Allemagne- Cameroun:  SENFO TONKAM parle des querelles politiques au sein des Diasporas Africaines  :: GERMANY

Allemagne- Cameroun: SENFO TONKAM parle des querelles politiques au sein des Diasporas Africaines :: GERMANY

Allemagne- Cameroun:  SENFO TONKAM parle des querelles politiques au sein des Diasporas Africaines  :: GERMANY
Allemagne- Cameroun: SENFO TONKAM parle des querelles politiques au sein des Diasporas Africaines :: GERMANY
Dans les années 1990, la répression et la persécution politiques atteignirent leur apogée sous le régime Biya. Monsieur Senfo Tonkam était à ce moment un des principaux militants estudiantins dans le pays qui avaient lancé une campagne nationale, prenant la forme d’un mouvement de masse pour pousser le régime à introduire le pluralisme politique , avec ce que cela suppose de respect des principes fondamentaux des droits de l’homme et de la démocratie dans le pays.

Sous sa direction, le mouvement estudiantin camerounais a mobilisé les masses avec succès à se battre pour un meilleur système de gouvernance ; mais, pour atteindre ce but final, ils étaient convaincus qu’une autre priorité clé était de libérer le Cameroun de la mainmise néocolonialiste de la France.

Pour la liberté de leur pays, Monsieur Tonkam et ses compagnons activistes estudiantins ont payé un lourd prix, le régime Biya réagissant avec des mesures de répression massive. En conséquence, Monsieur Tonkam et ses collègues furent arrêtés, torturés, bannis à perpétuité de l’université, persécutés et finalement forcés à l’exil en 1993. Plusieurs furent sauvagement violées et tués par les forces de l’ordre. Depuis lors, Monsieur Tonkam réside en Allemagne comme exilé et réfugié politique.

Certains camerounais de la Diaspora ont soulevé des critiques à votre encontre concernant votre manque d’implication dans les questions politiques au sein de la diaspora camerounaise. Par exemple, vous n’intervenez pas sur Facebook, WhatsApp, ou tout autre plateforme Internet ou réseau social et vous ne participez pas à leurs meetings. Pourquoi ?

Tout d’abord, je trouve inquiétant que tout le monde réduise la politique à l’agitation petite-bourgeoise et la posture d’auto-glorification qu’on peut observer sur Internet et sur les réseaux anti-sociaux. Mais n’ayant pas assez de temps pour m’étendre sur le sujet, je ne vais pas m’attarder sur cet aspect. Beaucoup de mes amis ont juste mis mon nom sur leurs forums sans me demander ma permission, alors même qu’ils savent que je ne partage pas les vues de la plupart des gens présents sur ces plateformes. Je ne me suis pas plaint ou retiré. Mais il est vrai que je ne suis pas un membre actif de ces forums parce qu’ils reflètent les confusions, les contradictions, les faiblesses, la tournure réactionnaire, la direction anti-africaine que la politique africaine a pris durant ces dernières décennies.

Pourriez-vous être plus spécifique, s’il vous plaît ?

Pour être bref, dans quasiment tous les pays africains et chez leurs expatriés, les activistes et les intellectuels sont divisés en deux groupes. Le premier groupe défend la démocratie, les droits humains, les libertés civiles, les droits civiques et sont des critiques résolus des régimes africains. Ils se battent avant tout pour se libérer des dictateurs locaux incompétents. A Kemet, par exemple, leur slogan est “Tout sauf Biya”. Ils sont pro-occidentaux et eurocentriques à un tel point que si vous ne saviez pas qu’ils étaient Noirs, vous pourriez penser qu’il s’agit de Blancs crachant leur venin impérialiste sur l’Afrique. Ils ont pour habitude de se vanter de leurs passeports occidentaux et parlent et se comportent comme s’ils avaient le mandat de défendre l’Europe, le “bien-être” occidental volé et la culture occidentale contre leurs compatriotes africains. Ainsi, ils vont parfois aussi loin que de demander l’expulsion d’autres d’Africains de leur paradis européen et demandent de façon arrogante à ceux qui critiquent le racisme et l’impérialisme européen de quitter les (leurs) pays occidentaux s’ils ne sont pas satisfaits des politiques occidentales.

Le second groupe est composé de Noirs ayant une conscience culturelle poussée et qui argumentent que l’Occident est la cause première de la souffrance africaine à travers ses actions racistes et ses politiques

impérialistes. Aussi, ils se battent pour l’indépendance africaine, avec une emphase sur la libération culturelle et spirituelle comme premières étapes et conditions pour atteindre la libération complète. Ils ont tendance à voir les dictateurs africains comme de simples victimes des puissances impérialistes occidentales. Du coup, ils agissent et parlent souvent d’une façon qui tend à banaliser, ignorer et pardonner les crimes des régimes africains. Ils argumentent en faveur de et justifient la répression des activistes des droits humains d’une manière cynique qui ressemble à de la complicité ou à du soutien en faveur des régimes dictatoriaux néo-coloniaux. Quand vous les entendez parler, vous pourriez penser qu’il s’agit d’un porte-parole ou d’un ministre de l’information d’un de ces dictateurs crachant son venin néo-colonial sur ses opposants. Leur slogan : “plutôt que d’avoir une autre marionnette occidentale, il vaut mieux laisser Biya au pouvoir”. Ainsi, ils vont parfois aussi loin que de prétendre que les autres africains qui se sont naturalisés et ont des passeports occidentaux ne sont plus africains et devraient se taire lorsqu’il s’agit de questions africaines. Ils appellent à leur expulsion du paradis africain et demandent de façon arrogante à ceux qui critiquent les régimes africains et leurs leaders de quitter les (leurs) pays africains s’ils ne sont pas satisfaits de la politique et de la situation là-bas.

Alors, de quel côté vous situez-vous ? Qu’en pensez-vous ?

De mon point de vue, ces groupes sont tous les deux réactionnaires et hypocritement dangereux, puisque le résultat final de ces deux attitudes est le statu quo de l’oppression et de l’esclavage de notre peuple. En effet, vous ne pouvez pas prétendre combattre sérieusement les dictatures en Afrique sans attaquer ces mêmes impérialistes occidentaux qui nous ont imposé ces dictatures après avoir commis d’horribles génocides sur nos populations. D’autre part, vous ne pouvez pas sérieusement prétendre combattre l’impérialisme occidental en tolérant, en étant complaisant ou en rechignant à renverser les Oncles Tom et autres régimes fantoches que ces mêmes impérialistes occidentaux nous ont imposés. En fait, les deux groupes se connaissent très bien; simplement leurs intérêts de classe étant liés ou dépendants soi des intérêts occidentaux ou de ceux des régime Oncle Tom au pouvoir, ils ne sont pas prêts à mettre en péril leurs intérêts en attaquant le sponsor qui garantit et protège ces intérêts de classe.

Le premier groupe est composé principalement d’africains cosmopolites de la bourgeoisie globaliste et de la petite-bourgeoisie universaliste, alors que le second est composé en majorité de la bourgeoisie nationaliste réactionnaire et de la petite-bourgeoisie chauviniste.. L’opposition entre ces deux groupes est seulement culturelle et spirituelle, l’un étant eurocentrique réactionnaire et l’autre étant afrocentrique réactionnaire. En tant que tels, ils ne représentent aucune menace ni envers les oppresseurs impérialistes ni envers les laquais et Oncles Tom que ces prédateurs occidentaux ont imposé au pouvoir en Afrique, puisque ces groupes en sont tous les deux des appendices parasitaires.

Dans l’histoire africaine, ces deux groupes représentent et incarnent trois des pires formes de collaborationnisme qui ont le plus fait de mal à notre Nation de par le passé et encore aujourd’hui, sur le Continent tout comme dans la Diaspora. La première forme de collaborationnisme est le classique Oncle Tom (exemplifié par Oncle Biya, Oncle Ouattara, Oncle Nguesso aujourd’hui, Ahidjo, Bongo, Houphouët-Boigny, Eyadema etc. par le passé). La seconde forme de collaborationnisme est le syndrome Mandela (Oncle Mandela, Oncle Soglo, Oncle ATT de par le passé, Oncle Gbagbo et les partis d’opposition africains aujourd’hui) et la malédiction Obama (Oncle Obama et ce que j’ai appelé les pan-obamanistes aujourd’hui, c’est à dire ces pan-africanistes - libéraux, gauchistes, nationalistes et/ou afrocentriques qui ont soutenu Oncle Obama).

Dans cette situation, c’est évident que les gens qui ont dédié leur vie et sont déterminés à libérer complètement l’Afrique (c’est à dire vaincre les oppresseurs externes et leurs marionnettes locales) n’ont pas leur place dans ces deux groupes. Bien au contraire, puisque nous rejetons et combattons de manière égale leurs patrons, sponsors ou maîtres, il y a un risque sérieux que ces deux groupes s’allient pour nous combattre. En effet, ils appartiennent à la même bourgeoisie et petite-bourgeoisie, ils se connaissent assez bien pour comprendre qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour survivre, tandis que le triomphe de notre lutte (la fin de l’impérialisme occidental et la fin de l’Oncle Biya et autres régimes fantoches) signifierait également leur fin en tant que classes parasitaires et profiteuses.

Alors quelles seront vos relations avec ces compatriotes camerounais dans les prochains mois ?

Oh, vous savez, après avoir survécu les campagnes de criminalisation et de diabolisation lancées contre moi par mes anciens amis pan-africanistes et afrocentriques pour avoir rejeté leur héros personnel Oncle Obama (les pan-obamanistes), je me suis imposé une nouvelle politique dans mes relations avec les soeurs et frères qui ont des vues opposées ou différentes. Je ne me dispute plus avec eux, je ne me bats plus contre eux, je les laisse faire ce qu’ils ont à faire et je ne leur permets pas non plus d’intervenir dans mes affaires. S’ils ont besoin de moi et m’invitent à les assister ou à échanger nos points de vue, nous définissons des conditions de collaboration claires, je fais ce que je dois faire et je repars. Je n’interfère dans les affaires de personne et je ne me mêle de l’agenda de personne. Ainsi j’espère que nos relations restent aussi cordiales, respectueuses et amicales que d’habitude.

Mais Monsieur Tonkam, à l’heure des nouvelles technologies, permettez-moi d’insister sur ce sujet. La Diaspora camerounaise dans de nombreux endroits du monde est perçue comme l’une des plus vibrantes et dynamiques ainsi que comme l’une des plus entreprenantes. Plusieurs camerounais de la Diaspora tiennent également des positions prééminentes dans les affaires, la communication et les médias ainsi que dans des institutions académiques telles que les universités entre autres domaines. Ainsi, ils sont des faiseurs d’opinion et des influenceurs qui pourraient aider à faire avancer votre vision de la libération africaine. En restant à l’écart de ce type de forums et plateformes, ne redoutez-vous pas que votre message n’atteigne pas les Camerounais et qu’à la fin, il soit oublié ?

Ne vous inquiétez pas ma soeur. Mon combat ne consiste pas à ne pas être oublié. Nous voulons la libération de Kemet et de toute l’Afrique (Nubie-Kemet). C’est ce que nous ne devons pas oublier. Notre sort individuel n’est rien et ne compte pas s’il n’est pas mis au service du Peuple de notre Grande Nation Continentale et Globale.

Je saisis cette opportunité pour rendre hommage à la travailleuse Diaspora Kamite et aux Diasporas africaines et les féliciter pour leurs réalisations socio-économiques exceptionnelles et leurs succès académiques, culturels dans ces pays hostiles, Babyloniens Occidentaux, Arabes et Asiatiques. Ils sont la preuve vivante qu’en fait, nous sommes un peuple résistant, fort, travailleur, plein de réussite et conquérant, et personne ne peut nous empêcher d’accomplir ce que nous voulons pour nous-mêmes et ceux que nous aimons. Mettons les mêmes compétences, la même énergie, la même résilience, le même dynamisme et la même détermination dans notre lutte pour libérer Kemet et notre Continent tout entier des oppresseurs étrangers et de leurs valets locaux et reconstruisons le pour le bien de nos enfants.

Dans cette perspective, mon seul message à notre peuple (Diasporique et Continental) sera celui que j’ai publié il y a quelques mois, dans l’un de ces forums Kamites dont vous parliez certainement. C’est un appel à éviter les divisions artificielles que nos oppresseurs étrangers et leurs valets locaux créent entre nous pour nous affaiblir et maintenir leur domination sur nous et leur contrôle sur l’Afrique. Le message est le suivant « La bénédiction d’être Noir (Nubien-Kamite) est un Droit Ancestral que personne ne peut nier ou enlever à un autre citoyen Nubien-Kamite en aucune circonstance et sous aucun prétexte que ce soit. C’est encore plus important quand on connaît l’histoire et l’actualité de l’oppression de notre peuple par ces criminels occidentaux, génocidaires, violeurs, prédateurs et esclavagistes barbares. D’autre part, nous ne devons jamais oublier que l’invention, l’utilisation abusive, l’abus de l’argument du passeport est une forme de ce qu’on appelle “nationalisme réactionnaire”. En effet, c’est l’arme inventée par nos pires dirigeants anti-africains, (sur les conseils et sous la direction de leurs maîtres occidentaux) et utilisé pour exclure nos vrais leaders et héros / héroïnes des affaires de leurs pays, pendant qu’ils étaient persécutés et forcés à l’exil pour avoir combattu sans compromis pour la vraie indépendance de l’Afrique. Cela prouve que les meilleurs Filles et Fils de l’Afrique ne sont pas forcément ceux et celles qui ont des passeports africains, et ceux et celles qui ont des passeports étrangers ne sont pas automatiquement les mauvais Fils et mauvaises Filles de l’Afrique. Donc, en reprenant la rhétorique tribaliste / chauviniste actuelle du passeport, nous nous mettons nous-mêmes du plus mauvais côté de l’histoire. Nos frères et soeurs et leurs enfants qui possèdent des passeports occidentaux (peu importe que ce soit par naissance ou par naturalisation) sont aussi africains que vous avec vos passeports Kamites et moi avec mon passeport de réfugié. En tant que tels, ils ont autant le droit de contrôler, juger, critiquer ou approuver, rejeter ou soutenir la situation et les politiques en place en Afrique et de s’impliquer dans les affaires locales du Continent. Dans l’Afrique libérée qui est sur le point d’émerger des luttes multiformes de notre vaillant peuple contre ses ennemis externes et leurs valets locaux, nous allons bénéficier des mêmes droits (et bien sûr des mêmes devoirs), peu importe la couleur de nos passeports, les dialectes coloniaux et les langues africaines que nous parlons ».

La crise du système éducatif africain: le cas du Cameroun

Monsieur Tonkam, pour parler du système éducatif de votre pays, nous avons choisi trois sujets à propos desquels nos lecteurs souhaiteraient avoir vos commentaires. Le premier est le soi-disant cadeau de 500 000 ordinateurs fait par le président Biya aux étudiants du tertiaire. Que pensez-vous de cela ?

Le dictateur et ses acolytes pensent qu’ils peuvent continuer de tromper le peuple comme d’habitude. Heureusement, malgré la propagande télévisée du régime, notre peuple a compris la manœuvre et personne ne lui en sera reconnaissant. En fait, toute l’entreprise s’est écroulée en raison de la bureaucratie et de la corruption endémique du système. Ils avaient promis de livrer ces ordinateurs entre février et mars de cette année. Les masses Kamites (les masses camerounaises - ndlr) sont conscientes du danger de ces promesses trompeuses et d’une action mégalomane qui causera un endettement supplémentaire du pays. Mais le pire est la question de la protection de nos données personnelles.

Que voulez-vous dire par là ?

Il y a un sérieux risque pour notre sécurité nationale parce que les puissances étrangères qui vont fabriquer et produire ces ordinateurs ont là une opportunité unique de les configurer de telle sorte à pouvoir subtiliser les données personnelles de millions de jeunes Kamites et de leurs familles, compromettant ainsi la sécurité et l’économie du pays. C’est une raison additionnelle d’accélérer la sortie du pouvoir de ce dictateur vendu. Heureusement, le temps arrive où l’Oncle Biya aura à expliquer où il a obtenu tout cet argent pour offrir ce soi-disant « cadeau ».

Les résultats du Baccalauréat de l’année dernière ont juste été publiés et il en est ressorti que les étudiants qui avaient obtenu les meilleures performances ont été ceux de la province ouest ; c’est-à-dire qu’ils sont Bamiléké. Certains observateurs ont présenté cela comme étant une preuve additionnelle du fait que les Bamiléké sont plus intelligents et ingénieux que le reste de la population. Que pensez-vous de cela ?

Je dis que cette rhétorique tribaliste est un comportement réactionnaire récurrent au sein des bourgeois et petits-bourgeois africains dans leurs luttes intestines pour le pouvoir, les privilèges et les ressources. Convaincus qu’ils ne peuvent atteindre le niveau soi-disant supérieur de leurs maîtres blancs, ils se retournent contre leurs compatriotes noirs, utilisant n’importe quel accomplissement à des fins d’autocongratulation aux dépends des autres. C’est typique des esprits aliénés et esclavagisés de faire de telles comparaisons leur permettant de se prétendre supérieurs aux autres Noirs. Remarquez qu’ils n’osent jamais se comparer aux oppresseurs blancs, parce qu’ils ont tellement internalisé leur infériorité que dans leur esprit, la blancheur est la limite indépassable et la plus grande mesure en toute chose, ainsi que le modèle à imiter et l’idéal à atteindre. Ce que nous devons dire à ces personnages réactionnaires est de laisser les enfants africains tranquilles, libres de s’amuser et de réussir, sans que leurs performances soient mal utilisées à des fins de propagande tribalistes, d’intérêts de classe réactionnaires et de divisions artificielles. Enfin, si on devait faire des comparaisons, nous devrions montrer à nos enfants qu’ils sont bien meilleurs que les oppresseurs blancs. Tout d’abord, c’est factuellement vrai que les étudiants africains ont de meilleures performances que les étudiants occidentaux, arabes, asiatiques et juifs, en particulier lorsqu’ils sont mis dans les mêmes conditions d’apprentissage et d’études. Donc ils devraient se défaire de leur complexe d’infériorité et être fiers d’eux-mêmes, de leurs parents et de leur héritage. C’est comme ça qu’ils pourront devenir d’excellents soldats de la Révolution Africaine.

Vous êtes au courant de la lutte de pouvoir qui secoue actuellement l’université privée appelée « Université des Montagnes ». Pourriez-vous nous donner votre opinion sur le sujet ?

Je connais l’Université des Montagnes mais je n’en fais d’aucune manière partie. En fait, j’avais été approché afin de soutenir le projet lorsqu’ils ont commencé à le mettre en place, mais j’ai refusé de participer pour plusieurs raisons : a) pour moi, l’éducation est un bien public ; comme tel, c’est le devoir de l’État de l’assurer, surtout l’éducation supérieure ; b) les universités privées reproduisent les inégalités de classe et aggravent l’injustice sociale, tous les étudiants ne pouvant se permettre de payer les frais d’inscription requis pour y étudier ; c) dans une dictature néocoloniale, pour qu’une université privée existe et survive, les propriétaires, les enseignants et les étudiants doivent se tenir silencieux ou complices du régime. En effet, s’ils venaient à lever la voix contre la politique du gouvernement, ils courraient le risque d’être persécutés et que leur université soit fermée. Point final.

Ainsi, ce n’est pas une surprise que ces universités privées opérant au sein du régime néocolonial n’aient jamais pris de position critique ou publié de déclaration critique ou fait aucune action de condamnation des abus et crimes du régime en place. Ainsi ce n’est pas une surprise que les universités privées Kamites n’aient jamais soutenu les victimes des crimes de l’Oncle Biya, alors même qu’il s’agit de jeunes, d’étudiants, dintellectuels et d’universitaires combattant pour la liberté académique et de meilleures conditions de vie et de travail pour les élèves et le personnel enseignant. En fait, les universités privées (j’y inclus les universités religieuses) préparent le prototype même des élites compradore, lâches, sans foi ni loi, et opportunistes qui attendent que les autres se sacrifient et meurent pour eux et leurs familles, pour qu’ils viennent ensuite profiter des fruits du martyre des autres.

Est-ce que cela veut dire que vous êtes contre les écoles et universités privées en Afrique ? En l’absence d’un système éducatif fonctionnel, êtes-vous en train de dire que les entités privées ou les gens ne devraient pas construire des écoles et des universités pour fournir une bonne éducation aux enfants ?

Le premier problème est que ces écoles privées ne fournissent pas une éducation africaine-centrée qui pourrait transformer nos enfants en fiers princesses et princes africains qui aimeront leur Noirité, célébrerons leur patrimoine culturel africain et qui seront déterminés à se battre et déterminés à se sacrifier pour libérer l’Afrique de ses prédateurs étrangers et de leurs affidés locaux. Au contraire, elles promeuvent une contre-éducation aliénée, élitiste et anti-africaine destinée à blanchir le cerveau de nos enfants, et donc à préparer des élites compradores qui vont continuer à servir leurs maîtres étrangers demain, comme leurs parents le font aujourd’hui. En effet ces écoles privées sont des endroits privilégiés, des zones exclusives depuis lesquelles les enfants de riches regardent de haut leurs frères et sœurs désavantagés qui ne peuvent bénéficier d’une éducation similaire, et cela leur fait croire qu’ils sont spéciaux et que leur destin est de gouverner les pauvres sous prétexte qu’ils ont une supposée « meilleure éducation ». On ne peut permettre que cela continue en Afrique.

En fait, le point essentiel est que nos intellectuels et activistes qui soutiennent l’éducation privée ont peur d’affronter l’Etat, étant conscients que cela pourrait être dangereux et mortel. Ils ne sont pas prêts à abandonner leurs privilèges petits-bourgeois et à mourir pour assurer l’éducation universelle à tous les enfants africains. Du coup, les projets qu’ils mettent en place sont faits de telle manière à ne poser aucun challenge au régime néocolonial en place et à ses maîtres occidentaux. Ainsi ils peuvent prétendre avoir contribué à l’éducation des enfants alors qu’en réalité, ils gagnent beaucoup d’argent, étant donné que ce type d’éducation est couteux et seuls les parents riches peuvent se le permettre pour leurs enfants privilégiés. Il n’y a rien là-dedans qui touche à la philanthropie et à l’intérêt national : ce n’est qu’une affaire de business et de domination de la même classe bourgeoise qui est responsable de l’effondrement de l’Etat et de l’échec du système éducatif public. Dans ce contexte, que va-t-il arriver à la majorité des familles qui ne peuvent pas se permettre ces universités privées ? Ne sont-elles pas elles aussi en droit d’avoir une bonne éducation, en tant que citoyennes et citoyens de ce pays ? Quel type de société voulons-nous construire si nous n’assurons l’éducation qu’à une minorité privilégiée et non à la majorité ?

Enfin, disons les choses clairement : l’éducation est un bien public, c’est même le bien le plus sacré d’une Nation, puisque c’est la valeur et l’institution qui relient tout le monde, indépendamment du statut socio-économique, du genre, de l’origine  .vous pouvez rassembler tout le monde et faire partager les mêmes valeurs et principes sur lesquels la Nation est construite. Ainsi vous assurez la continuité et l’éternité de la Nation. C’est donc sans surprise que, pour opprimer le peuple, les puissances étrangères déforment toujours, affaiblissent, détruisent et prennent le contrôle du système éducatif. Il s’agit de contrôler les âmes et les esprits, ce qui rendra facile le contrôle de la culture, des corps, du travail, des terres, des ressources et de nos richesses. Comme le disait à juste titre le frère Lerone BENETT : « celui qui contrôle l’esprit n’a pas peur des corps. C’est la raison pour laquelle les Noirs ne sont pas éduqués ou mal éduqués» (Lerone BENETT, The Challenge of Blackness, 1972). Il continue ainsi : « un éducateur dans le système d’oppression est soi un révolutionnaire, soi un oppresseur (…) la question de l’éducation pour le peuple Noir… est une question de vie ou de mort. C’est une question politique, une question de pouvoir (…). La lutte est une forme d’éducation, peut-être la plus haute forme. » En d’autres mots, l’éducation est une question de Souveraineté Nationale et de Défense Nationale. En fait, l’éducation est la première ligne de défense dans toute guerre. Parce que si votre système éducatif s’écroule, alors votre Nation va s’effondrer. Mais si votre système éducatif tient debout, la Nation tiendra debout. Mieux, si votre éducation est dans les esprits et les cœurs des gens, alors, quoi qu’il arrive, la Nation va au final défaire ses oppresseurs étrangers. Il s’agit du futur de la Nation ; en tant que telle, l’éducation ne peut être laissée aux mains d’intérêts privés.

La première partie de cet entretien sur ce lien

© Avec Pambazuka : Sarraounia Mangou Tete


REAGISSEZ A CET ARTICLE AVEC FACEBOOK

Chers intervenants,

Depuis quelques temps, les débats sont devenus houleux dans les réactions sur votre site Internet Camer.be. Si votre site se veut un lieu de débats, cet espace n’est pas, et ne sera jamais, la tribune des injures à caractères tribales,racistes, antisémites et même des injures personnelles entre certains lecteurs qui se connaissent aussi bien de façon épistolaire que physique.

Nous traquerons désormais des réactions comportant des injures et, à chaque réaction malveillante, nous n'hésiterons pas à bannir définitivement et sans recours les auteurs tout en les excluant sans réserve de notre base de données.

@
@
Infantino : "La meilleure Coupe du Monde de l'histoire"
Infantino : "La meilleure Coupe du Monde de l'histoire"
Facebook
réclame
partenaire
Allemagne- Cameroun:  SENFO TONKAM parle des querelles politiques au sein des Diasporas Africaines  :: GERMANY
S.E. ABDOU LATIF Coulibaly Ministre de la Culture du Sénégal au Festival des Continents
évènement
Allemagne- Cameroun:  SENFO TONKAM parle des querelles politiques au sein des Diasporas Africaines  :: GERMANY
actuellement sur le site