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CAMEROUN :: APPEl à  CANDIDAtURE DE BIYA : Comment Atanga Nji ordonne le clientélisme politique aux chefs traditionnels :: CAMEROON
CAMEROUN :: POLITIQUE
  • Le Messager : Jean François CHANNON
  • vendredi 13 avril 2018 10:32:14
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CAMEROUN :: APPEl à  CANDIDAtURE DE BIYA : Comment Atanga Nji ordonne le clientélisme politique aux chefs traditionnels :: CAMEROON

Le ministre de l’Administration territoriale récemment en séjour à Douala, a parlé plus que de la situation sécuritaire de la région du littoral qui était l’objet de sa visite dans la capitale économique. le Secrétaire permanent du Conseil national de sécurité ne s’est pas gêné de motiver un positionnement politique des patriarches traditionnels Sawa en vue de la candidature de Biya, au pouvoir depuis 35 ans, pour la prochaine élection présidentielle.

Cela peut être considéré comme de l’activisme politique débordant. Voilà un ministre de la République, en tournée administrative dans une région du territoire national, qui va au-delà de son sujet, pour se retrouver en plein pieds dans la manipulation politique. En séjour à Douala le 10 avril dernier, 4ème étape de sa visite de travail dans les régions, le ministre de l’administration territoriale a reçu les chefs traditionnels Sawa pour un entretien.

Vraisemblablement, à l’issue de ce conciliabule les chefs traditionnels lui ont remis une déclaration dans laquelle ils appellent Paul Biya, l’actuel président du Cameroun qu’il gouverne depuis plus de 35 ans, à se porter une fois de plus candidat à l’élection présidentielle qui doit normalement se tenir cette année au Cameroun. Dans ce document rendu public ce 10 avril 2018, et immédiatement diffusé le lendemain par notre confrère Cameroon Tribune, on peut lire la teneur des motivations de cet appel :

« Les chefs traditionnels de la région du Littoral, réunis ce jour à Douala, ont procédé à un examen minutieux et approfondi de la situation de leur région, en particulier, et du Cameroun en général au tournant de cette année électorale 2018. Ils prennent acte, pour s’en féliciter chaleureusement, du climat de paix (sic !) et de calme qui prévaut dans la région et à Douala notamment, coeur économique du pays, comme facteur de développement et de progrès ». Poursuivant dans cet enthousiasme les notabilités traditionnels du Littoral signifient donc leur positionnement : «C’est pourquoi, ils prient le chef de l’Etat, S.E Monsieur Paul Biya de continuer, à la tête de notre pays, à apporter au Cameroun sa riche et robuste expérience, son humanisme, sa grande autorité et sa florissante vision de l’avenir, atouts inestimables et précieux en ces années décisives ».

Et pour finir : « En conséquence, les chefs traditionnels de la région du Littoral, invitent solennellement S.E. Monsieur Paul Biya à accepter de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2018 pour continuer l’oeuvre de construction d’un Cameroun démocratiquement, uni et prospère ».

Dressement de l’autorité traditionnelle

Il apparait évident qu’un tel positionnement des chefs traditionnels de la région du Littoral aura été intensément préparé par l’autorité administrative. Comme ce fut d’ailleurs le cas dans les trois premières étapes de la visite du ministre de l’administration territoriale. Dans le Nord-Ouest où il a commencé sa tournée des régions pour imprimer sa marque, Paul Atanga Nji n’a pas moins fait que de menacer les chefs traditionnels, garants de l’autorité traditionnels de destitution si jamais ils ne manifestaient pas publiquement leurs attachement à Paul Biya et à exiger sa candidature à la prochaine élection présidentielle au Cameroun. L’aboutissement de ces menaces de l’actuel Minat est l’appel des Fons du Nord-Ouest à la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle.

Même logique dans la Sud-Ouest, où l’actuel ministre de l’administration territoriale a arraché une déclaration publique de la « South West Chiefs Conférence » en faveur de la candidature de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle. Dans la région de l’Ouest, une déclaration des chefs traditionnels proches du régime en place, et appelant à la candidature de Paul Biya a elle aussi été remise au ministre Paul Atanga Nji. Avec la nuance selon laquelle, le doyen des chefs traditionnels de l’Ouest Cameroun camer.be, sa majesté Sokoudjou Jean Rameau, dont on connait l’intégrité morale, le patriotisme, et le sens du devoir traditionnel n’y a pas opposé sa signature. Nos sources indiquent à ce propos que le chef supérieur de Bamendjou, qui règne depuis plus de 50 ans, n’a jamais été associé dans cette opération de manipulation et de clientélisme politique dont le ministre Paul Atanga Nji est vraisemblablement le principal initiateur.

Cela donne donc pour l’instant ce que Cameroon Tribune a appelé « Paul Biya candidat des chefs traditionnels ». En attendant bien évidemment les étapes des régions du Centre, du Sud, de l’Est, et du Grand Nord. Aucune région n’échappera à cette espèce de clientélisme politique de Paul Atanga Nji, qui s’impose à tous les chefs traditionnels sur la tête de qui pèse une épée de Damoclès, en cas de résistance ou de contestation.  

Alignements

Toute cette opération doit bien faire sourire Paul Biya, le principal bénéficiaire de cette manipulation politique des chefs traditionnels. L’actuel président du Cameroun dont le système politique si violent à annihiler toute idée d’alternance au Cameroun, sait très bien que les voix des chefs traditionnels, aujourd’hui sans réelle influence populaire, lui sont forcément acquises. « Il n’a donc pas besoin de l’agitation quasi guignolesque actuelle de Paul Atanga Nji », (pour reprendre un commentaire assez sévère d’un militant d’un parti politique de la place) pour se représenter. Paul Biya sait surtout et cela avec beaucoup d’édification que les chefs traditionnels du fait de leur clochardisation quasi chronique, sont devenus des dévots notoires. Et qu’on n’a pas besoin de motiver leur soutien à l’actuel président du Cameroun. Dire que les chefs traditionnels du Littoral appellent à la candidature de Paul Biya n’est pas nouveau. Ils sont courants du fait.

Ceux-ci, depuis l’assassinat public par les colons allemands à Douala du vénérable Prince Rudolph Douala Manga Bell, ont toujours roulé pour l’ordre établi. Au lendemain de l’indépendance, l’autorité traditionnelle Duala a fait le choix du soutien au président Ahidjo, malgré le fait que le régime de ce dernier, managé par les français, aura été impitoyable vis à visa des patriotes indépendantistes et nationalistes upécistes. Lorsque Paul Biya arrive en 1982, immédiatement les chefs traditionnels du littoral l’adoubent sur les bords du Wouri et la symbiose avec le régime en place sera sans faille ; quand bien même que les populations du littoral, du fait de la démocratie tourneront le dos à Biya et son régime. Et pour ceux qui n’ont pas la mémoire courte, lorsque l’opposition a gagné la quasi-totalité des mairies du Wouri lors de l’élection municipale de janvier 1996, après un processus électoral bien défendu, qui sont ceux qui sont sortis pour courir au secours du pouvoir ? Ce sont bien les chefs traditionnels du Littoral et principalement Sawa, motivés par des élites organiques, qui sont allés marcher dans les rues de Douala en tenue traditionnels d’apparats, contre la démocratie et faire des appels des pieds au tenants du pouvoir en place. La situation est la même partout au Cameroun. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Les chefs traditionnels sont trop fragiles face à la violence du système que l’actuel ministre de l’administration territoriale est en train de réactiver.

Assurément, le ministre Paul Atanga Nji on le sait veut imprimer sa marque depuis qu’il a engagé les tournées des régions. S’il lui arrive à chaque étape de parler de sécurité, de paix et de préservation de l’ordre publique, un peu comme pour dire à tous que « la récréation est terminée », Paul Atanga Nji, qui demeure encore l’un des présidents de section Rdpc de sa Mezam natale n’a que l’étoffe politique pour défendre la survie politique de son mentor, Paul Biya, sans qui il n’aurait certainement jamais existé sur la scène politique camerounaise. D’où sa démarche de clientélisme politique qu’il tient forcément à partager et à imposer aux autorités traditionnelles.

13avril
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