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Cameroun: Crise Anglophone: une guerre à  huis clos :: CAMEROON
CAMEROUN :: SOCIETE
  • Source : AFP
  • jeudi 15 février 2018 13:10:28
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Cameroun: Crise Anglophone: une guerre à  huis clos :: CAMEROON

C’est un quasi « black-out »: il n’y a guère que les réseaux sociaux pour transmettre les images de maisons brûlées, de cadavres ensanglantés et de populations en fuite au Cameroun anglophone. A part ces clichés, impossibles à vérifier, aucune information, ou presque, ne circule sur le conflit de basse intensité qui se déroule depuis deux mois entre l’armée et les séparatistes.

« C’est tellement difficile de travailler », raconte à l’AFP un journaliste anglophone de Bamenda, capitale de la région du Nord-ouest. « Les soldats ne veulent pas de nous, ils ne veulent pas qu’on prenne des éléments sur leurs actions, notamment s’il y a violation des droits de l’homme ».

Les séparatistes s’accroissent

Depuis plus d’un an, les régions camerounaises du Nord-ouest et du Sud-ouest, frontalières du Nigeria et qui abritent la minorité anglophone du pays (20% de la population), sont secouées par une profonde crise socio-politique alimentée de vélléités séparatistes. Au fil des mois, et en réaction au fort déploiement de troupes opéré par Yaoundé, la cause indépendantiste a pris du poids, et la crise s’est peu à peu muée en conflit armé de basse intensité avec des attaques isolées contre les symboles de l’Etat.

Des combats qui opposent les forces de sécurité camerounaises aux séparatistes, on ne connait que les pertes militaires officielles: 22, selon un décompte de l’AFP établi sur la base des déclarations de Yaoundé. Mais aucun chiffre venant des autorités sur les pertes séparatistes ou civiles. Dans la crise anglophone, « l’option prise (par Yaoundé) est de ne pas communiquer sur les pertes que nous infligeons à l’ennemi. Nous l’avons fait dans le cadre de la guerre contre Boko Haram et cela nous a valu beaucoup de critiques », explique un responsable sécuritaire à Yaoundé, sous couvert d’anonymat.

Cachés en brousse

Seuls les témoignages d’habitants apportent un éclairage sur les « événements »: « les hommes en tenue sont arrivés et se sont mis à tout casser dans les maisons », rapportait ainsi dimanche à l’AFP une habitante de Belo, dans le nord-ouest, après la mort d’un jeune, abattu vendredi par les forces de sécurité.
Dans le sud-ouest, à Nsanakang, « les soldats sont arrivés dans le village le 3 décembre et ont donné 24h pour quitter les lieux. Si les habitants restaient, ils étaient considérés comme +ennemis+ ou +complices+ », raconte encore à l’AFP John Ebam Oke, chef du village Nsanakang, rencontré à Agbokim, au Nigeria, où il a fui. Beaucoup de témoignages de réfugiés camerounais au Nigeria font état de dizaines de morts et de cohortes de villageois cachés en brousse, après que l’armée y soit venue traquer des séparatistes. « Fin janvier, trois jeunes qui avaient fui sont sortis de la brousse vérifier si les soldats étaient toujours présents dans le village. Ils ont été abattus », affirme le même chef de village.

Plein de maison brûlées

Sur Internet, les séparatistes relaient des dizaines de photos et vidéos autour du conflit. Sur l’une d’elle, on voit un char camerounais se positionner autour de la localité de Mamfe; sur une autre, un enfant mort gisant par terre. Aucune de ces images n’a pu être authentifiée officiellement. Aucun témoignage ne peut permettre de quantifier un nombre exact ou même approximatif de morts civils de cette guerre qui ne dit pas son nom.

« En circulant à l’intérieur de la région, j’ai vu plein de maisons brûlées. Les gens se plaignent que lorsqu’on tue un enfant de Bamenda, c’est comme si on avait tué un terroriste. Alors que quand c’est un gendarme, tout le monde s’en émeut », témoigne Joshua Osih, premier vice-président anglophone du Social democratic Front (SDF), premier parti politique d’opposition au Cameroun.

Mise en garde aux médias

A Yaoundé, peu de médias évoquent ces témoignages d’exactions ou de morts civiles, et le peu de reportages en régions anglophones se font souvent aux côtés de l’armée camerounaise. Début 2017, le Conseil national de la Communication (CNC) avait menacé de « sanctions allant de la suspension temporaire à l’interdiction définitive d’activité » les médias qui donneraient la parole aux partisans du fédéralisme ou de la sécession, citant au passage plusieurs chaines de télévision et journaux réputés subversifs.

Yaoundé avait de même coupé Internet durant trois mois –la plus longue coupure sur le continent– en régions anglophones pour étouffer la contestation début 2017, et divers témoignages font état depuis de coupures sporadiques du réseau.

« Etant donné le degré élevé de bavures militaires et violations des droits des populations civiles, il n’est pas surprenant que le gouvernement camerounais ait opté pour le déni d’accès aux journalistes indépendants et organismes des droits humains dans la zone querellée », estime un politologue camerounais.

15févr.
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