CAMEROUN :: Insécurité : Enquête sur les prises d’otages dans l’Adamaoua :: CAMEROON

CAMEROUN :: Insécurité : Enquête sur les prises d’otages dans l’Adamaoua :: CAMEROON [Update]

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CAMEROUN :: Insécurité : Enquête sur les prises d’otages dans l’Adamaoua :: CAMEROON
Depuis 2013, des bandes armées écument des bergeries et kidnappent des personnes avant de réclamer une rançon. Le phénomène a vidé des villages dans cette région peuplée de façon dispersée sur les 63 701 Km2 avec une population en majorité rurale.

Des délégations se succèdent chez les Baguirou depuis maintenant une semaine. Les ronflements des motos violent toute la journée le silence de cette brousse, mystérieuse, autrefois adulée par des éleveurs en raison de son pâturage exceptionnel et aujourd’hui objet de toutes les craintes. À deux, trois, des connaissances viennent féliciter Baguirou et ses parents. Malgré lui, le quinquagénaire est devenu un héros dans sa contrée. Il a pu échapper aux preneurs d'otages après 25 jours de captivité. C’est un témoin clé pour comprendre le phénomène de prise d'otage qui est devenu le quotidien dans le département de la Vina depuis 2013. Le Jour a donc souhaité le rencontrer.

Un exercice difficile, prévient notre guide. Celui-ci propose, mieux impose, que le voyage se fasse en début de soirée et au cours du trajet, il faut contourner tous les villages. « L’idée, c'est de passer vraiment inaperçu. Les éclaireurs sont partout, notamment dans les petits villages. S'ils nous aperçoivent, ils appellent leurs complices, et vite on nous tend un piège », se justifie t-il. Il fait quelques prières de protection et il enfourche sa moto. En moins d’une heure, le domicile des Baguirou s’offre à nous. L’ex-otage n'a pas rejoint son domicile à Ngaoubo situé en pleine savane arbustive. Il s'est installé chez son père où il y a plus de sécurité. Certaines personnes, émotives, n’hésitent pas à pleurer lorsqu’elles voient l'homme devenu squelettique.

« Certes, nous mangions, d'ailleurs une nourriture riche, mais avec la peur d’être tué à tout moment, on ne peut que fondre humainement », explique t-il. Il y a aussi un détail qui frappe. Il ne regarde presque personne dans les yeux. Son regard est dirigé vers le sol. « Durant toute ma captivité, je n'ai que regardé vers le sol. Si tu lèves le regard, au mieux on te frappe, et au pire on te tue. Nos ravisseurs ont peur d’être remarqué», déclare t-il avant de promettre d’aller se faire rééduquer. C'est donc une nouvelle vie qui commence pour cet homme enlevé nuitamment chez lui. Pendant près d'un mois, il a vécu l’enfer. Il a frôlé la mort chaque jour. Contre toute attente, vendredi 05 avril 2018, une équipe de comité d’autodéfense, armé de flèches localise le groupe, l'encercle et engage une bataille.

Les ravisseurs préparés pour ce type d'éventualité organisent la riposte. Deux hommes armés de fusils ouvrent le feu sur les archers pour couvrir la fuite ordonnée des bandits et les otages. Baguirou a eu le réflexe de se coucher avec une deuxième personne. Ils ont refusé de fuir. Lorsque la bataille cesse, ils ont été récupérés par l’équipe d’autodéfense qui les conduit à l’hôpital. Ce cas n'est pas unique dans cet arrondissement de Nganha. Il ne se passe plus une seule semaine sans qu’une personne ne soit enlevée. Une dizaine de villages vidés de ses populations.

C’est le cas de Lesmadol, Ngaoubala, Ngada Malol, Mbang Misra, Nyassé, Mbayro, Ngaoubo. À ces jours, aucune âme ne vit dans ces villages à en croire nos informateurs. De temps en temps, les anciens habitants s’y rendent pour enlever des tôles pour pouvoir se construire ailleurs. Notamment à Mbang Foulbe, plus sécurisé et disposant d'un poste avancé de l’armée. Bergers et agriculteurs ont abandonné bergeries et champs pour se vadrouiller dans les milieux urbains. En dehors de Nganha, d’autres arrondissements sont touchés. C’est le cas de Belél ou malgré la présence des éléments du Bir, des enlèvements se sont poursuivis comme une sorte de défiance.

Les conséquences du phénomène sont innommables sur le plan sociologique. Dans les arrondissements comme Nyambaka, Martap, l'organisation des mariages exigent aussi désormais d’intégrer une rubrique sécurité. En tout cas, il faut saisir des militaires pour escorter la mariée. Bien plus, une pauvreté sans précédent s’est installée dans la zone. Pour rappel, l’Adamaoua qui compte un peu plus de 1 015 622 habitants au 1er janvier 2010, soit 16 habitants au Km2, représente 5,2% de la population du Cameroun. Cette région est peuplée de façon dispersée sur les 63 701 Km2 avec une population en majorité rurale. L’institut national de la statistique note que la proportion de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté est passée de 48,4 % en 2001 à 52,9 % en 2007 dans la région de l’Adamaoua. Cette proportion est supérieure à celle observée au niveau national au cours des deux années considérées. De même, la profondeur de la pauvreté est plus marquée dans la région de l’Adamaoua qu’au niveau national.

Rançons

Mais au delà de ces éléments statistiques, comment comprendre ce phénomène ? Pourquoi semble-t-il être invincible ? Pour les militaires et autres forces de sécurité, tant que les victimes payeront les rançons, le mal va toujours continuer. Mais à l’analyse, il serait difficile de convaincre les proches des victimes à ne pas payer ces rançons. Car, les ravisseurs choisissent des otages de valeurs. Les épouses, les filles ou même la maman d'un chef de famille si ce n’est pas luimême. Difficile d’abandonner des telles personnes nous ont dit les victimes.

« Qui va laisser sa mère, sa femme, son  père où sa fille entre les mains d'un criminel sous le prétexte que ce n’est pas bon de payer la rançon », se défend cette source. Sur l’identité des assaillants, des témoignages des ex otages permettent de retenir au moins deux constantes. D'abord, ils seraient pour l'essentiel des étrangers. Notamment des Centrafricains. Certains seraient des ex militaires de ce pays tombé en déliquescence depuis 2013. La deuxième constante c'est que le phénomène se nationalise chaque jour un peu plus. Au départ, les anciens bergers déçus ou mal payés servaient des guides. De nos jours, ils ont mis sur pieds leurs bandes et écument bleds et bergeries qu’ils connaissent  parfaitement.

L’activité est tellement lucrative qu’elle inspire y compris les voyous dans les quartiers. Des petits enfants sont enlevés par des adolescents qui réclament des rançons. Malheureusement certains cas se terminent tragiquement. Pour venir à bout, la population décrie la réaction molle de l’Etat. Mais ça c’est du passé. Des militaires sont dans la zone. Au moins dans chaque village, deux militaires sont déployés. Ils sont logés par la population qui leur donne des informations. Malheureusement, les enlèvements n’ont jamais cessé. Le Lamido de Ngaoundéré a ordonné aux ministres de culte de dire des prières chaque jour. Ce qui se fait d’ailleurs dans les mosquées de la région. L’Imam central de la mosquée de Ngaoundéré demande aussi aux populations dans ses divers sermons de se repentir d’abord. En attendant, les victimes se comptent chaque jour. La filière bovine agonise.

L’économie recule. L’urgence humanitaire se dessine en plein Cameroun...

© Le Jour : Younoussa Ben Moussa

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