Cameroun,Livre : Dr Esisia :: CAMEROON

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Dr Esisia sauve in-extrémiste de la mort une patiente. Il ne sait pas que c’est la sœur du président de la République. Peu de temps après, ce dernier le reçoit, et lui annonce, en guise de remerciement, sa nomination au prochain gouvernement. C’est le début de ses malheurs …

Ce roman décrit le comportement ignoble des fonctionnaires en lutte pour des nominations au Cameroun, tout comme de la justice aux ordres des puissants de la République …

EXTRAITS

Chapitre XVII

Depuis le lendemain de la visite du Ministre de la Santé Publique, une rumeur courait : « un contrôle financier inopiné sera effectué à l’hôpital ». Les services administratifs et financiers en étaient ébranlés. Du personnel y travaillant avait déjà pris la clé des champs.

Esisia pour sa part ne se sentant guère concerné par la nouvelle, était arrivé comme à l’accoutumée de bonne heure à son bureau. Il avait programmé deux interventions chirurgicales pour la journée. En pareils cas, il pénétrait dans le bloc opératoire dès huit heures du matin, pour n’en ressortir qu’une fois son travail achevé, sans prendre de pause. Cela était épuisant et peu recommandé. Mais, au vu du grand manque de chirurgiens et du nombre élevé en revanche de patients en attente, ses collègues et lui n’avaient guère de choix. Ils opéraient les malades à la chaîne. Il arrivait ainsi fréquemment à un chirurgien de traiter quatre hernies en une journée, parfois plus, sans aucune interruption.

Au moment de se rendre au bloc opératoire, il avait dit une prière pour requérir la protection divine afin que nul patient ne rende l’âme dans ses bras. Il le faisait toujours. Mais quelqu’un avait tout d’un coup frappé à la

porte l’interrompant. « Entrez, chère madame », avait-il répondu machinalement, pensant que c’était sa secrétaire. La porte s’était grandement ouverte. Un inconnu en uniforme de gendarme, des galons constitués de plusieurs barres dorées luisant à ses épaules et suivi de deux autres vêtus de manière similaire, mais avec un nombre inférieur de barres aux épaules, avait effectué son entrée dans son bureau. Il avait froncé les sourcils. « Messieurs ? », avait-il demandé intrigué par l’intrusion de tels individus dans son lieu de travail.

— Commandant Foawu, gendarmerie nationale. Vous êtes bien le Dr Esisia ?

— …oui. C’est pourquoi ?

— J’ai ordre de vous emmener avec moi pour un interrogatoire.

— Un interrogatoire ?

— Oui un interrogatoire.

— A quel sujet ? Qu’est que j’ai fait ?

— Vous saurez, une fois à la gendarmerie.

— … et si je refusais de venir …

— Nous ne vous le conseillons vraiment pas, cher docteur…

— Je voudrais bien vous suivre, cher gendarme, mais j’en suis fort désolé, voyez-vous, j’ai deux malades à opérer. Si je ne le fais pas ce jour, je ne vous garantis guère que lorsque se lèvera le soleil demain matin, ils seront encore de ce monde, avait répondu sèchement Esisia.

— Monsieur je crois que vous n’avez pas encore bien compris que vous êtes en état d’arrestation !

— En état d’arrestation !

— Monsieur ne nous perdez pas du temps. Si vous refusez de venir on vous emmènera de force.

— Ah bon ! Et mes malades, et…leur vie…cela vous importe peu n’est-ce pas ?

— Une dernière fois monsieur, ne nous perdez pas du temps. Rangez vos affaires et nous vous emmenons.

La conversation avait attiré l’attention de la secrétaire d’Esisia. Elle avait aussitôt rappliqué. « Vous n’entrez pas madame », avait déclaré un des gendarmes en lui barrant la voie.

— Docteur, qu’est-ce qu’il y a ? s’était-elle contentée de demander paniquée, placée derrière les gendarmes.

— Ces adorables individus sont venus, ainsi que tu les vois, m’annoncer que je suis en état d’arrestation, ce sont là leurs propres mots.

— Etat d’arrestation ? Mais pourquoi ? Et ces malades ? Ils se trouvent déjà dans le bloc opératoire…

— Eh bien chère amie, la gendarmerie de mon pays s’en moque éperdument. Qu’ils crèvent est le cadet de leurs soucis.

— Bon ! Adjudant-chef Makanda et adjudant Sikasi, portez-le et emmenez-le dans la voiture. Exécution.

— A vos ordres mon commandant.

Les deux gendarmes s’étaient aussitôt jetés sur Esisia et l’avaient soulevé du sol pendant que son coté il se débattait, se saisissait de tout ce qui se trouvait à portée de sa main, table, chaise, armoire, et renversant

tout dans un grand brouhaha constitué des voix des gendarmes, de la sienne, de celle de sa secrétaire, du bruit des tables et des chaises qui tombaient au sol. Ceux de ses collègues et des infirmiers qui étaient déjà au travail étaient arrivés affolés, ameutés par le vacarme qu’ils entendaient dans le couloir conduisant au bureau d’Esisia. Ils avaient aussitôt pris sa défense. Des coups de poings s’étaient mis à fuser, des coups de pieds, des coups de tête. Les gendarmes avaient beau être formés au combat corps-à-corps, le personnel médical ne se laissait pas pour autant faire. Au bout d’un moment, la bagarre avait cessé, tout le monde étant essoufflé. Le commandant Foawu avait alors sorti son talkie-walkie. « Ici Tango 3, ici tango, demande renfort hôpital central, demande renfort hôpital central, suspect récalcitrant, suspect récalcitrant, terminé », avait-il parlé la bouche collée à son appareil. Celui-ci s’était peu après mis à grésiller, et une voix s’était fait entendre. « Ici, oiseau nocturne, bien reçu. Envoyons renfort immédiatement, terminé ».

Sur ces entrefaites étaient arrivé le directeur de l’hôpital. Il s’était rapidement informé de la cause de cette échauffourée dans ses services. Après quoi, il s’était tourné vers Esisia.

— Cher collègue, il faut les suivre. Ce sont les forces de l’ordre. Je comprends fort bien que vous vous souciez du sort de vos malades. Mais, à l’impossible nul n’est tenu. Un autre médecin s’occupera d’eux, n’ayez pas d’inquiétude.

* *

*

Des menottes avaient été placées aux poignets d’Esisia, et il avait été jeté dans une fourgonnette de la gendarmerie, lorsqu’un renfort d’une vingtaine de gendarmes était arrivé. Tout l’hôpital s’était retrouvé en effervescence, lorsque la voiture le transportant l’emmenait. « Qu’a-t-il fait ? », telle était la question que se posait tout le personnel. Certains de ses collègues n’hésitaient pas à établir une corrélation entre le coup d’œil haineux du ministre à son endroit le jour de sa visite de l’hôpital, et cette arrestation. Ils étaient ainsi divisés. Pour les uns, « l’éléphant avale de grosses touffes d’herbes parce qu’il compte sur son gros anus », Esisia, quant à lui, en s’attaquant au ministre, disposait-il d’un anus de taille suffisante ? Pour d’autres, « le mauvais cœur qui prévaut dans ce pays n’a pas de limites, Esisia est victime du désir de destruction et d’anéantissement de sa personne par André Mukala. Que lui a fait Esisia ? Rien du tout ».

Une fois à la brigade de gendarmerie, Esisia avait été déchaussé, sa ceinture lui avait été ôtée, et, naturellement, ses menottes, et le commandant de la brigade lui avait déclaré : « on va d’abord vous garder ; on verra votre cas demain ». Il avait alors été jeté en cellule. Il s’était ainsi retrouvé dans le noir, dans une pièce exiguë, malodorante, chaude comme une étuve et bondée de monde. Il lui avait fallu une dizaine de minutes pour que ses yeux puissent commencer à distinguer les silhouettes tout autour de lui et assises à même le sol, pendant que lui il se tenait debout adossé à un des murs tout moite de la pièce. Lorsqu’il y avait été projeté, il

s’était affalé sur des corps humains qui l’avaient aussitôt repoussé en l’abreuvant d’injures. Il s’était rapidement relevé et s’était d’abord tenu le long du mur, puis s’y était finalement adossé. Une voix caverneuse lui avait alors déclaré : « oh, grand, ici c’est la cellule, il faut t’acquitter de ses droits, sinon, tu dors près du « président ». Sais-tu ce qu’est le président ? (Rires de la voix). Le « président », c’est le seau d’excréments, là où tout le monde défèque et urine. Si tu n’as pas d’argent avec toi, tu peux en faire venir de ta famille. Dis-nous simplement quand est-ce que tu peux payer. Cet argent nous est utile pour manger, car il y a des gens qui se trouvent ici depuis deux à trois mois, abandonnés de tous leurs familles et leurs amis. »

…………………………………………………..

Chapitre XVIII

Esisia avait passé la journée enfermé dans la cellule de la brigade de gendarmerie. Il s’était d’abord longuement tenu debout, adossé à un des murs de ce local infect et malodorant. Puis, lorsqu’il avait commencé à ressentir des douleurs aux jambes, il s’était résolu à s’asseoir à même le sol, comme tout le monde, sur lequel était répandu le liquide nauséabond et visqueux constitué de l’urine et de la matière fécale des gardés à vue. Il en avait eu la nausée, s’était mis du coup à s’interroger profondément sur la manière dont l’homme noir traitait son congénère. Du temps où il était étudiant en France, il n’avait jamais eu de mots suffisamment durs pour dénoncer la maltraitance coloniale. Mais, depuis qu’il était retourné dans son pays, il s’était rendu compte que les brimades coloniales n’étaient pas le fait d’une race humaine sur une autre, mais qu’il fallait plutôt s’interroger sur cette propension qu’avait l’être humain d’une manière générale à écraser son semblable dès que l’occasion lui était procurée. Comment pouvait-on maintenir des hommes, ne serait-ce que pendant une toute petite minute, dans un endroit si répugnant. Le plus navrant, avait-il pensé, était que quotidiennement, le gouvernement s’attelait à proclamer que le pays était un paradis des droits de l’homme, une terre où la dignité humaine était scrupuleusement respectée, un modèle en la matière en Afrique, voire même dans le monde. En écoutant les conversations des personnes enfermées comme lui, il avait découvert la barbarie inouïe des gendarmes, leur absence totale de scrupules. Il avait entendu plusieurs récits de bastonnades à la machette sous la plante des pieds dans le but d’extorquer des aveux aux personnes placées en garde à vue. Il avait découvert plusieurs personnes gémissantes de douleurs, sur qui les gendarmes avaient tiré une balle dans la cuisse lors des interrogatoires pour leur faire avouer un délit. A certaines, la balle avait fracturé l’os, à d’autres, plus chanceuses, elle n’avait fait que transpercer la chair. Mais, toutes n’avaient reçu aucun soin et en souffraient

énormément. Il avait découvert des personnes en garde à vue sous forme d’otages, pour que leurs frères, amis, connaissances déverses, viennent se livrer à la gendarmerie. Il était écœuré par tout ce qu’il découvrait et dont il avait de la peine à accepter l’existence. Non, des Noirs ne pouvaient pas faire ça à d’autres Noirs. Non, ils avaient travesti l’indépendance acquise au prix du sang. Non, ces gens n’étaient pas des patriotes, mais plutôt des traites à la race.

Pendant toute la journée, Esisia n’avait fait que méditer sur son pays, les pratiques exécrables de son élite. « Une élite canaille, voilà ce qu’elle avait-il conclu ». Une telle élite ne peut développer aucun pays sur terre, nulle part.

Le chef de la cellule, lorsque l’heure du repas avait sonné, lui avait proposé un plat de nourriture. Il lui avait répondu poliment qu’il ne lui était guère possible d’avaler quoi que ce soit en respirant l’odeur pestilentielle qui régnait en ces lieux. « Grand, t’as intérêt à rapidement d’habituer à elle, sinon tu ne mangeras jamais, car elle ne cessera en aucun jour, et tu ne peux savoir par avance pendant combien de temps tu séjourneras ici », avait rétorqué le chef de la cellule.

Lorsque sa tête avait commencé à dodeliner de sommeil, il s’était de nouveau adossé au mur, mais cette fois-ci assis. Il ne voulait aucunement s’allonger au sol sur l’eau souillée qui le mouillait.

* *

*

La porte métallique de la cellule s’était ouverte brusquement, après le vacarme du cadenas également métallique avec lequel elle était fermée, sortant en sursaut Esisia du sommeil. « Allez, tout le monde debout ! », avait aboyé un gendarme, une lampe torche en main, et en faisant circuler sa lumière dans toute la cellule. « Je dis tout le monde debout ! Il est six heures du matin. C’est l’heure des effectifs », avait-il de nouveau aboyé, en soulevant du pied les personnes couchées tout près de la porte. « Toi et toi, prenez le « président » et sortez avec, vous le vidangez, le rincez à l’eau et le ramenez. Toi et toi, les bouteilles d’eau vides, vous les remplissez de nouveau. Toi et toi, les balais. Le reste, sortez et tenez-vous dans le couloir, dépêchez-vous ! » Les personnes désignées par le gendarme s’étaient prestement exécutées. Le reste des gardés à vue, y compris Eisia, était sorti de la cellule et était parti se tenir dans le couloir conduisant au dehors. La lumière du jour l’inondait à partir d’une fenêtre située au fond de celui-ci. La puanteur insoutenable de la cellule y avait considérablement diminué, ce dernier étant balayé par l’air frais en provenance de l’extérieur.

Lorsqu’avaient été ramenés le « président » à demi-rempli d’eau, ainsi que les bouteilles d’eau, et que la cellule avait été balayée, les bouts de pain, les morceaux de bâton de manioc qui y traînaient au sol jetées à la poubelle dehors, tout le monde avait de nouveau été remis en cellule. Le gendarme appelait le nom d’une personne gardée à vue. Celle répondait « présent !» à haute voix et y pénétrait, pendant qu’il cochait son nom sur une feuille qu’il tenait en main et lisait à l’aide de sa lampe torche.

Chapitre XX

Le juge d’instruction était affalé dans son fauteuil et compulsait nonchalamment des dossiers posés sur sa table, indifférent à la présence d’Esisia assis sur une chaise face à lui. Au bout d’un moment, il avait négligemment levé les yeux et les avait posés sur lui. Il s’était éclairci la voix.

— Vous avez refusé de vous faire auditionner à la gendarmerie, n’est-ce pas ?

— Oui, monsieur le juge. Ce jeune homme a eu un comportement odieux. Je pense profondément qu’il faudrait revoir le niveau de recrutement du personnel de la gendarmerie. Nous ne sommes plus en 1960 lorsque nous accédions à l’indépendance et que nous manquions dramatiquement de cadres. Actuellement, des docteurs ès toutes les manières ne parviennent plus à trouver du travail. Comment alors peut-on se permettre de continuer à en procurer plutôt à des individus au niveau de formation intellectuelle approximatif ? Cela n’est pas juste. Ce jeune homme manque totalement d’éducation. Or, il traite de la liberté des citoyens. C’est un scandale.

Le juge d’instruction l’avait écouté sans brancher. Lorsqu’Esisia avait cessé de parler, il avait haussé, l’air totalement insensible à ses propos, les épaules.

— Bon, vous plaidez coupable ou non coupable, cher monsieur ?

— Naturellement, non coupable, cela va de soi.

— Ok. Je plaaaiiiideeee noooon cooooupaaable. Voilà. Cher monsieur, vous voudrez bien apposer votre signature ici, s’il vous plait… avait-il dit en lui présentant une feuille avec un texte imprimé dessus.

En haut de la feuille il était écrit « Mandat de dépôt ». En le lisant, le sang d’Esisia n’avait fait qu’u tour. Il lui était demandé d’entériner son entrée en prison. Sans le moindre entretien que ce soit sur les faits qui lui étaient reprochés, avec le juge d’instruction. Il s’était tourné affolé vers son avocat assis sur une chaise à côté de la sienne. Ce dernier lui avait fait de la main signe d’attendre, puis s’était tourné à son tour vers le juge d’instruction.

— Euh… monsieur le juge, dès lorsqu’il n’a pas été possible à mon client de s’expliquer à la gendarmerie sur les faits qui lui sont reprochés, c’est tout naturellement qu’il devrait le faire devant vous. Après quoi, vous jugerez de l’opportunité de lui décerner un mandat de dépôt ou pas, c'est-à-dire lui rendre sa liberté. Par ailleurs, je ne vous apprends rien, la liberté étant la règle et la détention l’exception, il vous est possible d’autoriser mon client à comparaître libre si, d’aventure, les indices qui apparaîtront après votre audition, seraient de nature à lui décerner un mandat de dépôt. Voilà ce que j’ai à dire.

Je juge d’instruction lui avait adressé un regard hautain et méprisant. Puis lui avait répondu.

— Mon cher avocat, la procédure, je la connais. Je ne la connais que trop bien. Votre client a jugé bon de ne pas se faire auditionner à la gendarmerie, et moi je n’ai guère de temps pour cela. Moi je vais directement entamer l’instruction. En attendant, il va en prison. (S’adressant à Esisia). Monsieur, signez le document, s’il vous plait, j’ai d’autres chats à fouetter. Aujourd’hui c’est vendredi, et j’ai un week-end chargé. Ne me perdez pas le temps.

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© Source : Avec L'diteur

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