Humeur: Bonne fête de la jeunesse: GÉRONTOCRATIE ET POLITIQUE AU CAMEROUN: CES HOMMES DU PASSÉ QUI ONT CONFISQUÉ NOTRE AVENIR	 :: CAMEROON

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Au regard de l’âge de ceux qui nous gouvernent ou de celui de ceux-là qui aspirent à prendre leur place dans l’opposition, le Cameroun présente la classe politique la plus vieille du monde. On a beau regarder partout ailleurs, on se rend bien compte qu’ici plus qu’ailleurs tous les rouages de la vie nationale sont verrouillés par ces inamovibles dinosaures. Ces hommes du passé, mais aussi dépassés et du passif, en panne d’imagination,ne semblent pas vouloir permettre un quelconque renouvellement tant qu’ils sont vivants, et peu leur importe l’aspiration légitime de la population à un mieux être collectif. Je n’ai rien contre leur âge ou leur vénérable vieillesse mais il faut dire qu’ils ne nous donnent aucune raison de les croire respectables. Loin d’être ces bibliothèques auprès desquelles on peut s’abreuver à l’éternelle sagesse, ces vieillards sont davantage des sangsues ou des vampires qui se nourrissent de l’énergie de la jeunesse, la martyrisent et empêchent son épanouissement. Chers grands papys combien de générations avez-vous déjà sacrifiées et combien comptez-vous encore en sacrifier ?

L’horloge politique nationale s’est-elle arrêtée avant l’indépendance ? Comment célébrer les cinquantenaires alors que les quinquagénaires ou leurs cadets sont exclus ou très minoritaires dans les plus hautes sphères de l’Etat ? Faut-il être sexagénaire, septuagénaire ou octogénaire pour mériter jouer un quelconque rôle au plan national ? Faut-il être « ancien » ou « ex » ceci ou cela pour occuper une responsabilité ? L’ancienneté confère-t-elle la compétence dans un monde si changeant ? De quelle expérience du passé peut-on se targuer face à l’innovation ? Du côté du pouvoir comme de l’opposition, la règle semble être la même : durer autant que possible, développer une forte capacité d’inertie et de nuisance, briser les rêves de toute une nation et de plusieurs générations. 

Le monde moderne est celui de la vitesse, de l’intelligence, de la compétence, de la compétition. Un pays peut-il être compétitif en alignant à l’avant sa vieille garde, peu formée et mal formée, complètement déphasée des réalités d’un monde en perpétuelle évolution ? La réponse est assurément non, pour plusieurs raisons : d’abord les pays les plus prospères de notre époque sont aussi ceux qui ont la classe dirigeante la plus jeune, la plus dynamique et la plus régulièrement renouvelée ; ensuite, si la vieillesse était un critère de compétitivité alors notre pays serait à la pointe du progrès ! Au contraire, on languit dans l’attentisme, dans l’attente d’un hypothétique changement ; là où la démocratie n’a pas conduit à l’alternance, le peuple attend l’immuable loi de la nature, cette épée de Damoclès suspendue sur la tête de chacun de nous et que l’on croit plus proche de la tête des octogénaires que de leurs cadets. 

En additionnant les âges de ceux qui détiennent en leurs mains l’Exécutif, le Législatif, le Judiciaire, le Conseil économique et social, et même la Primature, la moyenne se situe aux encablures des 80 ans. Comment dès lors s’étonner que le chef de l’Exécutif soit incapable d’organiser régulièrement des conseils de ministres comme ça se fait dans tous les pays modernes et soucieux de résoudre les problèmes de leurs concitoyens ? Comment ne pas remarquer la sclérose et l’apathie du parti majoritaire, incapable de tenir ses rencontres statutaires jusqu’à forclusion des mandats de ses plénipotentiaires ou d’assurer ses missions essentielles ? Comment ne pas constater l’inaptitude consubstantielle du gouvernement à se mouvoir et qu’à chaque fois qu’une équipe ministérielle est constituée, on annonce la suivante ? Au niveau du Législatif, l’inamovible très honorable bat tous les records en se glorifiant d’être à l’Assemblée depuis plus de quarante ans. Au-delà de cette exceptionnelle longévité qui n’a rien à avoir avec ses compétences législatives (combien de propositions de lois a-t-il initié ou adopté durant tout ce temps ?), c’est davantage sa totale soumission à l’Exécutif qui est à remarquer : c’est encore le seul Président d’un parlement qui va à l’aéroport accueillir le Président ou lui dire au revoir lors de ses sorties, en violation flagrante du sacro-saint principe de séparation des pouvoirs dans une démocratie véritable. En ce qui concerne le Judiciaire, la plus haute autorité judiciaire tire sa longévité de la grande magnanimité du Chef de l’Exécutif qui a régulièrement consenti à lui accorder des rallonges exceptionnelles pour lui éviter d’aller faire valoir ses droits à la retraite. Quant au Conseil économique et social, il est en hibernation totale, son président se contentant d’occuper sa place dans le protocole de l’Etat; ce qui n’empêche en rien le Parlement de lui allouer chaque année son budget de fonctionnement, sans lui poser aucune question. 
Du côté des partis de l’opposition, ceux qui sont les plus en vue et qui aspirent à prendre la relève, c’est-à-dire ceux qui veulent incarner l’alternative en cas d’alternance, la situation n’est guère différente. Leur âge moyen se situe autour de 70 ans. Beaucoup ont atteint ou dépassé cet âge parmi nos présidentiables. Ils ont en plus la particularité d’être de la même génération que ceux qu’ils veulent remplacer ; d’être entrés en politique après avoir été éjectés par le système, pour abréger leur traversée du désert et enfin, pour beaucoup, la politique est une activité de retraite : ils ne s’y sont engagés qu’après avoir achevé leurs carrières administratives ! La situation lamentable des partis d’opposition s’explique par cette confiscation de toute possibilité de renouvellement, d’innovation, de transformation ou de progrès social par cette caste nostalgique d’une époque révolue, plus tournée vers le passé que vers la construction d’un meilleur avenir pour tous - qu’ils ont d’ailleurs de la peine à appréhender et dont ils redoutent les chamboulements possibles.

Ceux qui viennent de se lancer dans le champ politique national ces deux dernières années, avec parfois une grande sympathie dans l’opinion, promettant de faire mieux que leurs devanciers, ne semblent pour autant pas innover dans leurs démarches ou par leurs stratégies. Ils peinent à bâtir et à structurer des instruments modernes de conquête des suffrages ; ils sont aphones sur presque tous les sujets d’intérêt collectif ou national du fait d’une communication inadéquate, balbutiante ou truffée d’amateurisme ; ils n’ont aucune stratégie de recrutement de militants, de formation de cadres opérationnels ou de mobilisation populaire ; enfin ils n’ont pas pris la mesure de la tribalisation à outrance et de l’émiettement de l’espace politique national ; en conséquence, ils n’ont pas conçu de stratégies d’alliance pouvant conduire à la victoire. Plus grave, certains, qui pourtant n’ont encore produit aucune preuve de leur sérieux, de leur crédibilité ou de la pertinence de leurs projets, se sont versés dans l’invective par des propos inélégants et discourtois à l’égard de la vieille garde politique, rendant pratiquement impossible tout rapprochement ou rassemblement. 

Entre un pouvoir et une opposition sclérosés par l’âge et par leur inaptitude à impulser le progrès sur la voie d’une transformation sociale et d’un mieux être collectif, le peuple camerounais semble durablement installé dans l’expectative. Le changement régulier d’équipes ministérielles n’arrive pas à dissiper ses doutes, à éloigner ses craintes, à étancher sa soif du changement. L’émergence en 2035 risque de n’être qu’une chimère en l’absence de stratèges et de stratégie adéquate, d’identification des leviers à actionner ou d’un système de formation arrimé aux nécessités du décollage. On peut construire les barrages sur toutes les rivières du Cameroun et exporter toutes ses ressources minières sans se développer, en l’absence d’une véritable politique de transformation locale ou d’industrialisation. Quand on aura fini d’extraire nos minerais dans une vingtaine d’années, il ne restera que des champs de ruine, de pollution et de désolation. Au-delà des hommes, c’est davantage tout un système qui est en panne, qui est incapable de combler les attentes, qui a atteint le seuil de ses impossibilités. Pour débloquer ce pays si prometteur, satisfaire l’immense ambition de ses citoyens et lui permettre d’incarner son leadership naturel en Afrique, il faut changer à la fois les hommes et leur système ; ces hommes qui depuis plusieurs décennies n’ont nourri d’autre ambition que de durer avec le système qu’ils ont bâti, au détriment de l’intérêt national et en broyant plusieurs générations avec leurs rêves et leurs espoirs légitimes. 

Ahmadou Séhou 
Auteur de: Cameroun, l’opposition en panne: autopsie critique et propositions de relance, Yaoundé, Editions Lupeppo, 2012, 473 p. (en librairie).

© Correspondance : Ahmadou Séhou

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