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Cameroun: Vivre ensemble ou détruire ensemble ? Le deuxième assassinat de Ruben Um Nyobè :: CAMEROON
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  • Correspondance : Shanda Tomne
  • dimanche 27 mai 2018 11:07:41
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Cameroun: Vivre ensemble ou détruire ensemble ? Le deuxième assassinat de Ruben Um Nyobè :: CAMEROON

C’est d’abord mon grand frère Sindjoun Pokam qui m’alerte : Petit frère, as-tu appris ce qui se passe à Douala ? Ils sont en train de détruire le monument de Ruben Um Nyobè.

Très vite, je me mets au téléphone. Mais mon épouse, férue de Wasap, ce que je ne partage pas, est déjà au courant, et puis, je suis tout de suite confronté à des images terrifiantes, impensables, inimaginables pour un esprit tant soi peu de santé mentale normale, qu’elle me fait découvrir sur son téléphone.

Ce sont ensuite des appels, des messages depuis des milliers de kilomètres à l’étranger, et provenant de personnalités amies non camerounaises, qui m’interpellent en ce samedi pluvieux sur Yaoundé.

Mais que se passe-t-il dans votre pays ?

Les Camerounais sont-ils devenus fous ?

Attention, c’est maintenant vrai que votre pays va plonger dans une sorte de somalisation.

C’est triste pour le Cameroun, franchement !

Oh non, pourquoi avez-vous fait cela ?

Mais comment osez-vous assassiner Ruben une deuxième fois ?

En réalité, j’ai pour moi, d’appartenir à une espèce de prophète du malheur, surtout prophète des réalités cruelles, qui n’a pas été compris, qui a prêché et prêche dans le vide, que l’on a même souvent pourchasser. Que n’a-t-on pas dit, simplement parce que nous voulions que chaque Camerounais soit partout chez lui sur le territoire de la République, avec les mêmes droits et devoirs ? Des milliers de titres fonciers sont annulés ou sont en cours d’annulation, sur le prétexte de l’étranger qui ne doit pas être établi ici ou là. Et on s’étonnera de l’embrasement à terme, de cette somalisation annoncée.

Voici donc arriver avec une tragédie insoutenable, le moment de passer à la caisse, pour commencer à régler cash, la facture de la bêtise et des grossièretés de la constitution de 1996, laquelle consacre, avec hélas quelle légèreté et quelle myopie

politique et quelle faillite morale, les notions d’autochtones et implicitement d’allogènes. Pour ceux qui, petits esprits, piètres combinards ou politiciens des poubelles infâmes, n’avaient pas compris, n’ont rien compris ou persistent à ne pas comprendre, la constitution de 1996 institue un pays quasiment similaire en tous les points, à l’Afrique du Sud du régime d’apartheid.

Nous y sommes, dans notre poudrière nationale, faussement revigorée avec le slogan « Vivre ensemble », dont la substance malassée, et l’extrapolation des dérives ethno-tribales sur lesquelles il émerge, renvoi logiquement à une espèce de « détruire ensemble ».

Pour s’attaquer à un monument du Mpodol, du père du premier mouvement d’indépendance en Afrique coloniale française, il faut être assuré de se situer dans l’air du temps, dans la politique du temps, dans l’idéologie d’un système qui a réduit les citoyens et citoyennes, en animaux marqués de la croix des tribus et des particularismes ethniques et régionalistes.

Ici, on s’occupe de tout, sauf bien sûr de l’essentiel. Pour ces petits politiciens affamés en quête de proie qu’ils croient trouver facilement en s’attaquant à l’ambassadeur de la première puissance du monde, les voici renvoyés en si peu de temps, à la réalité troublante et amer, qui résulte des craintes ayant motivé le conseil du diplomate.

Il faut maintenant attendre de voir, si ces politiciens du diable à la langue fourchue, peuvent au moins avoir le courage de se dédire. Sont-ils en mesure de dénoncer cette folie, folie du modèle dépose d’un système qui les a faits bouffeurs, rois de la corruption, champions des agapes et des futilités, maîtres des forges de la tricherie des examens et concours, et adeptes des triomphes électoraux sans honneurs ni honte. Ils ont construit une poudrière sous nos pieds. C’est grave, encore plus grave parce qu’ils n’ont aucunement conscience ou feignent de ne pas avoir conscience.

Pauvre Cameroun, berceau de nos ancêtres livrés à des voyous sans âme, qui n’ont finalement que faire des véritables âmes immortelles à l’instar non seulement de Ruben Um Nyobè, mais de bien plus nombreux, de Ndoumbè Duala Manga Bell, de Paul Martin Samba, de Félix Roland Moumié, d’Ernest Ouanjié, de Ndé Tumaza.

Qui gouverne vraiment ? Qui gouverne donc ? Existe-t-il encore une autorité qui vaille la peine d’être citée dans cette qualité et prise au sérieux ? Il me semble

qu’une loi a classé ces martyrs au rang des monuments nationaux, au rang des sources d’inspiration éternelle de notre être collectif, au rang des gardiens de nos intelligences libératrices. D’où vient-il donc, que pareille profanation, que pareille scène de défi et de barbarie, s’étale avec impunité au grand jour ?

On a assassiné le Mpodol en plein jour, en plein écran, devant les caméras de toute la planète. Hier c’était une colonne de la racaille expéditionnaire française avec ses supplétifs qui l’avait assassiné en pleine brousse, maintenant c’est qui donc ?

Et vous continuez de nous appeler des êtres humains ?

Et vous prétendez encore que vous marchez pour des élections, pour l’émergence, pour la dignité, pour la construction ? MALEDICTION TU NOUS TIENS !

Non, il n’y a pas, il n’y a plus de vivre ensemble, il y a mieux, le détruire ensemble.

Si vous ne me croyez pas, et si vous pensez encore que c’est quelqu’un qui s’attaque à votre machin de souveraineté, allez interroger ceux qui viennent de procéder au deuxième assassinat de Ruben Um Nyobè./.

Que les autorités de ce pays, s’ils peuvent encore avoir le sens du sursaut réparateur et conciliateur, baptisent le stade en construction à Japoma, du nom de Ruben Um Nyobè. Ce serait un commencement de sagesse, et surtout la promesse d’une programmation à plus ou moins brève échéance, des funérailles de nos martyrs, ceux qui ont lutté, se sont battus et ont donné leur vie, pour une indépendance à laquelle ils aspiraient légitimement pour notre peuple, et qu’on leur a refusé brutalement au prix d’un génocide dont la véritable histoire reste encore à écrire./.

27mai
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