Cameroun: Bernard Ouandji décortique l’avenir de Paul Biya :: CAMEROON

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Dans une interview donnée au journal « SANS DETOUR », l’expert financier avec ses sources, projette déjà le devenir du Chef de l’Etat Paul Biya en détaillant de potentiels manœuvres du RDPC pour sortir de l’actuelle crise sociale et politique au Cameroun.

Sans fioritures, il explique les dessous des relations diplomatiques sulfureuses entre le Cameroun et les Etats-Unis d’Amérique, s’appuyant sur des arguments historiques et juridiques, avant de scruter les écueils possibles que le chef de l’Etat devra franchir avant de convoquer le corps électoral, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.

L’Ambassadeur des Etats-Unis en poste au Cameroun a provoqué un tollé général par le biais de sa déclaration du 17 mai dernier au sortir d’une audience avec le président de la République du Cameroun. Quand même les usages diplomatiques interdisent de balancer des choses comme ça à la face du public et du président en poste, votre avis ?

C’est le président Woodrow Wilson qui avait recommandé en 1919 lors de la Conférence de Versailles, de mettre fin à la diplomatie secrète des coulisses entre plénipotentiaires avec nœud papillon, parce que les franco-britanniques avaient conclu en mai 1916 un accord secret pour casser du sucre sur le dos des Etats-Unis en se partageant les possessions allemandes et ottomanes y compris justement le Cameroun ; or ce partage du butin fut conclu pendant que la guerre faisait rage ; ensuite ces deux larrons firent appel aux Etats-Unis pour obtenir la victoire. Depuis lors la diplomatie américaine est plus ouverte et à l’ère des nouvelles technologies elle fait recours aux tweets ….

M. Bernard Ouandji vous avez l’habitude de soutenir mordicus votre camarade d’Université Donald Trump, contre vents et marrées en dépit de ses méthodes peu conventionnelles ….. Vous ne savez pas mais c’est toute la démarche politique de Donald Trump qui est peu conventionnelle. Vous avez entendu dire pendant la campagne électorale présidentielle en 2016 que Trump était le candidat anti-establishment ?

Je vais vous expliquer pourquoi. Donald Trump fascinait mes camarades de classe de l’Université de Pennsylvanie et nous l’avons rencontré la première fois durant l’hiver 1976 ; c’était une initiative de Rosenblaum, un juif qui était prof de Risk & Insurance. Donald Trump nous a dévoilé son ambition de devenir un jour président des Etats-Unis. Restés entre nous les étudiants analysaient que ça lui sera très difficile parce que Trump n’est pas WASP ; en effet la quasi-totalité des présidents américains sont de souche issue de l’une des îles britanniques, donc blancs, anglo-saxon et mieux encore protestants ; même John Kennedy avait eu beaucoup de peine à se faire élire car les Kennedy sont des catholiques ; la conclusion de cette analyse fut que Trump étant plutôt germanique et suédoise ou hollandaise, aura du mal à obtenir l’investiture en tout ça prendra du longtemps, le temps que les mentalités changent aux Etats-Unis. Justement l’élection de son prédécesseur, un noir, a brisé le signe indien et Trump s’est engouffré dans le canal de la victoire, au bout de quarante ans de labeur et patience. En un mot Donald est un candidat anti-conventionnel et son style aussi. Comme une réaction à la déclaration de l’Ambassadeur des Etats-Unis, des appels fusent de partout dans le pays pour susciter la candidature de Paul Biya en octobre 2018 ; ce fut le cas le 16 juin à Edéa en Sanaga Maritime, un fief de l'Upc, formation politique nationaliste dont vous êtes un dirigeant.

Peut-on lire que le sentiment national a prévalu pour répondre NON à l'ingérence de l'Ambassadeur des Etats-Unis ?

Le plus étonnant est que plus Paul Biya avance dans le temps plus il se retrouve face à des contradictions. Il fut longtemps le meilleur élève de François Mitterrand, un politicien français qui surmonta de multiples contradictions. J’ai bon espoir que Paul Biya va surmonter le malaise diplomatique en cours avec les Etats-Unis. Ce malaise est une contradiction car le gouvernement américain se positionne et agit comme le meilleur partenaire du Cameroun. Donald Trump durant sa campagne avait affirmé que sous sa future présidence, les Etats-Unis feront plus pour l'Afrique que son prédécesseur. Le partenariat USA-Cameroun va se renforcer. Les politologues camerounais observent que quand les Etats-Unis interviennent dans un pays il s’ensuit le chaos les exemples sont légion dont Irak, Afghanistan, Syrie etc L’armée américaine n’est pas seule dans les pays que vous citez là. Ceci dit il faut aussi observer que suite à l'élection de Donald Trump et après son discours à la tribune de l’Onu le 22 septembre 2017, l'on a droit à l'alternance sans tirer un coup de feu dans plusieurs pays africains à pouvoir autocratique dont la Gambie, l'Angola, le Zimbabwe, l'Afrique du Sud. Rappelons que dans ce discours Donald Trump avait relevé que l’Afrique centrale est la seule sous-région du monde où l’on trouve quatre pays consécutifs ou contigus où le peuple ne jouit pas de la démocratie, où les dirigeant modifient la constitution pour s’éterniser au pouvoir, où le gouvernement coupe Internet à une localité dissidente . .. chacun s’est reconnu le jour là.

L’Ambassadeur des Etats-Unis a accusé le gouvernement de tous les maux y compris les tueries, massacres de populations civiles, est-ce qu’il a le droit de dire des choses pareilles ?

Maintenant que les amis américains se mêlent de la sécurité des civils au Cameroun c’est mieux pour moi. Et mieux pour le tout Cameroun afin d’évoluer vers un Etat de droit. La déclaration de l’Ambassadeur contient le passage où il fustige les assassinats ciblés ; en effet une nuit en 2009 à mon domicile j’ai été visé dans un attentat sanglant commandité par le Rdpc ; au final les agresseurs m’ont laissé pour mort cependant grâce à ma résilience j’ai pu me relever et conduire jusqu’à l’hôpital central où Docteur Bouba m’a opéré jusqu’à quatre du matin ; depuis je suis un déplacé interne et je vis à l’hôtel pour ma sécurité. C’était une agression supplémentaire contre moi car j’ai travaillé à la SNI et livré de très bons résultats mais j’ai pris le départ volontaire de la SNI le 1er octobre 1992 après avoir subi une suspension de salaires de plusieurs mois au motif que j’avais refusé de faire la campagne électorale du Rdpc aux élections législatives du 1er mars 1992. Auparavant le gouvernement du Rdpc avait fermé Cellucam et payé les droits de tous les employés sauf moi, une somme de quinze millions de francs en 1986 ; j’ai réclamé au tribunal et à la SNI mais en vain. Jusqu’aujourd’hui la SNI m’est redevable de quarante de millions de francs depuis 1992 ; ajoutons à cela le hijacking au volant de ma voiture perpétré par un Inspecteur de Police originaire de la Lékié dans la nuit du 18 décembre 1991 et les tentatives d’empoisonnement, c’est depuis très longtemps que je suis la victime désignée du système Rdpc. Compris vous êtes frappé d’ostracisme. Revenons à l’accusation d’ingérence. L’Ambassadeur est accusé d’ingérence au sens de la convention de Vienne de 1961 parce qu’il a fait une déclaration sur la candidature de M. Paul Biya. L’article 41 de la convention de Vienne commence par un alinéa qui énumère les privilèges qui sont octroyés au diplomate à savoir l’inviolabilité des locaux et de son domicile, même son véhicule et la sécurité accrue … et termine par un alinéa qui fait injonction au personnel diplomatique de ne pas faire ingérence dans les affaires intérieures du pays hôte. Cependant il faut lire tout le texte car dès l’article 3 la même convention stipule que le diplomate a le droit de « suivre les événements dans le pays de mission et en faire un compte-rendu à son siège » ; alors où est l’ingérence ? Des grands juristes et politologues camerounais ont accusé l’Ambassadeur américain de ne pas respecter les usages diplomatiques … Soit ; cependant j’ai une modeste expérience de quatorze années de vie diplomatique, de par mes fonctions à l’Onu j’ai eu un statut diplomatique hors du Cameroun. C’est là que j’ai appris qu’il y a une différence entre la diplomatie bilatérale et la diplomatie multilatérale. Le multilatéral c’est l’Onu, le Fmi, la Banque mondiale, l’Union africaine …. Chacune de ces institutions est un organisme inter-gouvernemental ; ce qui met le fonctionnaire international dans la délicate position de ne pas critiquer ouvertement un gouvernement qui siège au Conseil d’Administration qui le nomme ; donc en diplomatie multilatérale le droit de réserve est absolu ; quand nous étions en Angola lorsqu’on découvre un fait répréhensible du gouvernement, nous on transmettait les preuves à un ambassadeur qui à son tour va attaquer frontalement le gouvernement, seul ou accompagné de ses pairs. Un autre exemple le Fmi ne peut pas écrire que la pratique des paiements au ministère des finances est dévoyée et que des ministres camerounais détiennent des comptes bancaires à l’étranger bien garnis grâce à la corruption ; en revanche un ambassadeur peut le déclarer et livrer la liste des pilleurs. Pour bien comprendre on diplomatie multilatérale on la boucle et en diplomatie bilatérale un ambassadeur peut tout dire ……… Oui, pour aller vite ; de plus dans certaines situations les pays bilatéraux épargnent leur ambassadeur et utilisent le canal des ONG internationales ou nationales pour rendre public leur point de vue, exemple Oxfam, Amnesty, International Crisis Group etc. … Enfin, il faut savoir que le terme « ingérence » a été redéfini en 1986 à la faveur d’un arrêt de la cour internationale de Justice, la même juridiction qui a donné raison au Cameroun face au Nigeria dans l’affaire Bakassi. La CIJ avait statué que pour mériter de qualifier comme ingérence, il faut accompagner la déclaration de l’usage de force ou au moins la menace imminente d’user de la force pour faire prévaloir son point de vue. C’était le contenu de l’arrêt Nicaragua contre les Etats-Unis ; en l’occurrence le gouvernement du Nicaragua avait apporté les preuves que l’accusé entretenait financièrement et entrainait militairement des rebelles dans un pays voisin afin d’envahir le Nicaragua. En mai 2018, on est très loin d’être dans le même cas.

M. Bernard Ouandji, Pour être précis il y a le contexte de la future candidature de Paul Biya que désapprouve le gouvernement des Etats-Unis ……. allons au fond de l’affaire, êtes-vous d’accord avec ce que l’Ambassadeur des Etats-unis a déclaré que Biya ne se présentera plus à la candidature?

Au lieu d'en faire une affaire personnelle il faut modéliser la situation. Que révèle la modélisation ? Que l'Ambassadeur n'a pas offert le modèle de Chirac et Hollande pourtant plus proches ce sont deux présidents qui ont décidé de ne plus être candidat. Les médias camerounais ont livré une interprétation étroite de la déclaration de l’Ambassadeur ; or l’Ambassadeur a dit exactement ceci « imitez le modèle de Georges Washington et de Nelson Mandela ». Clairement il s’agit de deux présidents qui ont cédé le pouvoir volontairement au sommet de leur gloire et sont entrés dans l’Histoire de leur vivant. Comment je comprends ce modèle ? je vais vous dire ma compréhension du modèle Washington-Mandela : il s’agit d’un Président prestigieux – Paul Biya l’est- qui cède le pouvoir à son vice-président préparé à l’avance. Pour résumer, l’Ambassadeur des Etats-Unis invite le président Paul Biya à se doter d’un vice-président ; c’est tout. Cette position n’est pas de circonstance, c’est la position américaine depuis une décennie ; sachez que suite à l’élection présidentielle d’octobre 2011, le gouvernement des Etats-Unis avait mis long avant de finalement féliciter Paul Biya pour sa réélection, et en rajoutant ce bout de phrase dans la lettre de félicitations « we expect you to shape a clear path to your succession ». C’est ce que l’Ambassadeur a rappelé en

mai dernier. En effet le simple fait d’avoir un président du Sénat n’est pas clair car comment peut-on en 100 jours maîtriser une élection présidentielle au Cameroun, vu le contexte actuel sous lequel même les législatives le gouvernement déclare ne pas pouvoir les organiser à bonne date. Et comme la constitution du Cameroun ne prévoit pas le poste de vice-président, on fait comment ? Durant sa présidence, Paul Biya a déjà bénéficié de quatre modifications de la constitution, toujours à son avantage ; une cinquième modification passera comme une lettre à la poste. La vraie question est comment choisir ce vice-président ? Le président Alassane Ouattara s’est fait réélire tout seul en 2015 ; deux ans plus tard, il a consenti à créer le poste de vice-président et le pourvoir finalement par décret. Aux Etats-Unis et en Afrique du sud, le vice-président est élu en même temps que le Président, sur un ticket ou une liste. Cette dernière modalité nous semble plus démocratique, parce que le vice-président est connu au terme d’un vote au sein du congrès du parti futur vainqueur des élections. Le vrai handicap de Paul Biya en juin 2018 est de pouvoir tenir le congrès du Rdpc avant la convocation du corps électoral. Rappelons que ce congrès hautement périlleux a été reporté sine die depuis deux ans. On observe également, que tous les partis représentés à l’Assemblée nationale ont tenu leur congrès durant les douze derniers mois, sauf le Rdpc. Donc, tous les organes du Rdpc sont actuellement hors mandat.

 

© Sans Détour : Entretien Mené Par Nestor DJIATOU Et Inter-titré Par Yannick EBOSSE


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