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France/Afrique : Emmanuel Macron et le renouveau de « la mission civilisatrice » :: AFRICA
AFRIQUE :: POINT DE VUE
  • Correspondance : Thierry AMOUGOU
  • Wednesday 12 July 2017 12:26:05
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France/Afrique : Emmanuel Macron et le renouveau de « la mission civilisatrice » :: AFRICA

« Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien" dixit Emmanuel Macron.

Le Macronisme est-il antinataliste comme le pasteur Malthus ? La femme africaine du développement est-elle la femme africaine averse à la procréation ? Faut-il castrer les jeunes africains âgés en majorité de moins de 20 ans et désireux de fonder une famille ? Macron transfère-t-il inconsciemment ses choix familiaux personnels à cette jeunesse africaine sexuellement active ? Comment « civiliser » les pénis et les vagins africains afin qu’ils ne fassent plus 7 à 8 enfants par ménages ?

Ces questions méritent d’être posées car c’est par la vielle théorie de Thomas Robert Malthus suivant laquelle les populations croissent suivant une progression géométrique et exercent une pression appauvrissante sur les ressources dont la croissance suit une progression arithmétique, qu’Emmanuel Macron, le président français, explique le sous-développement de l’Afrique. Il faut dire que devenir à 39 ans le Président de la république française est un exploit politique si grand et si inédit qu’il fait pousser des ailes d’arrogance à Emmanuel Macron. Après avoir demandé, alors qu’il était encore ministre, à des ouvriers de travailler s’ils voulaient s’offrir les mêmes costards que lui, après avoir traité des ouvrières d’illettrées, certains Français ont découvert ces dernières semaines qu’ils ne sont rien à côté de ceux qui réussissent. Ils ont ensuite eu droit au discours de Versailles dont une des prétentions psychologiques a été de demander aux Français de censurer la diversité de pensée qui caractérise l’esprit humain en combattant eux-mêmes les contradictions qui existent en chacun d’eux. Sacré programme de civilisation…

Ces derniers temps, c’est l’Afrique qui n’a pas besoin d’un plan Marshall car elle a un problème de civilisation à résoudre : transition démographique ; processus démocratique ; islamisme radical ; lutte contre la corruption ; consolidation des Etats faillis. C’est le cas de le dire, le jeune président français est désormais un adepte de l’hubris, notion grecque qui traduit la démesure, l’orgueil par opposition à la tempérance et à la modération. Concernant les causes de ce qu’on appelle habituellement sous-développement de l’Afrique, Emmanuel Macron, au lieu de se taire ou de se la jouer sobre dans une problématique complexe qu’il ne maîtrise pas, a encore fait preuve de cette suffisance présomptueuse et arrogante qui n’a pourtant pas réussi à combler ses carences dans ce domaine tout en révélant l’esprit de la raison civilisatrice qui caractérise en général l’Occident et en particulier la France dans ses rapports avec l’Afrique. L’hubris de Macron est en effet un crime contre l’Afrique lorsque celui-ci ose avancer devant les médias que le problème de l’Afrique est civilisationnel.

· De quelle mission civilisatrice parle Macron concernant l’Afrique ?

Force est de constater que l’argumentation du président français vise le même objectif que la fameuse mission civilisatrice ayant prévalu dans le monde de la colonisation. Son but était de faire des Africains des hommes parce que sans écriture, sans histoire, sans culture, sans notion du temps et sans civilisation, ils étaient encore de simples primates avec une sexualité sauvage. Ce qu’Emanuel Macron appelle le développement est la deuxième étape, dans cette trajectoire, de la même mission civilisatrice. Ce n’est plus le travail forcé, l’évangélisation forcée, les bastonnades et les pendaisons de résistants qui constituent la civilisation mais la transition démographique, la démocratisation, le planning familial, la lutte contre la corruption et la consolidation des Etats qu’évoque

le président français. Il va sans dire que le président français reste ici dans l’esprit d’une occidentalisation du monde qui conçoit le développement comme une modernisation de l’Afrique en suivant la même trajectoire que l’Occident. De là le fait que si les pays dits développés sont passés par la transition démographique, alors l’Afrique aussi doit à tout prix opérer une transition démographique en oubliant de dire que ce n’est pas à Macron de définir les habitudes de procréation de la société africaine mais cette société elle-même dans sa dynamique et ses contraintes. Ce n’est pas à Macron de dire aux femmes africaines qu’elles font trop d’enfants, c’est à ces femmes africaines elles-mêmes qu’il revient de se situer dans le monde comme elles l’entendent par rapport à leurs réalités. La transition démographique, la lutte contre la corruption, la démocratisation et la consolidation des Etats ne devraient pas tomber du ciel occidental pour atterrir en terres africaines ex nihilo. L’Afrique a sa dynamique historique, culturelle, démographique, politique et économique propre. C’est cette dynamique propre qui, compte tenues des réalités endogènes et des rapports entre acteurs ressources et institutions, fixera le cap dans tous ces domaines. Il va donc sans dire que si problème de civilisation il y a en Afrique comme le dit Macron, celui-ci est le résultat des ingérences séculaires et contemporaines des donneurs de leçons occidentaux dont Macron est l’incarnation la plus récente.

· De quelle corruption et de quel islamisme radical parle Macron en Afrique ?

Si nul ne peut contester le caractère corrompu des Etats et des dirigeants africains, nul non plus ne peut contester la mainmise de la France sur les richesses de nombreux pays africains depuis la période coloniale. Le cas emblématique du Gabon et du Congo Brazzaville où la France a depuis toujours fait la pluie et le beau temps, sont des cas emblématiques des richesses d’un sous-sol africain qui appartient à l’Hexagone. De triste mémoire, la Françafrique est mondialement connue comme un réseau mafieux où rentes politiques et rentes économiques circulent et se compensent dans des transactions occultes financées par des espèces sonnantes et hallucinantes qui ne développent pas l’Afrique. Le financement de la vie politique française par le pétrole africain via Elf, le soutien aux dictatures politiques qui appauvrissent le continent noir et l’initiation de multiples guerres impérialistes comme celle faite en Libye par Nicolas Sarkozy sont des actes signataires des contributions majeures de la France au sous-développement de l’Afrique. C’est cela la corruption majeure et exponentielle qu’oublie d’évoquer Emmanuel Macron, une corruption dont le cerveau civilisationnel se trouve en France et ses victimes au sein des peuples africains exploités et spoliés. Que dit Emmanuel Macron de Vincent Bolloré qui contrôlent tous les ports africains avec la corruption des chefs d’Etats en prime ? Que fait la France pour que l’Afrique se développe lorsqu’on sait que les pays africains ne peuvent avoir une politique fiscale favorable étant donné que toutes les multinationales qui exploitent les ressources africaines ne déclarent ni leurs chiffres d’affaires, ni leurs marges bénéficiaires et ne paient pas les impôts ? S’il faut parler de corruption c’est celle-là qu’il faut combattre depuis la France car c’est elle qui laisse l’Afrique exsangue car les donneurs d’ordres de la corruption en Afrique sont très souvent français.

De même, parler de lutte contre l’islamisme en Afrique est une façon d’aller vite en besogne. L’islam africain à toujours été un islam pacifique vivant en bonne intelligence avec les autres communautés et confessions religieuses. L’islamisme que vit le monde et l’Afrique est, autant que le combat contre lui, une problématique construite par l’Occident dans ses rapports avec de nombreux pays musulmans comme par hasard riches en pétrole. Il ne s’agit pas d’un problème chronique à l’Afrique mais d’une importation en Afrique d’un problème né ailleurs. Ce n’est pas l’islamisme qui explique les Etats faillis en Afrique mais l’ajustement structurels décidés par la civilisation occidentale en Afrique depuis 1980.

· De Sarkozy à Macron, du pareil au même : l’Afrique n’est toujours pas entrée dans l’Histoire

Même si Emmanuel Macron semble jouer à Malthus armé d’ordinateurs, il se situe dans la même veine analytique de l’Afrique que Sarkozy. D’après ce dernier, l’Afrique des inepties hégéliennes était toujours en place, elle n’était pas entrée dans l’histoire. Cela revient à dire, à l’instar d’Emmanuel Macron que l’Afrique a un problème civilisationnel en assimilant ainsi la seule civilisation qui existe à l’histoire de l’Occident. Les femmes africaines doivent faire moins d’enfants comme la femme française avec la femme française pour modèle abouti de la femme et du nombre d’enfants à faire. L’agriculteur africain doit devenir, comme l’agriculteur français, un exploitant agricole et l’Etat africain doit suivre la voie de l’Etat occidental. Ce sont-là autant d’injonctions qui trahissent l’inconscient civilisateur omniprésent qui nimbe les discours des présidents français sur l’Afrique. Autant l’Afrique de Sarkozy reste l’Afrique onirique de Hegel, autant l’Afrique de Macron reste l’Afrique de la vieille gauche française, l’Afrique de Jules Ferry à la fois inventeur de l’école républicaine et soutien invétéré de « la mission civilisatrice » française en Afrique. L’Afrique sortira du problème de civilisation et entrera dans l’histoire lorsqu’elle cessera d’être l’Afrique pour devenir partie intégrante de la Grande France, au sens civilisationnel du terme. Emmanuel Macron dit : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien".

Autrement dit, si la civilisation homosexuelle se répand en Afrique, l’Afrique sera développée car les « pénis » et les « vagins » africains cesseront d’être les causes du sous-développement de l’Afrique parce que remplacés par des gitons et des lesbiennes qui n’engendreront pas 7 à 8 enfants par femme. Dans ces conditions les milliards d’euros auront des résultats stables car la bonne vielle trappe malthusienne se fermera au même moment que les ventres des femmes africaines sommées de devenir des femmes françaises ou allemandes dans un état du monde, un stade historique et culturel complètement différent. Avec Macron, se développer reste une course de vitesse à la poursuite de l’Occident, que dis-je, à la poursuite de la France, lieu où les « vagins » et les « pénis » sont déjà civilisés.

Le développement est un phénomène historique et multidimensionnel qui se fait dans le temps long. Parler d’un nombre d’enfants par femmes comme cause du sous-développement de l’Afrique est une idiotie. Cela n’a aucun sens car la population d’un pays ou d’un continent n’est pas un facteur de sous-développement. Elle est une ressource fondamentale de développement dont le rythme de croissance et la mobilisation dépendent d’un système d’ensemble, d’une culture et d’une politique de développement qui l’encadre et la modulant suivant ses objectifs et ses contraintes. Dire que l’Afrique est sous-développée parce que les femmes africaines font trop d’enfants revient à soutenir en filigrane qu’un génocide d’enfants africains entrainera le développement de l’Afrique. Condamner la population africaine est une façon de dédouaner le marché aux esclaves via lequel l’Afrique vidée de sa main-d’œuvre et de ses intelligences par l’Occident a connu un retard de son développement.

Par Thierry AMOUGOU, Pr. Université catholique de Louvain (UCL), Fondateur et Animateurs du CRESPOL, Cercle de Réflexion Economiques, Sociales et Politiques. Patimayele@hotmail.com. Membre du bureau organisateur du forum de la diaspora camerounaise libre, patriotique et militante

12Jul
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