Cameroun: Le Manidem, une révolution manquée :: CAMEROON
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Qu’on me pardonne le plagiat. L’expression<<révolution manquée>> vient d’Abel Eyinga.Le politologue camerounais publiait en 1991 dans un style dépouillé de tout artifice et de toute grandiloquence, un livre intitulé : l’UPC,une révolution manquée. Ce beau texte de 191 pages relate la saga d’un parti politique qui après avoir su préserver son unité contre vents et marées sous la direction de Ruben Um Nyobé(1948-1858) est tombé dans un désarroi total fait de guerres fratricides. Le retour au Multipartisme en 1991 n’a pas permis de réconcilier la famille divisée, il n’a été qu’un amplificateur des antagonismes. Certains Upécistes sous l’impulsion d’Anicet Ekane ont cru trouver une sortie à cette situation d’impasse en renonçant au sigle UPC qui faisait l’objet d’une bataille administrative. Ils ont crée un parti politique dénommé le Manidem. En réalité il existait déjà dans la galaxie Upéciste un vieux mouvement clandestin sous l’appellation du Manidem crée en 1974 Par Woungly Massaga.

S’il fallait juger le poids d’une formation politique à sa représentativité au sein des institutions de la république, la Manidem dans sa forme actuelle n’aurait aucun poids. Ce parti n’a ni maire, ni député, ni ministre.Or le Manidem est dans le mobilier politique national une entité suffisamment visible et audible. On ajoutera que c’est une force redoutable par son potentiel de radicalité. Elle a pu porter à des moments précis des combats difficiles et courageux.

Et pourtant rien ne va plus dans la maison Manidem. Le parti est en proie à de graves dissensions internes entre un Manidem canal historique incarné par Anicet Ekane porteur d’une tradition d’opposition radicale, et un manidem plus modéré qu’on pourrait nommer le manidem des réformateurs stratégiques ,incarné par Dieudonné Yebga. Les réformateurs stratégiques sont prêts à nouer des alliances avec d’autres forces de gauche pour des élections locales. Le Manidem canal historique regarde cette démarche avec suspicion.

Entre ces deux fractions , c’est la guerre totale. On ne sait plus très bien qui dirige le manidem. Tel jour Le responsable de la communication publie un communiqué sans l’accord du président. Ce dernier appelle les médias pour condamner la démarche. Et après on apprend qu’un groupe de frondeurs aurait destitué Le président Dieudonné Yebga ,dans la foulée d’autres informations font état de l’exclusion d’Anicet Ekane du parti. C’est la deuxième fois que monsieur Ekane Anicet se fait exclure par le président en exercice d’un parti qu’il a crée. Banda Kani l’avait déjà exclu dans le passé.

Les problèmes d’aujourd’hui ne sont que la face visible d’une guerre de leadership qui mine ce parti depuis la prise du pouvoir par l’actuel bureau politique. Les responsables du parti ont toujours nié le problème. Or il était là bien visible. Il existe au sommet de ce parti un bicéphalisme entre le président actuel Dieudonné yebga et monsieur Ekane Anicet qui se considère comme le père fondateur.

Quand monsieur Anicet Ekane avait renoncé à la présidence du parti , on avait vite salué son esprit démocratique dans le landerneau politique, et on invitait d’autres leaders politiques à faire autant. Il se pourrait bien que Monsieur Anicet Ekane n’ait jamais été le démocrate qu’on nous a présenté. Persuadé qu’il s’incarnait dans le parti et le parti s’incarnait dans sa personne il avait cru qu’il pouvait céder l’administration du parti à quelqu’un d’autre tout en restant symboliquement le vrai président. Dieudonné Yebga, le président en exercice est rare sur les plateaux télé. Or c’est Anicet qu’on voit partout. Monsieur Ekane a cru très naïvement dans ce double jeu qu’il allait céder le pouvoir à un individu qui ne serait qu’une marionnette à sa solde. Il se pourrait bien qu’il se soit trompé. Dieudonné Yebga est tout sauf un personnage malléable. L’homme est calme, serein, mais coriace.

Un examen poussé de la situation actuelle laisse apparaitre au-delà des conflits de leadership la crise même de l’idéologie au sein de cette formation politique. Le Manidem a été jusqu’à une période pas très éloignée l’incarnation même de l’avant-garde. On s’attendait naturellement que sur une question aussi importante comme la crise anglophone un parti progressiste comme le Manidem se montre solidaire de nos compatriotes qui manifestaient de l’autre côté du Moungo. Grande a été notre surprise de voir le Manidem exprimer très ouvertement son hostilité au rêves d’émancipation et de reconnaissance venus des provinces anglophones.Nous avons vu les responsables politiques les plus médiatiques du Manidem, Anicet Ekane et denis Kwebo défiler d’un plateau télé à un autre pour nous expliquer que la crise anglophone était un faux problème ; qu’elle était une fabrication des élites ; que sa crédibilité était suspecte au seul motif que certains de ses porte-paroles avaient une mauvaise naissance( Akere Muna et bernard Muna).Dans un communiqué publié sur la toile le Manidem se réjouit carrément de l’incarcération des leaders anglophones. On atteignait avec ce communiqué le comble du cynisme mais aussi de la sottise idéologique. Comment un parti de tradition progressiste est-il arrivé à un pareil basculement vers le conservatisme politique ? Comment est-il arrivé à jouer clairement sur la question anglophone, le jeu du système, de l’ordre dominant ? Comment est-il arrivé à ignorer que le progressisme avait vocation à soutenir partout sur la planète les aspirations des minorités marginalisées ?

Il se trouve que les partis politiques de l’opposition se mènent une bataille pour le contrôle d’une rente : la colère populaire. Or dans le cadre de la crise anglophone le SDF avait devancé toutes les autres formations politiques. Très tôt le Chairman du SDF a eu l’intelligence politique de se joindre aux manifestants, de signifier très tôt son adhésion au fédéralisme. Certes il y avait dans cette démarche de l’opportunisme, mais c’était de bonne guerre. Au même moment toutes les autres formations étaient en retrait incapables de prendre toute la mesure de la crise qui gagnait les régions anglophones. Même le MRC dirigé par un éminent politologue a été incapable d’apporter à la querelle institutionnelle des idées novatrices. Interrogé plusieurs fois sur la crise anglophone au moment où elle prenait corps Kamto s’est montré embarrassé. C’est très tardivement qu’il a pris toute la mesure du problème. Le Manidem amorçait son virage conservateur en publiant tel jour un communiqué contre la violence des manifestants, tel autre jour en invitant à l’unité du pays- L’unité du pays, une belle expression.

Seul le Chairman du SDF a compris très tôt qu’il existait dans cette crise un marché solvable.

La mort de Monseigneur Benoit Bala a été l’occasion d’un autre égarement idéologique monumental. Le Manidem se réclame de l’anti cléricalisme pour des raisons idéologiques, ses leaders viennent du marxisme et pour des raisons historiques, l’église a été soupçonnée de complicité avec l’entreprise coloniale.

Un prélat vient de disparaître. Les conditions de sa mort ouvrent les vannes de l’anti cléricalisme vulgaire. Le Manidem s’y engouffre. Le problème c’est qu’on soupçonne aussi le gouvernement du fait de certains antécédents. Ce qui est arrivé à Monseigneur Bala engage le destin de la démocratie et la confiance que nous portons dans nos institutions. Faire de l’anti cléricalisme à ce moment précis est un manque lucidité politique.

Mongo Beti était aussi anticlérical. Mais l’écrivain ne se trompait pas d’adversaire. Il savait qu’il n’avait qu’un seul, le régime néocolonial. C’est pour cette raison qu’il a pris la défense de Monseigneur Ndongmo dans Main basse sur le Cameroun.

© Correspondance : Ndjama Benjamin, Ndjama@yahoo.com

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Epervier
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NJAMA Benjamin,

Votre discours dans ce texte est digne de mention.

Permettez-moi de vous qualifier d'expert.

Merci pour votre papier.

Rien à ajouter.
Epervier
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NDJAMA....

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