Le président camerounais est l’un des rares chefs d’Etat au monde, sinon le seul, qui n’a que peu de considération pour son propre pays et pour son continent. Voici pourquoi.Le 10 février 2011, c’est depuis l’un des hôtels les plus chers du monde (l’hôtel Intercontinental) de l’une des villes les plus chères d’Europe (Genève) que Paul Biya s’adressait à la jeunesse de son pays. Cette jeunesse durement frappée par le chômage et la pauvreté. Un exemple révoltant de mépris pour un chef d’Etat n’a jamais caché sa préférence aux coûteuses vacances européennes alors qu’il ne s’est pas rendu dans plus de 10 villes de son propre pays depuis qu’il est pouvoir. Il ne s’agit pas que de cela. Paul Biya n’a que très peu de considération pour le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) qu’il a créé en 1985 et au-dessus duquel il trône depuis la création. Ce parti est pour lui un simple appareil de victoire à tel point qu’il ne s’est jamais habillé en tenue du parti alors que tous ces collaborateurs et même son épouse le font. D’ailleurs, la tenue de ce parti est marquée de son image comme pour rappeler que c’est son instrument personnel. D’ailleurs, dans le parti, on le considère comme le « candidat naturel » à toutes les élections. Y compris celle de 2018 à laquelle un de ses ministres a annoncé qu’il pouvait participer puisque la constitution l’y autorise. D’ailleurs, en 2004, quand une rumeur l’avait donné pour mort, il avait nargué ses détracteurs en leur donnant rendez-vous dans une vingtaine d’années. En 2018, date de la prochaine présidentielle, il aura 85 ans. Il pourra donc être candidat puisqu’Abdoulaye Wade et Robert Mugabe sont toujours aux affaires.
Collaborateurs
Ses collaborateurs ? Ce ne sont aussi que de simples instruments pour lui. Il ne connait parfois pas les noms de certains ministres. Tant il en a usé plus d’une centaine depuis qu’il est au pouvoir. Entre ses vacances dans son village natal et la Suisse, il n’a pas toujours le temps de présider les conseils des ministres. Ces collaborateurs sont donc des instruments qu’il use et abuse selon ses humeurs. Il lui arrive de nommer un ministre et de le limoger après 6 mois. Aujourd’hui, il peut féliciter un ministre et le limoger le lendemain. Un directeur général d’entreprise peut être au cœur d’un scandale ou produire un piètre bilan et être promu dans le gouvernement. Parfois, il laisse des ministres « galérer au quartier» pendant des années avant de les rappeler à la « mangeoire » après des années. Ces ministres et certains n’hésitent pas à avouer publiquement qu’ils sont ses « créatures » ou même ses « esclaves ». A ceux qui essaient de s’imposer ou d’envisager sa succession, il n’hésite pas à les tuer politiquement. Cas rare, sinon unique dans le monde pour un chef d’Etat, il a fait incarcérer plus d’une dizaine de ses anciens collaborateurs. Le message est donc clair : il restera au pouvoir jusqu’à la mort et, si la France (dont il a une peur bleue) venait à l’obliger à quitter le pouvoir, il choisira son successeur selon ses volontés. Il est en train d’éliminer tous ceux qui ont une ambition ou une envergure de présidentiable. De telle sorte qu’il ne reste plus que ses « esclaves » qui ne tenteront jamais rien pour prendre le pouvoir de son vivant.
La presse et l’opposition
Paul Biya n’éprouve qu’un mépris royal pour la presse de son pays. C’est pourquoi, il se laisse critiquer sans jamais réagir mais de que les médias français reprennent ces même critiques, ces collaborateurs montent au créneau pour le défendre. Le peu de considération qu’il a pour la presse se traduit dans « l’aide » qu’il apporte à la presse de son pays. En 2011 par exemple, cette « aide » et non « subvention » se chiffrait à 135 millions de francs CFA. Ce qui représente alors moins du quart de ce que le pays dépense par an en termes de publicité auprès du magazine panafricain « Jeune Afrique » par exemple. Ce journal avait créé la polémique en réclamant le paiement de 600 millions de francs CFA de facture publicitaire. Régulièrement, Paul Biya fait payer des publicités en centaines de millions de francs CFA dans des journaux français. Et, ce n’est rien comparé aux milliards de francs CFA dépensé auprès des communicants français parmi lesquels Patricia Balme dont, l’un des atouts est surtout d’être proche des milieux de la droite au pouvoir en France. Conséquence, la presse de son pays est réduite à vivre de chantage, à vivre aux crochets de ministres qui se servent des journaux soit pour polir leurs images, soit pour éclabousser leurs adversaires politiques. Petit indice de taille, Paul Biya n’a jamais organisé de conférence de presse ni accordé une interview à la presse privée de son pays depuis qu’il est au pouvoir.
Vis-à-vis de l’opposition, le mépris du vieux président est pareil. En février 2008, alors que les jeunes manifestaient dans la rue contre la cherté de la vie et contre sn projet de révision constitutionnel lui permettant de supprimer la limitation des mandats dans la constitution, il ne fit rient de mieux que d’accuser ses opposants d’avoir « manipulé les jeunes », les qualifiant au passage « d’apprentis sorciers ». L’opposition n’a pas de statut et, est contrainte à mendier les quelques millions de francs CFA que l’Etat leur verse à l’occasion des élections. Cas pratique : lors de la dernière élection présidentielle, 30 millions de francs CFA ont été alloués à chacun des candidats. Ceux-ci ont reçu une première tranche à quelques jours de l’élection et, ils ont reçu l’autre tranche après l’élection. Le message étant à peu près celui-ci : pour avoir les autres 15 millions, il faudra se tenir tranquille et ne pas contester sa victoire. La conséquence étant que, des dizaines de candidats accourent pour avoir de l’argent qui servira à construire une maison et s’acheter une voiture car, certains candidats à la fonction suprême marchent à pieds. Il est utile de rappeler qu’un parti politique a été au centre d’une controverse parce que le candidat de ce parti était soupçonné de mauvaise gestion de l’argent de la campagne électorale. Pourtant, l’argent est ce qui manque le moins. Les caisses de l’Etat étant presque une propriété de Paul Biya. Un câble diplomatique américain relayé par wikileaks révélait que, selon les Américains, Paul Biya gère l’argent du Cameroun comme sa petite caisse personnelle. Faisant référence à ses dispendieuses vacances à la Baule en France, l’on a appris que le président payait les frais de son séjour…..en liquide ! Pendant la campagne électorale, alors qu’il s’envolait pour l’Extrême-Nord du pays, des candidats de l’opposition ont attendus des heures à l’aéroport. Le temps que son avion décolle. II n’a jamais présenté ses excuses. D’ailleurs, il ne l’a jamais fait pour quoique ce soit.
L’armée et ses pairs
Même si l’armée est l’une des rares choses qu’il essaie de respecter, Paul Biya a pris soin de créer une armée dans l’armé : le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR). La formation de cette unité d’élite a été confiée à …un israélien. C’est désormais dans cette unité qu’il recrute une partie de sa garde présidentielle. C’est aussi cette unité qui réprime, dans le sang au besoin, les manifestations menaçant son régime comme en février 2008. Mieux payée et mieux équipée, cette unité est capable de mater facilement toute tentative de coup d’Etat qui serait organisée par l’armée traditionnelle. Alors, le vieux président peut se permettre de passer plus d’un mois hors de son pays sachant qu’il est à l’abri d’un coup d’Etat et d’un soulèvement populaire de la part d’un peuple qui, sait-il, ne résistera jamais assez longtemps dans la rue si l’armée, comme en février 2008, tue une petite centaine de personnes pour servir d’exemple aux autres.
Le mépris de Biya ne s’arrête pas seulement à son pays. Même vis-à-vis de ses pairs africains, il n’a que très peu de respect pour eux. Il n’assiste que rarement à leurs rencontres. Il y a quelques semaines, le président tchadien Idriss Déby s’était personnellement rendu à Yaoundé pour l’inviter Bau sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) qui se tenait à Ndjamena. Biya a répondu en envoyant…son vice-Premier ministre en charge des Relations avec les Assemblées. Lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations, en guise de solidarité aux pays organisateurs, l’on a vu plusieurs chefs d’Etat africains se rendre en Guinée lors du match d’ouverture et et/ou au Gabon lors de la finale de la compétition. A la finale, Paul Biya s’est à nouveau fait représenté par son vice-Premier ministre. Ses vacances en Suisse étant beaucoup trop importantes. Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, lui avait lancé un « monsieur qui ne vient jamais chez les autres » en arrivant à l’aéroport de Yaoundé il y a deux ans. Tout un message. Signe du peu d’intérêt qu’il a pour les rencontres africaines, il n’a pas hésité à abandonner ses pairs au sommet de l’Union Africaine à Malabo en 2011 pour venir rencontrer un émissaire de Nicolas Sarkozy à Yaoundé. Avant la fin du sommet, alors que les débats se déroulaient et qu’il n’avait pas encore quitté Malabo, les forces de sécurité de Biya avaient déjà barré les routes à Yaoundé. Imposant aux populations les marches à pieds qui sont le lot des populations chaque fois que Biya sort de son palais ou que l’un des ses hôtes arrive dans le pays.
Voici donc le vrai visage de Paul Biya, 79 ans, qui est au pouvoir depuis trois décennies. Qu’adviendrait-il d’un tel personnage si, par hasard, il venait à être renversé ? Quel pays africain accepterait de l’accueillir ? Quel traitement lui réserverait son peuple et l’Histoire ? Paul Biya n’en a visiblement cure ! Conscient peut-être que rien ne pourra être tenté contre lui. « Toutes vos tentatives sont vouées à l’échec » avait-il annoncé en 2008. Réaffirmant son mépris contre tous. Et, narguant ceux qui pensaient ou pensent qu’il quittera le pouvoir vivant ou par la force.
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