Cameroun anglophone: les communautés locales du Nigeria fragilisées :: CAMEROON

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L’Etat de Cross River au sud-est du Nigeria voit affluer chaque semaine, énormément de réfugiés fuyant l’insécurité dans les Etats anglophones du Cameroun. Il y aurait ainsi au moins 33 000 réfugiés selon l’agence nigériane de gestion des urgences. Ces personnes sont soutenues par les habitants qui les hébergent dans des structures publiques ou chez elles. Mais ces populations manquent de ressources. Cette nouvelle situation les fragilise.

C’est une petite concession, entourée de plantations d’ananas. Plusieurs réfugiés s’activent : il faut piler le mil, étendre le linge, ramasser du bois… au total, Denis Osang, héberge 18 réfugiés, en plus de ses 8 enfants et de son épouse. Difficile pour cet agriculteur de nourrir tout le monde en même temps. « C’est très difficile de prendre soin des réfugiés, admet Denis Osang. Nous avons déjà terminé la production de manioc provenant du champ de mon épouse. Et maintenant,

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nous n’avons plus rien ».

Les greniers sont quasiment vides. Les habitants ont épuisé toutes leurs ressources pour accueillir près de 500 réfugiés ces derniers mois. Or dans ce village enclavé au milieu de la forêt, il n’y ni eau potable, ni électricité. Et malgré les services de santé défaillants, les habitants se sacrifient pour soigner les réfugiés fragiles.

« Nous avons demandé au responsable du poste de santé de soigner les réfugiés gratuitement, explique Fidelis Kanjang. Et comme ces gens n’ont pas d’argent, les pharmaciens leur offrent les médicaments en cas de besoin ». Les communautés locales, tout comme les réfugiés, dorment la peur au ventre. Ils craignent eux aussi pour leur sécurité. « Il y a deux jours, raconte Douglas Odu, un jeune agriculteur, les gens se sont affolés car on a entendu une attaque dans un village camerounais. C’était tout près d’ici ! Cette crise nous fatigue. Il faut absolument trouver une solution ».

Les activités tournent au ralenti

Ce sentiment ambiant d’insécurité paralyse les activités économiques. Cette région vit essentiellement de l’agriculture : on y cultive des noix de coco, des bananes plantain… et toutes sortes de produits qui attirent, en temps normal, de nombreux clients camerounais. Mais en raison des violences qui secouent les régions anglophones du Cameroun ces derniers mois, les activités tournent au ralenti, côté nigérian.

En témoigne la léthargie qui affecte le marché principal d’Ikom. D’un air nonchalant, Mary Celestine, une vendeuse, nettoie une pile de feuilles d’Ugwu… c’est une plante très prisée, que de nombreux consommateurs mélangent avec du manioc. « Avant la crise, explique Mary-Celestine, les Camerounais venaient en masse pour s’approvisionner chez moi. Mais les choses ont changé : il y a très peu de monde et ces rares clients ont peu d’argent. »

A quelques encablures, plusieurs échoppes de céréales tournent aussi au ralenti. Brenda Etu, vend du Gari. Faute de client ces derniers mois, cette commerçante s’est résignée et a dû casser les prix. « Avant, je pouvais faire jusqu’à 50 000 nairas de bénéfices par jour, se souvient cette vendeuse. Mais depuis cette crise, mes recettes ne dépassent pas les 10 000 nairas par jour. Le marché est à plat. J’ai dû changer mes prix. Avant, la bassine de gari se vendait environ 6000 nairas. Aujourd’hui, je la vends à environ 5 000 nairas ».

De moins en mois d'échanges avec le Cameroun

Enormément de clients camerounais bravaient la route pour s’approvisionner en patate douce, en riz et en gari, à Ikom. Mais depuis la crise, une file de camions vides encercle le marché. «Les échanges avec le Cameroun représentent au moins 25% de notre balance commerciale, rappelle Caleb Agwu, le président du marché principal d’Ikom. Ce sont des millions de bénéfices. Mais à cause de la crise, regrette-t-il, on arrive à peine à gagner 100 000 nairas par semaine, parce que les gens ont peur de se déplacer». Pour rassurer les agriculteurs, le gouverneur de l’Etat de Cross River, Ben Ayade, affiche pour sa part un objectif : promouvoir l’exportation de bananes dans la sous-région, d’ici 2019.

© RFI : Bineta Diagne

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