CAMEROUN :: Crise anglophone : Peur sur la ville de Mbanga :: CAMEROON

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La panique s’est emparée de la petite agglomération de la région du Littoral, assaillie par plus de 200 déplacés du village voisin Ediki, dans le Sud-Ouest. Des familles déplacées à l'hôpital de district de Mbanga.

Les souvenirs de la folle journée de samedi, 14 avril dernier, sont encore frais dans la mémoire de Paul Alain. «Ce jour-là, vers 16h, on a entendu des bruits bizarres venant de la gare ferroviaire de Mbanga. On s’y est approché. Et nous avons été surpris de voir des gens, l’air perdu et le regard vague, qui descendaient des wagons en bavardant. Tous parlaient à la fois. Mais après les avoir écoutés dans ce vacarme, nous avons compris qu’ils venaient d’échapper à la mort». Le jeune homme rencontré à la gare de Mbanga, ce lundi 16 avril, rapporte que ces compatriotes arrivés du Sud- Ouest ont par la suite été conduits à la sous-préfecture. Ils étaient pour la plupart vêtus négligemment, précise-t-il. Certains  vaient des houes, machettes, paniers et des vêtements boueux.

«Parmi eux, il y en a qui disaient qu’ils revenaient des champs et, voyant la panique après avoir entendu des coups de feu, ils n’ont pas pu regagner leur domicile. Ils rapportent qu’ils ont pris la direction de la forêt en fuyant ces coups de feu», poursuit notre interlocuteur. Trois jours après l’arrivée de ces «réfugiés», la ville de Mbanga se remet peu à peu de la panique qui s’était emparée de ses populations. Dans la nouvelle agglomération qui les accueille depuis samedi, ces déplacés, évalués à un peu plus de 200 personnes, sont départagés entre l’hôpital de district de Mbanga et la maison du parti Rdpc, où ils ont débarqués entre vendredi et samedi derniers. Seulement, les informations sur la situation de ces concitoyens semblent être classées «Top secret».

A la maison du parti Rdpc où ils sont logés et nourris, aucune information n’est rendue possible. Le reporter est renvoyé vers la sous-préfecture où le patron des lieux, Armstrong Voh Buikame, refuse catégoriquement de communiquer sur cette situation. Sans doute respecte-t-il les instructions venant de Yaoundé. «Yaoundé va désormais vous donner des informations. Car, ce que j’ai donné jusqu’ici est plus que suffisant», tranche-t-il. Non sans mettre en garde les journalistes qui auraient l’intention de se rendre notamment à la maison du parti pour avoir quelques détails que ce soit sur les circonstances de l’arrivée de ces habitants d’Ediki, village du Sud-Ouest situé à proximité de Mbanga.

Détonations

Et pour ces populations, les faits sont quasiment identiques. «C’était vendredi vers 11h. J’étais au carrefour Ediki avec des amis. On a entendu de fortes détonations, suivies de coups de feu. Tout le monde s’est mis à fuir. On est entré dans la brousse pour se cacher. Puis, nous avons pu rejoindre un bus de transport que nous avons emprunté. A un endroit, il y avait des barricades sur la route. Un passager est sorti pour dégager la route et les «Ambazonniens» ont tiré sur lui. Nous sommes encore entrés en brousse et avons marché jusqu’à l’arrivée du train que nous avons emprunté pour Mbanga», raconte un jeune homme, la vingtaine bien sonnée. Lisette Kende, mère de jumeaux d’à peine trois mois, dit avoir quitté sa maison à la hâte vendredi. Elle a passé la nuit en pleine brousse, avant d’emprunter le train pour Mbanga samedi.

Plusieurs déplacés disent ne pas savoir où se trouvent les autres membres de leur famille. Pourtant, certains reconnaissent avoir été en compagnie de leurs parents ou frères au moment où les coups de feu et détonations ont retenti. La séparation s’est faite pendant la débandade. Personne d’entre eux ne détient un seul document officiel. Ils n’ont ni argent, ni téléphone portable. Reste que ces «réfugiés» apprécient la prise en charge qui leur est faite depuis l’arrivée.

«Ils sont soignés gratuitement. Aucun franc Cfa ne leur est demandé pour les soins qui leur sont administrés », précise le surveillant général de l’hôpital de district de Mbanga. Plusieurs élites et âmes de bonne volonté ont également fait des dons en aliments et en nécessaire pour l’hygiène corporelle. L’on dénombre au total 216 déplacés qui ont foulé le sol de Mbanga depuis vendredi dernier. Jusqu’à hier (lundi), à 15h, 32 personnes avaient déjà quitté leur site d’hébergement. Quant à l’aspect sanitaire, 36 ont bénéficié des soins de l’hôpital de district de Mbanga pour des cas de fatigue et de paludisme. Sur trois enfants internés, deux souffrent de paludisme grave et d’anémie modérée. Deux femmes enceintes ont également été consultées, explique le Dr Hervé Eyoum.

Mesures sécuritaires

Toutefois, depuis samedi dernier, certains habitants de Mbanga ont perdu le sommeil, au regard de la proximité qui existe entre Mbanga et le Sud-Ouest. Dans un communiqué rendu public samedi par le sous-préfet, l’autorité administrative précise que ces «populations de la région du Sud-Ouest voisine, principalement du village Ediki, à l’entrée de Kumba (… ) sont parties hier soir (vendredi) de leur village, certains par train et d’autres à pieds ou à motos pour se réfugier à Mbanga». Dans les quartiers, une partie de la population ne dort plus.

«Depuis trois jours, je ne suis pas en paix. Je crains que ces milices arrivent aussi ici à Mbanga. Surtout que Mbanga n’est pas loin de Ediki. On peut même s’y rendre à pied», redoute une jeune fille. Des gendarmes ont été déployés depuis lors dans les quartiers de Mbanga qui n’ont pas bonne réputation, ajoute un autre riverain.

«Ce sont des gendarmes en civil pour la plupart. Je l’affirme parce qu’un ami m’a dit d’être plus prudent. Faisant allusion à la présence plus accrue des hommes en tenue dans la ville», renseigne un jeune-homme. D’après une source à la souspréfecture de Mbanga, la vigilance a également été renforcée dans les quartiers limitrophes avec le Sud-Ouest, notamment dans les quartiers Kotto Mission, Kotto Natchigal, Kotto Hup.

Les services d’auto-défense ne manquent pas de redoubler de vigilance. Le communiqué du sous-préfet appelle par ailleurs les populations à «rester vigilantes et dénoncer toute personne suspecte, ou tous faits dignes d’intérêt à leur chef de quartier qui devrait porter cela à l’attention de monsieur le  sous-préfet».

© Mutations : Blaise Djouokep

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