CAMEROUN::ECONOMIE
Cameroun: L’Etat, le libéralisme et le consommateur
Dans l’édition de Cameroon Tribune de mercredi dernier, le communiqué de presse signé du ministre en charge de l’Eau et de l’Energie avait l’air d’un oukase : «L’opérateur Aes Sonel a procédé de manière unilatérale, à partir du mois d’avril 2010, à l’augmentation des tarifs d’électricité des usagers Mt et Bt au mépris des instructions gouvernementales et des dispositions des contrats de concession qui le lient à l’Etat du Cameroun. En ma qualité de ministre chargé de l’énergie, je porte à la connaissance des usagers du service public de l’électricité que j’ai demandé à cet opérateur de procéder à l’annulation de cette augmentation. En conséquence, la grille applicable reste celle en vigueur avant ladite augmentation.»
Devant une instruction aussi comminatoire, on voit mal Aes Sonel refuser d’obtempérer. Les prix des facturations seront donc maintenues à leur état d’avant avril 2010. Mais difficile d’imaginer que cela va régler le malaise déjà perceptible dans la gestion de ce dossier entre le gouvernement et son partenaire américain, une dizaine d’année après la privatisation de la Sonel. Point n’est besoin, à la vérité, de faire un bilan des privatisations de ce qui apparaissait à l’époque comme des secteurs de souveraineté (eau, électricité, télécommunications, transport) mais que les institutions de Bretton Woods (le Fmi et la Banque mondiale) avaient pressé le gouvernement camerounais de libéraliser pour contourner la mauvaise gestion chronique des Camerounais et éviter définitivement que ces entreprises perpétuent la tradition de gouffre à sous du budget de l’Etat, malgré la signature à la pelle des contrats de performance.
Pour le cas du service public de l’électricité aujourd’hui comme celui de l’eau pour lequel les Camerounais n’ont plus assez de larmes pour pleurer, les crises sont régulières qui opposent les entreprises privatisées aux consommateurs d’une part, et au gouvernement d’autre part, dans le cadre de la gestion et de l’application des contrats de concession, pour la plupart signés dans des conditions de transparence peu établies, et ayant souvent mis en avant plus les intérêts de quelques individus que ceux de l’ensemble des Camerounais.
La énième crise entre Aes Sonel et ses partenaires du gouvernement met à nu les limites et suggère des pistes de réflexion autour du libéralisme «régulé» à la camerounaise. Il se pose en effet le problème du partage transparent des rôles entre l’Etat et le secteur privé (ou privatisé) dans la satisfaction des besoins des populations. Parce qu’il s’agit certes de besoins sociaux, mais qui ont une incidence économique directe, l’électricité étant d’abord entendue comme l’énergie avec, en arrière plan, toute la stratégie autour des industries.
Le Cameroun a voulu expérimenter un libéralisme «régulé», à visage humain, social et politique, en concédant des secteurs à des opérateurs privés mais en gardant le contrôle soit directement à travers le gouvernement, soit indirectement à travers des agences de régulation. Or, ce que nous vivons entre Aes Sonel et le ministre en charge de l’Energie traduit les limites de ce modèle de régulation dans la mesure où cela a été fait avec un opérateur monopolistique dans un service public, qui a plus à cœur la recherche du profit que la satisfaction des besoins sociaux, et qui ne manque pas de se plaindre de ce que l’Etat n’a pas toujours respecté ses engagements prévus dans le contrat de concession.
L’Etat, doit-on le rappeler, est le garant de la politique sociale et économique du pays. Il prend aussi l’engagement, à travers un discours récurrent du président de la République, d’être proche des préoccupations de ces concitoyens dont les moindres, en ce 21e siècle, sont l’accès à l’eau potable et à l’électricité. On ne peut pas dire que ce minimum soit assuré ; Et le calvaire quotidien des Camerounais ne peut se résoudre par de simples communiqués d’un chef de département ministériel.
Voilà pourquoi, quelle que soit l’issue de ce qui apparaît en ce moment tantôt comme un bras de fer, tantôt comme un malentendu ou encore une mauvaise interprétation des clauses du contrat de concession, il est urgent de mener une réflexion sur ce modèle qui a de toute évidence montré ses limites, et qui mérite d’être redéployé et modifié. Au moins pour l’intérêt ultime du consommateur-citoyen-électeur qu’on aura besoin de choyer avant des échéances électorales présentées comme indécises, ne serait-ce que parce qu’elles constitueront un baptême du feu pour Elecam, le nouvel organe en charge de la conduite du processus électoral. Qui a intérêt à prendre des risques ?
© Mutations : Alain B. Batongué
Paru le Vendredi 11-06-2010 09:40:39 Lu : 834 fois
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COMONAS
SUISSE
Que faire avec un gouvernement braqueur comme celui d'étoudi ????
Vendredi 11-06-2010 11:11:48
CAMER100%
BELGIQUE
Ce gouvernement n'a aucune crédibilité.
Même si par hasard c'était vrai qu'ils cherchent une solution face à cette dictature de AES personne ne peut le croire.
Ils ont d'ailleurs et à maintes reprises prouvé que les conditions de vie des camers étaient le dernier de leur soucis. Biya est personnellement responsable de cette tragédie car c'est lui qui se vantait d'être un bon élève de ces institutions qui n'ont d'autres objectifs que la sauvegarde de leurs intérêts.
Et c'est lui encore qui malgré
- que l'Etat détienne 653 milliards de FCFA auprès du système bancaire national au 31/12/09
- des avoirs extérieurs en devises de 1 487 milliards
- des possibilités de financement immédiates de de 916 milliards FCFA auprès de la BEAC
(http://www.camer.be/index1.php?art=6192&rub=12:1)
a néanmoins décidé le 2/7/09 de demander un financement de 67 milliards de FCFA auprès du FMI et de s'engager ainsi dans un nouveau programme triennal et on viendra encore crier ô FMI
aaahhh notre avenir!!
Vendredi 11-06-2010 11:50:05
EPERVIER
CANADA
Alain Blaise Batongué
«Point n’est besoin, à la vérité, de faire un bilan des privatisations de ce qui apparaissait à l’époque comme des secteurs de souveraineté (eau, électricité, télécommunications, transport) mais que les institutions de Bretton Woods (le Fmi et la Banque mondiale) avaient pressé le gouvernement camerounais de libéraliser pour contourner la mauvaise gestion chronique des Camerounais et éviter définitivement que ces entreprises perpétuent la tradition de gouffre à sous du budget de l’Etat, malgré la signature à la pelle des contrats de performance.»
NON Mr Batongué
Vous devez dire:
Pour contourner la mauvaise gestion chronique des néocolons de la françafrique.
Pas la mauvaise gestion des Camerounais.
Vendredi 11-06-2010 13:21:14
EPERVIER
CANADA
Alain Blaise Batongué:
La énième crise entre Aes Sonel et ses partenaires du gouvernement met à nu les limites et suggère des pistes de réflexion autour du libéralisme «régulé» à la camerounaise.
Il se pose en effet le problème du partage transparent des rôles entre l’Etat et le secteur privé (ou privatisé) dans la satisfaction des besoins des populations. Parce qu’il s’agit certes de besoins sociaux, mais qui ont une incidence économique directe,...
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Moi:
Pas seulement parce que c'est l'électricité Mr Batongué!
Lorsque l'État décrète du prix du riz ou du savon alors qu'il ne subventionne pas les acteurs économiques du secteur, il se transforme en éléphant dans une boutique de porcelaine.
Je suis curieux Mr Batongué de savoir si vous avez écrit quelque chose pour dénoncer la «régulation» de cet État néocolon lorsqu'il s'est agi du secteur privé Camerounais, ou alors vous ne vous offusquez que lorsqu'il s'agit d'intérêts colonialistes.
Vendredi 11-06-2010 13:58:18
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