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MONDE ENTIER  :: Changeons de perspective ““ Célébrons les femmes! :: WORLD
MONDE ENTIER :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Emeke E. Iweriebor, Administrateur Exécutif Du Groupe & Directeur Régional De UBA Africa Francophone
  • jeudi 08 mars 2018 08:00:26
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MONDE ENTIER :: Changeons de perspective ““ Célébrons les femmes! :: WORLD

Mars est un mois de transition. Dans de nombreuses parties du monde, il représente la véritable fin des festivités de fin d’année et

le début d'autres séries de célébrations, à savoir Pâques, Eid, etc. Pour les entreprises, c’est la fin d’un trimestre et un temps pour d’intenses inventaires et évaluations des performances. C’est une période tremplin qui donne le ton de l’exercice. Les entreprises sont donc désireuses de bien commencer, car cela peut déterminer la façon dont elles terminent l’année, en force.

Au-delà de ce qui précède, et tout aussi critique, Mars est le mois des femmes au cours duquel le monde entier salue et célèbre près de 3,5 milliards de femmes. Le 8 mars, chaque année, le monde marque la Journée internationale de la femme, un jour mis de côté pour faire progresser le programme d’égalité des genres, promouvoir l’autonomisation économique des femmes ainsi que commémorer les progrès des femmes dans la gouvernance, la politique, l’économie et la société en général. Il est également marqué comme un jour férié dans certains pays. Et autant que les hommes le désirent, et en dépit du fait qu’il y ait environ 21 femmes Chefs d’Etat et de gouvernement sur les 196 pays du monde, il y a fort peu de chance que nous ayons bientôt une Journée des hommes, différente de la la Fête des Pères. C’est là tout le pouvoir des femmes!

Dans certains pays, c’est un jour où les hommes s’effacent, font profil bas et les femmes font le spectacle et le 8 mars est célébré en grande pompe. Mon premier contact avec la Journée de la Femme a eu lieu au Cameroun et, par la suite, dans d’autres pays africains, où j’ai observé les activités élaborées dédiées par des individus et entreprises à la célébration le 8 mars de la Journée de la Femme. Chaque année, des tissus sont choisis dans des pays et produits en série par des entreprises de textiles désignées. Les entreprises fournissent au personnel féminin des tissus colorés particuliers, qui sont ensuite personnalisés et cousus dans différents styles et modèles, et portés lors de la journée spéciale. Les femmes se rendent au stade, ou au lieu de la commémoration pour des discours, des défilés avec des drapeaux au vent et des banderoles de leurs différentes institutions et avec des messages décoratifs ciblés.

La phase suivante couvre les célébrations. Les entreprises utilisent des salles de réunion, des centres d’événements ou même des hôtels, où des discours sont prononcés, et par la suite, des réjouissances dans un bain de musique et de danse, des festins et

des soirées, des défilés de mode et des concours de beauté, et d’autres événements passionnants. Cet événement est donc à raison appelé fête des femmes! Aussi significatif, ces événements fournissent des plateformes pour la mobilisation du personnel, l’engagement des employés, le tissage de relations et l’élaboration de programme. On apprend aussi que l’adaptation, l’intégration et l’adoption et la conservation de bonnes pratiques et de touches locales sont des variables fortes pour promouvoir la diversité et l’inclusion et sont des facteurs critiques de survie et de réussite pour les entreprises multinationales à l’étranger.

Aujourd’hui, les femmes représentent 50% ou plus de la population dans de nombreux pays. Par conséquent, toute entreprise, toute communauté, tout pays, ou tout continent qui relègue ses femmes au second plan, se retarde. C’est comme faire une course de marathon sur une jambe. La société doit consciemment engager, mobiliser et tirer parti de la capacité, des compétences et des ressources des femmes, car il existe une corrélation positive entre l’éducation et l’autonomisation économique des femmes et le développement de la société dans son ensemble.

Dans une étude intéressante de novembre 2015, Henrik Cronquist et Frank Yu de Harvard Business Review, ont comparé les cotes de responsabilité sociale des entreprises S&P 500 avec des informations sur les descendants de leurs DG et ont conclu que les DG avec des filles dirigent des organisations socialement responsables et que les entreprises dirigées par des DG ayant au moins une fille, ont obtenu une note moyenne de 11,9% de plus dans les paramètres de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et ont consacré 13,4% de leurs revenus nets à la RSE de plus que la moyenne. Au-delà de la RSE, d’autres paramètres où ces entreprises ont surclassé les entreprises moyennes sont: produits, diversité, relations avec les employés, etc. Cela montre que si on tient pour acquis que les parents guident et influencent les enfants, les enfants ne se contentent pas d’absorber, mais ils influencent aussi les parents, à un point que les parents ignorent ou ont du mal à admettre.

Mais la conscience de l’inclusion et de l’égalité des femmes fait du chemin. Outre les garanties constitutionnelles de non-discrimination fondée sur le genre, etc., certains gouvernements,

professions et entreprises ont institué des mécanismes de discrimination positive assortis de diverses dispositions statutaires sur les minima en termes de rôles parlementaires, d’administration et de direction des femmes. L’objectif est de tirer le meilleur parti possible de la capacité et des ressources des femmes, du milieu de travail et de la société dans son ensemble.

Au Nigéria, la Banque centrale a, dans le cadre de ses Principes de durabilité, mis au point un programme de trois ans, axé sur la réservation aux femmes de 40% de tous les postes de conseil d’administration dans les banques. Au Kenya, une directive présidentielle de 2013 stipule que 30% de tous les marchés publics seront attribués aux femmes, aux jeunes et aux personnes handicapées. Une autorité chargée de la surveillance des marchés publics a été chargée d’en surveiller la mise en œuvre. Cela renforcera sans aucun doute l’autonomisation économique et les capacités du pays. Le travail reste à faire. L’OIT a, dans Women on Boards (Femmes administratrices), indiqué en janvier 2015 que seuls 44 ou 9,5% des 462 sièges de Conseil dans les 55 sociétés cotées à la Bourse de Nairobi sont occupés par des femmes.

En matière de gouvernance politique, alors qu’il y avait 21 femmes chefs d’Etats et de gouvernements en 2015, 22% des parlementaires, à l’échelle mondiale, étaient des femmes. En Afrique, la Charte de l’UA sur la démocratie, les élections et la gouvernance, préconise expressément, comme un de ses principes clés, la promotion de l’égalité des genres dans les institutions publiques et privées. Cela résonne fort dans de nombreux pays africains. En Tanzanie, le projet de constitution prévoit une représentation de 50:50 de parité des genres, tandis que les femmes parlementaires ont atteint 36,5%. En Ouganda, 133 femmes représentaient 34,3% de la 9e législature, selon le projet Les femmes dans le service public, lancé en 2014, plaçant l’Ouganda à la 17e position dans le monde en termes de la représentation parlementaire des femmes. Au Rwanda, où l’égalité des genres a été particulièrement marquée, les femmes ont remporté 64% des sièges aux élections législatives en 2013, ce qui fait du pays le leader mondial de la représentation parlementaire des femmes. Le projet de loi sur la discrimination positive (Affirmative Action) au Ghana, vise également à promouvoir l’égalité des genres dans la participation et la représentation des femmes dans la gouvernance par le biais des systèmes juridiques.

Une réunion des ministres des affaires féminines et des femmes, sous l’égide de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a, à Abidjan en Côte d’Ivoire, décidé en février 2017 que le Conseil des ministres de la communauté économique régionale soit chargé de poursuivre la mise en œuvre de l’égalité des genres. A cet égard, une présentation sera faite sur les questions de genre en Afrique de l’Ouest lors des réunions périodiques du Sommet des Chefs d’Etats. Cette décision devrait faire de l’égalité des genres un élément central des discours socio-économiques et politiques au niveau de la gouvernance dans la région.

En outre, afin de coordonner les efforts de concentration sur le genre et les droits, l’Afrique du Sud a créé une Commission pour l’égalité des genres, soutenue par la Constitution, chargée de “surveiller et évaluer les politiques et les pratiques du gouvernement, du secteur privé et d’autres organisations pour s’assurer qu’ils favorisent et protègent l’égalité des genres”.

Certaines institutions africaines sont déjà en train de joindre l’acte à la parole. United Bank for Africa, un groupe financier panafricain de premier plan, présent dans 20 pays africains, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, a une forte représentation des femmes, soit au sein de ses Conseils d’administration, soit en tant que directrices générales de filiales, ou cadres supérieurs aux postes clés à travers le Groupe.

En Europe, la tendance est la même. Deux rapports de Reuters sur la France et l’Allemagne illustrent de façon palpable cette tendance. En janvier 2011, le Parlement français a approuvé une loi obligeant les sociétés cotées à la Bourse, avec plus de 500 employés ou des revenus supérieurs à 50 millions d’euros, à allouer au moins 40% des sièges aux femmes dans un délai de 6 ans. Environ 2.000 entreprises bénéficieront de la législation. Auparavant, un rapport parlementaire révélait qu’en 2010, 15% des membres des Conseils des sociétés du CAC 40 étaient des femmes. En Allemagne, en mars 2015, juste avant la Journée de la Femme, la Chambre basse allemande, consciente de la faible représentation des femmes dans les organisations patronales, a adopté une loi sur le ‘système de quotas’ obligeant les plus grandes entreprises allemandes à allouer 30% des sièges d’administrateurs non exécutifs aux femmes. Ironiquement, bien que l’Allemagne ait une chancelière, Angela Merkel, depuis plus d’une décennie, il n’y a aucune femme DG dans les 30 premières entreprises du pays.

Dans l’ensemble, avec toutes ces récentes actions positives nationales et internationales, nous reconnaissons les grands progrès réalisés par les femmes dans le monde entier, dans l’histoire et de nos jours. De toute évidence, avec l’implication, la mobilisation et l’autonomisation économique des femmes, nous pouvons tous en faire plus, et faire avancer la société, plus loin et plus vite.

Enfin, les entreprises, les communautés et les pays doivent continuellement créer un environnement et des structures propices et s’engager dans des actions pour permettre aux femmes d’en faire plus et de viser plus haut. Ainsi, au-delà de la Journée internationale de la femme, le monde se montre respectueux envers toutes les mères, les sœurs, les femmes et les filles! Tous les jours!! Et partout!!

08mars
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