Relance de l’opération épervier au Cameroun : entre manipulation, désinformation, stigmatisation et ethnicisation  :: CAMEROON

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L'opération épervier a repris droit de cité depuis trois semaines. Près de dix anciens gestionnaires de la fortune publique sont écroués à la prison centrale de Yaoundé. Basile Atangana Kouna, ancien ministre de l'Eau et de l'Energie (Minee), Jean William Sollo, ancien Directeur général de la Camwater, Bruno Bekolo Ebe, ancien Recteur de l'Université de Douala, Dieudonné Oyono, Coordonnateur programme national de gouvernance, Louis Max Ohandja Ayina, ancien Directeur de l'Institut universitaire de Technologie (Iut) en sont quelques cas. Certains attendent leur sentence au Tribunal criminel spécial (Tcs). Seulement, la relance de cette action d’assainissement des moeurs publiques alimente, ces derniers jours, une teinte de manipulation, de désinformation, de stigmatisation et d’ethnicisation sur la toile.

Il ne se passe plus des jours sans que des internautes ne publient, sur les réseaux sociaux, des noms de personnalités publiques interdites de sortir du pays ou convoquées au Tribunal criminel spécial (Tcs). Avec une certaine frénésie assortie d’un caractère pompeux et sulfureux, des activistes des techno-médias structurent la toile à coups de publications de la litanie des gestionnaires de deniers publics, dont ils disent qu’ils sont assignés à résidence surveillée ou dont ils disent que le passeport a été retiré. Si l’on ne peut s’assurer, illico presto, de la crédibilité et de la fiabilité de telles listes, l’on peut, tout de même, questionner le procédé de la diffusion coercitive, massive et prescriptive de ces données informatives sur lesquelles le sceau des appareils répressifs de l’État est apposé.

Du coup, il est avéré que l’État est dans la rue tant les documents officiels sont postés à tort et à travers sur les pages des actants et des grappes de followers passif et actif des réseaux sociaux. Au-delà de cette coloration manipulatoire, il existe une avalanche d’actes de désinformation imputables aux oiseaux de mauvaise augure, qui s’obstinent à voir les serres de l’oiseau rapace happer les grosses légumes de la République. Robert Nkili, ancien ministre des Transports(Mintrans), Marie-Claire Nnana camer.be, Directeure générale de la Société de presse et d’édition du Cameroun(Sopecam), André Noël Essiane, maire de la Commune d’arrondissement de Sangmelima, Elie Claude Ndam Njitoyap, Directeur général de l’hôpital général de Yaoundé, sont, entre autres, des anciens et actuels responsables ayant été annoncés au Tcs, voire annoncés enfouis dans les geôles de la prison centrale de Yaoundé il y a quelques jours. Pourtant, jusqu’ici, aucune de ces figures n’est concernée par une procédure judiciaire donnée suivant les sources requises à la chambre juridictionnelle spéciale.

Il y a donc un effet d’emballement médiatique et technomédiatique qui incline des Hommes sans foi ni loi à souhaiter le malheur à autrui-fût-il actuel ou ancien gestionnaire de la fortune publique. Cette posture incongrue et fantasmagorique des internautes qui veulent voir, à tout prix, les gros bonnets de la République aux arrêts participe à créer la catharsis sociale à mesure que ces actes de désinformation enflent et assiègent la toile.

Et pour couronner le tout, la relance de l’opération épervier, ces dernières semaines, s’accompagne d’une couche d’ethnicisation, dont l’enjeu est de criminaliser l’ethnie Beti. En effet, alors que les défenseurs de cette thèse appréhendent le chantre du régime en place comme le lion enclin à dévorer les animaux rationnels du peuple fang Beti, dont les têtes de proue colonisent les positions de pouvoir et d’autorité des bureaucraties étatiques, les pourfendeurs qui plus est originaires de cette communauté culturelle ne s’y reconnaissent pas et penchent plutôt pour le paradigme de la ségrégation de deux ethnies: l’ethnie des pauvres paupérisés et l’ethnie des riches gloutons et jouissifs que Machiavel est en train d’expier, voire de cannibaliser sans coup férir.

De toute évidence, ceux et celles qui se focalisent sur l’argument central de l’émiettement de l’ethnie Beti feignent de savoir que la plupart des ressortissants du Centre, Sud et Est sont érigés, depuis des décennies, à des postes de pouvoir, d’influence et d’autorité. Alors, soutenir, avec une certaine maladresse, la thèse de l’embastillement des prisonniers Beti contribue, de façon manifeste, à faire preuve de naïveté, voire de myopie consciente. Retenez-le! La réalité sociétale factuelle est sacrée, voire sacralisée et le commentaire reste et demeure libre

© Correspondance De : SERGE AIMÉ BIKOï

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