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Race to the Bottom: La banqueroute du «libéralisme communautaire» et de la psyché nationale au Cameroun. :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Par Olivier J. Tchouaffe, PhD, Porte-parole Du CL2P
  • mardi 06 mars 2018 17:02:26
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Race to the Bottom: La banqueroute du «libéralisme communautaire» et de la psyché nationale au Cameroun. :: CAMEROON

Lorsque Paul Biya a pris le pouvoir en novembre 1982, il s'est empressé d’effacer l'héritage politique d'Ahmadou Ahidjo avec son nouveau parti, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais. (RDPC ou CPDM) .Il s'est ensuite engagé à donner à son régime des fondements idéologiques avec sa notion de «libéralisme communautaire» (1984). Le libéralisme communautaire est une vision du monde fondée sur l'idée d'un libéralisme planifié, soutenu, et piloté par l'État. L’application d’une autonomie autocentrée avec pour but de devenir le centre d'un univers où dépendent l'économie et ses mécanismes de régulation. Donc une autonomie dirigée par une bureaucratie perçue comme le moteur de la modernité au Cameroun.

Ce libéralisme planifié a été modelé sur une approche néo-keynésienne où l’État développe une capacité à initier des programmes et des politiques et à mettre en place des mécanismes régulateurs étatiques pour contrôler les forces du marché: dans cette idéologie l'État dirige les activités économiques et non le marché, ce qui signifie en pratique un manque de pluralisme. Le libéralisme communautaire est, par conséquent, une critique faîtes à des savants tels qu'Adam Smith et son capitalisme de laisser-faire dominé par la «main invisible». Le libéralisme communautaire est donc basé sur l'appareil et les instruments de l'État, une approche institutionnelle où l'État promeut et répartit les ressources.

Dans les années 80 avec l'introduction des politiques du Programme d'Ajustement Structurel (PAS), Paul Biya, dans sa philosophie politique du libéralisme communautaire et, aidé par la Banque Mondiale / FMI, tente alors de libéraliser les sphères économique et politique qui conduisent à une plus grande privatisation de l'économie et des ressources de l'État entre les mains de petits cercles dirigeants. Car pour lui, en fait, l'émergence d'une classe aisée de Camerounais indépendants a toujours été constitué une menace à la survie de son régime élitiste. Ainsi, dès le début, le libéralisme communautaire, ne concernait pas l'autonomisation économique mais la survie politique, et c'est pourquoi des pays comme le Cameroun ne peuvent jamais avoir ni un Dangote ni leur propre autonomie monétaire.

Comme le but était ici la survie politique du régime, il y eut un changement vers un gouvernement autoritaire où Biya comprit très vit que la survie politique signifiait aussi devenir un dictateur à vie, exacerbant le culte de la personnalité qui implique de s'entourer de flagorneurs qui ne lui diront jamais la vérité et, par conséquent multiplier de mauvaises décisions d'une part. D'un autre côté, autre conséquence, tous ses opposants, y compris et surtout ceux qui sont perçus comme ses opposants politiques internes à l'intérieur son parti-État, sont réduits au silence sous des accusations systématiques de corruption.

À l'évidence Biya est une personnalité autoritaire, offrant des solutions simples à des problèmes complexes. Il n'est donc pas surprenant que le nombre de prisonniers politiques commence à s'aligner dès les années 1990, à commencer par Titus Edzoa, puis Pierre Désire Engo. Ce despotisme légal donne alors naissance aux fondations d'organisations des droits de l'homme comme le CL2P qui comprend rapidement que le système judiciaire camerounais n’est pas préoccupé par la Justice et, dans ce contexte, personne n'est à l’abri de ce despotisme légal.

Cet état de fait montre que la survie politique dans un tel environnement concerne aussi la psychologie, plus que toute autre chose.

Aussi, comme avec ses fréquentes «fausses morts», la perspective de la sortie du pouvoir du président Biya a suscité beaucoup de craintes parmi les gens, parce que nous ne savons pas où nous nous dirigeons et la possibilité d'une guerre civile devient de plus en plus concrète. Cette peur augmente également la politique tribale, enchâssant la politique comme un problème émotionnel. Cette question émotive sert à illustrer comment des personnalités adeptes de la divisions ont contribué à envenimer les problèmes dans la politique camerounaise: un discours réactionnaire qui manque en permanence de civilité; ce qui rend difficile la recherche d'un consensus sur les questions conflictuelles. La fracture mène au point de discorde y compris sur la manière dont les gens sont censés communiquer.

Ainsi, personne ne devrait ignorer la profondeur d'émotion suscitée par le régime de Biya et nous ne pouvons pas simplement nous attendre à ce que ce moment émotionnel «passe». En même temps, alors que nous reconnaissons ces sentiments, nous devons reconnaître leur origine dans la manipulation politique. Par conséquent, la psyché nationale est exposé. Nous sommes tous engagés dans des problèmes de peur et de mort à un niveau individuel et collectif, comme jamais auparavant. Et, en fin de compte, il s'agit d'un point crucial, cette question politique concerne le bien et le mal, la nécessité du chassement et du changement, et non des problèmes émotionnels.

Tant que nous continuons à ignorer ou à feindre ne pas savoir ce qui est juste et ce qui ne va pas au Cameroun, nous ne pouvons pas comprendre la politique et ne pouvons pas influer sur ce qui se passe dans notre pays.

06mars
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