent déjà plus dans ces clivages balkanisants?

Je pense que l’avenir appartient aux métisses. Et Dieu merci car le peuple d’en bas en fait, des métisses, et même beaucoup lorsque les politicards et intellectuels véreux leurs lâchent un peu les basquettes avec leurs thèses aux visées inavouables dans lesquels le peuple n’entre en scène que comme instrument de manipulation.

Pourquoi ne pas ouvrir un peu les yeux et l’esprit pour remarquer qu’aux Etats-Unis d’Amérique par exemple, Barack Hussein OBAMA ne serait jamais devenu Président de cette grande nation, car issu d'une minorité raciale. Fort heureusement ce peuple a appris à reconnaitre et juger ses semblables non pas d'après la couleur de leur peau, ni leur origine ancestrale, mais d'après leur citoyenneté et leur mérite. Si les sud africains de race blanche minoritaires s’engluaient dans une phobie raciale des noirs par défaitisme et par peur animale de la dictature par le nombre des citoyens noirs de ce pays, l’on n’aurait jamais tourné le dos à l’apartheid et les blancs se résigneraient au lendemain de l’apartheid à taire leurs ambitions politiques. Or il n'en n'est rien.   En Afrique du Sud, comme aux USA, les citoyens d’origine indienne, africaine, européenne, afrikaners, etc. croient en leur nations, en leurs valeurs communes, en les piliers sur lesquels ils ont historiquement fondé leur « VIVRE ENSEMBLE ». Les droits et devoirs s'imposant à tous, sous l'œil transcendant et vigilant de la LOI JUSTE et INDÉPENDAMMENT DES ORIGINES DES UNS ET DES AUTRES. Et il est politiquement suicidaire pour une personnalité ou une organisation d’y prôner la division à connotation raciale ou ethnique pour se frayer un aura politique.

Pour finir, je nous exhorte à suivre le conseil de la grande Royale, mettons-nous à l’école de ces Etats là, pour leur dérober le secret de leur puissance, et apprendre ainsi à bâtir des État-Nations forts. Entretenons donc le rêve de donner demain, nous aussi, des leçons aux vieilles nations, du haut de notre ACCOMPLISSEMENT COLLECTIF en tant que NATION. Cela a un prix, l'élévation au dessus du hic et du Nunc. Sortons de la caverne bon sang !

© Correspondance : Alice SADIO, Une Citoyenne, tout court
 
8
MINIMAN(Atlanta) UNITED STATES

1

@ mme alice sadio.

une tres bonne reponse qui vous rehausse a la classe des philosophes.

mais voila! la philosophie du biyaisme (ou encore renouveau) est une veritable sophisme dans lequel le syllogisme est bani. et on sait bien que les sophistes grec ne resolvait leur differends que par l'epee dans l'arene de gladiateur. ainsi donc s'en suit la deraison de regime biya.

si la destruction du cameroun par les apprentis gestionaires du pays se sous acclammation des "cheerleaders"(majorettes) affamees tels hubert mono dzana dont le sophisme n'est plus a demontrer

ils detruisent le cameroon comme s'ils allaient allez vivre ailleur! mais en 1963, le cameroun comptait 4 millions d'hommes, aujourd'hui, plus de 20 millions. ainsi la donne change car le service public ne peu employer tous le monde. l'implosion national n'est plus qu'une question de temps. comme en grece, les sophistes se sont eteint car leur idees ne reposaient point sur une fond

Mardi 28 Février 2012 11:30:05
MVOG-ADA(Kortenberg) BELGIUM

2

"le tribbalisme est un danger réel permanent"
écrivait ruben um nyobe,il y a 55 ans de cela et il continue à l'être ;comme le dit si bien alice sadio nul n'ose aborder cette question publiquement non seulement par pudeur mais en
outre et peut-être surtout par peur d'ouvrir la boite de pandorr;.c'est un sujet délicat,
une question sensible,c'est un mal qui répand la haine;mal omniprésent dans le mental des camerounais,le conscient le subsconscient et l'inconscient; aucune ethnie n'en est épargnée
tous en sont atteints;c'est un mal qui à mon avis,il faut appeler par son nom pour pouvoir l'exorciser;et comment?je n'ai pas de réponse à ce sujet, mais je crois par l'instruction civique, certes,mais en outre par un dialogue sincère,tenant compte des intérêts des uns et des autres on pourrait déjà faire un pas


Mardi 28 Février 2012 12:42:14
FILS DU PAYS(Brunswick) GERMANY

3

cette reflection doit etre prise au sérieux. d´ici peu, ceux qui prétendre déjà avoir gagner verons s´ils ont eu raison et ceux qui prétendent avoir déja perdu verons s´ils ont vraiment perdu. il faut dorévant se poser la question de savoir si le cameroun restera dans sa forme et son état actuel.

Mardi 28 Février 2012 12:53:11
LERAT DEPARIS(Yaoundé) CAMEROON

4

vraiment, ces gens lá pensent le cameroon est leur bien unique? matin: le pros b a m s, midi: le pros b a m s, le soir: le pros b a m s, la nuit:le pros b a m s. svp laisser nous respirer

Mardi 28 Février 2012 15:21:48
MONGO BETI(San Jose) UNITED STATES

5

très belle sortie alice sadio!

mvog-ada, je suis du même avis que toi, quand tu dis ceci:

"je crois par l'instruction civique, certes,mais en outre par un dialogue sincère,tenant compte des intérêts des uns et des autres on pourrait déjà faire un pas"

j´ajouterais même de l´eau à ton moulin, en disant que, les parents que nous sommes, avons un très grand rôle à jouer. inculquons à nos enfants à la base, que le triba-lisme n´a pas sa place dans notre société. il n´est pas rare de suivre sortir de la bouche d´un bambin de 3 ans par exemple que telle tribu est comme ça, l´autre est comme cela. qu´il faudrait que telle tribu n´accède pas à cela etc... À mon avis, ils répètent et appliquent tout simplement ce que les parents font et disent!




Mardi 28 Février 2012 19:12:23
STEVE-BIKO(Randburg) SOUTH AFRICA

6

tres bel article .

moi j'aime bien quand on parle d'un sujet qui derange - et le trhibalime en est un gros .

il faut multiplier ce genre d'article sur ce site

et je dirais apres l'article de monsieur essomba celui ci est un autre chef d'oeuvre -

merci mme pour votre enorme contribution .

Mardi 28 Février 2012 20:17:01
JEAN_LEMASSON(Douala) CAMEROON

7

alice sadio, tu t'adresses même a qui?

je connais ce maurice djiongo depuis très longtemps.

c'est un professeur des lycées d'enseignement technique (option electrotechnique) basé à douala.

il a passé de longues années à distraire les enfants à l'école parce qu'il ne comprend rien à sa propre spécialité. il a grillé plein de machines dans tous les ateliers où il est passé et ses élèves (dont je ne suis pas un - heureusement) savent de quoi je parle. il est inspecteur pédagogique depuis quelques années, pour le bien des enfants dont il ne s'occupe plus directement. a un moment donné il a voulu apprendre l'informatique mais encore une fois il n'a pas pu s'en sortir. c'est seulement depuis moins d'un an qu'il s'est autoproclamé philosophe.

côté engagement politique il est militant du parti au pouvoir depuis pratiquement sa création mais n'a jamais bénéficié d'une quelconque faveur venant de ce parti. tu comprends pourquoi il s'em

Mercredi 29 Février 2012 13:52:33
JEAN_LEMASSON(Douala) CAMEROON

8

tu comprends pourquoi il s'embrouille dans ces élucubrations!!!

Mercredi 29 Février 2012 13:55:19
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