Des serviettes hygiéniques bio pour lutter contre la déscolarisation des jeunes Camerounaises :: CAMEROON
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La société KmerPad produit depuis 2014 des protections périodiques lavables 100 % « made in Cameroun », moins coûteuses que des jetables.

Lorsqu’elle a ses règles, Tanous, 13 ans, découpe de vieux vêtements jetés à l’ombre de sa maison à Lomié, dans l’est du Cameroun, qu’elle dépose dans sa culotte. Si elle est au champ, elle utilise des touffes d’herbes fraîches et des morceaux de feuilles de bananiers, comme le lui a appris sa mère. Elle les change « de temps en temps », mais le sang finit toujours par salir ses vêtements. Les tampons et serviettes hygiéniques ? Tanous, pieds nus et vêtue d’une salopette en jeans tâchée de terre, fronce les sourcils et demande : « De quoi s’agit-il ? Je ne connais pas ça. »

Selon l’ONG Plan International, en Afrique, une fille sur dix ne va pas à l’école pendant ses menstrues. Tous les mois, la chaise de Tanous reste désespérément vide durant quatre jours. « Même quand il y a composition, murmure la fillette, élève en classe de cours élémentaire de deuxième année, honteuse. Si je vais à l’école, le sang peut salir mes habits et on va se moquer de moi. » Comme elle, par ignorance ou manque d’argent pour acheter des serviettes hygiéniques, de nombreuses jeunes Camerounaises désertent les classes durant leurs règles.

Coton bio

Face à cette situation, Olivia Mvondo Boum II et des amis ont fondé, en 2011, le groupement d’initiative commune (GIC) KmerPad, qui fabrique et commercialise des serviettes lavables et réutilisables. Au début, l’équipe s’est rapprochée de pays tels que l’Ouganda et la Tanzanie, plus avancés dans ce domaine, pour glaner des conseils. Les cofondateurs ont ensuite interrogé mille femmes âgées de 15 à 45 ans à Yaoundé pour savoir, entre autres, si elles seraient prêtes à utiliser les serviettes lavables et à quel prix. Trente d’entre elles ont testé, une année durant, ces serviettes venues d’ailleurs.

« A la fin, elles étaient pour la plupart satisfaites de ce moyen de protection, notamment du fait de son caractère économique. Car bien qu’on l’achète un peu plus cher, on l’utilise pendant un an et plus, contrairement aux serviettes jetables qu’on doit renouveler tous les mois », indique Olivia Mvondo Boum II, qui nous reçoit dans les locaux de KmerPad, dans le quartier Ahala, à la sortie de Yaoundé. Convaincus, les membres du GIC passent à la phase expérimentale : voyage d’étude, achat de serviettes lavables en France, au Canada et en Ouganda, recherche de la matière première pour en produire localement… Le tout sur fonds propres, jusqu’à ce que, fin 2012, KmerPad reçoive un financement du gouvernement français.

Le premier défi est de dénicher une matière biologique économique et disponible au Cameroun. « On a tablé sur le coton biologique 100 % camerounais. On a essayé de respecter des normes d’épaisseur, de confort, de discrétion et d’attraction. On voulait des serviettes faciles à laver et à transporter », explique Armand Anaba, responsable opérationnel de KmerPad. Début 2013, les premiers échantillons sont testés. Les retours ? Certaines serviettes sont trop grosses et d’autres n’absorbent pas assez le flux.

« Nous avons résolu le problème de taille. S’agissant de l’absorption, nous avons fabriqué des inserts lavables qui sont des bandes de tissu, comme des serviettes, sauf qu’il n’y a pas de bande imperméable à l’intérieur », poursuit Armand Anaba. En 2014, KmerPad commercialise les premiers produits sous la marque FAM. Chaque kit est constitué de trois serviettes équipées de petits boutons permettant de les accrocher au slip, de trois inserts et d’un sachet de transport imperméable. Il coûte 3 000 francs CFA (4,57 euros).

Des mois d’hésitation

« Aujourd’hui, nous produisons entre 40 et 50 kits par jour, sourit Armand Anaba. Entre 30 000 et 40 000 serviettes ont été fabriquées depuis 2014. Elles sont utilisables pendant deux ans. Hormis les boutons et les étiquettes, tout est fabriqué au Cameroun. » Dans l’atelier situé juste au-dessus de la salle de réunion, des femmes, cheveux couverts, découpent et cousent. D’autres nettoient les fils et repassent. Ensuite, tout est assemblé pour être conditionné. Presque toutes ces femmes utilisent ces serviettes lorsqu’elles ont leurs règles. « C’est économique et ça n’irrite pas », lancent-elles, souriantes.

C’est ce dernier critère qui a séduit, il y a deux ans, Yolande Menyeme. Avant, cette étudiante en droit privé à l’université de Yaoundé II se protégeait avec des serviettes hygiéniques jetables. « J’avais des démangeaisons. Je pensais ne jamais trouver de serviettes qui me conviennent. Mais un jour, au cours d’une foire en 2015, j’ai découvert ces serviettes lavables et j’ai acheté le kit, témoigne-t-elle. Avant, j’achetais tous les mois des serviettes à 600 francs CFA. En deux ans, j’ai économisé 11 400 francs CFA. »

Près d’elle, Vanessa Zobo, sa meilleure amie, acquiesce. Après des mois d’hésitation, elle aussi a fini par « tenter l’aventure ». Résultat ? « C’est vraiment moins cher, mais ça donne un peu de travail », dit-elle. Car après utilisation, les serviettes FAM doivent être trempées dans de l’eau propre et froide, puis lavées et séchées. « Nous recommandons surtout de les sécher au soleil ou dans des endroits extrêmement ventilés et de les repasser à basse température », précise Olivia Mvondo Boum II.

Rose, vert et rouge

Pour séduire la clientèle, les fondateurs misent sur différentes couleurs de serviettes, avec une préférence pour le rose, le vert et le rouge. « Notre but est d’encourager plus de filles à les utiliser et à ne plus manquer les cours. Lors de nos ventes, nous en profitons aussi pour les conseiller, car il faut démythifier les règles », souligne Olivia Mvondo Boum II, qui dit avoir besoin de 200 millions de francs CFA pour développer encore plus les activités de KamerPad.

Quelque 75 % des serviettes vendues jusqu’ici ont été achetées par des organisations internationales telles qu’ONU Femmes et Plan Cameroun, qui les distribuent aux réfugiées et aux Camerounaises vulnérables. Les autres sont disponibles dans les supermarchés. « Je peux vendre quatre kits par semaine, assure Pélagie Atsama, 29 ans, vendeuse FAM dans un supermarché. Les clientes préfèrent toujours les jetables, mais je leur explique les bienfaits de nos serviettes, qui sont bios et ne polluent pas l’environnement. » Un atout de plus.

© Source : Josiane Kouagheu

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